Le bloc central bloqué ?
(tribune publiée mercredi 28 octobre 2026 sur le site en ligne du Figaro)
Triste époque. Un académicien prend ses distances avec un colloque d’historiens sur Jacques Bainville au prétexte que ce dernier était maurassien dans les années 30. Des politiques et des syndicalistes manifestent contre la tenue du Congrès du RN à Orléans sous-entendant qu’il constituerait une menace pour la République. Faudra-t-il bientôt présenter à la gauche une demande d’autorisation pour tenir une réunion ? Saurait-elle mieux que les autres où et chez qui nichent les prises de position les plus dangereuses pour la démocratie? L’invective, l’appel au soulèvement («antifasciste» évidemment) devraient-ils tenir lieu de débat ?
Il y a mieux à faire pour s’opposer au Rassemblement National, comme lui objecter explicitement le danger représenté par ses positions sur l’Union européenne et sur l’Ukraine. Pour économiser quelques sous, faudrait-il laisser avec M. Bardella ou/et Mme Le Pen, le dictateur russe écraser sous ses missiles une population qui veut vivre démocratiquement ? Et pour sauvegarder la totalité de notre souveraineté que les dirigeants du RN disent défendre, faudrait-il s’en prendre à la seule Union qui peut nous permettre de palier la triple hostilité de la Chine dite populaire, de la Russie poutinienne et des délires trumpistes? Voilà les objections à avancer au lieu de s’associer à l’extrême gauche mélenchoniste qui se préoccupe de la démocratie comme d’une guigne tant dans son propre fonctionnement – à la mode chaviste – qu’envers l’Union européenne et l’Ukraine où, justement, elle rejoint l’extrême droite.
Extrême droite et extrême gauche, mais aussi trop de gogos ignorants, adeptes du misérabilisme, capables de manifester sans honte au lieu de discuter, d’objecter, voire de polémiquer, voilà les vraies menaces contre la démocratie.
Plus grave encore, peut-être, on peut se demander ce que font pendant ce temps, les candidats issus du «bloc central» et de son voisinage proche à l’élection présidentielle. On n’entend guère M.Glucksman ni même M.Philippe, ni M.Attal vers lequel allait jusqu’ici mes préférences! Réveillez-vous, vous qui vous présentez comme défenseurs de la démocratie libérale! Discutez entre vous et même avec vos adversaires quand c’est possible. Il sera temps de s’entendre ensuite sur un seul candidat! Parlez de la situation financière catastrophique de la France et de son origine. Il est en trop facile – et vous le savez – de faire porter au seul Emmanuel Macron la responsabilité de la situation actuelle du pays au prétexte qu’il est à sa tête depuis bientôt dix ans. Nous sommes encore en démocratie; l’opposition y joue son rôle et elle a fait échouer la réforme des retraites. Le pays ne s’en sortira pourtant que si les Français travaillent un peu plus longtemps. Il faut le dire et le redire. Comme des enfants gâtés, les manifestants veulent que l’Etat leur donne plus, toujours plus alors qu’il n’a plus rien. La France est balayée par l’infantilisme. Voilà pourquoi elle ne fait pas la moindre objection aux revendications lycéennes! Au lieu de ramener ces jeunes sur terre, et de participer à leur éducation, justement, on reproche au Président et au Premier ministre de ne pas exaucer leurs rêves. Non, les blocus ne sont pas un mode d’expression démocratique ! Parcoursup peut sans doute être amélioré mais pas abandonné d’un coup. Et l’on peut travailler à 35 par classe si des perturbateurs ne s’y opposent pas.
L’aveuglement sur les méthodes et le temps qu’il faut pour apporter des améliorations au système éducatif est effarant. Y’a qu’à! Faut qu’on! Et tout de suite!
Une fois de plus : pourquoi personne dans le «bloc central» ne prend ses distances avec les soi-disant «bonnes manifs», celles des lycéens derrière lesquelles avancent, comme d’autres derrière des boucliers humains, tant d’adversaires de la démocratie?
Pierre Rigoulot, le 28 octobre 2026
