Pourquoi donc Jean-Luc Mélenchon fait-il la courte échelle à Marine Le Pen ?

La démarche stratégique de JLM semble incompréhensible : lui qui se présente comme « le grand chevalier anti-RN » se lance dans une démarche politico-institutionnelle qui, en cas de réussite, assurerait de facto à MLP un accès triomphal à l’Elysée. JLM lui-même sait fort bien qu’une élection présidentielle précipitée aboutirait à un triomphe de MLP. Par quelle démarche s’est-il donc lancé dans cette campagne qui vise la démission de Macron ?

Nous écartons les hypothèses d’ordre psychologique selon lesquelles JLM agirait par pure stupidité ou par mégalomanie.

Si JLM est néfaste, il n’est pas pour autant stupide. Il a au contraire maintes fois manifesté une habilité politique certaine, ne serait-ce qu’en obtenant depuis 2022 la soumission du PS aux Insoumis.

Et l’expérience prouve que sa mégalomanie ne le rend pas aveugle.

Les explications psychologiques ne sont donc pas pertinentes. Cela nous amène à chercher une réponse d’ordre politique à ce qui se présente comme une formidable énigme.

Une première hypothèse d’ordre politique serait que JLM aurait pris une option nihiliste. JLM développerait le chaos politique en France parce qu’il détesterait l’ordre établi et qu’il serait ravi d’un chaos permanent en France. L’itinéraire politique de JLM ne cadre pas du tout avec cette hypothèse. JLM n’a jamais été ni anarchiste ni nihiliste. Il a été formé politiquement par le trotskisme (et plus précisément par le dirigeant trotskiste Lambert, dont l’émanation politique fut l’OCI, devenue depuis 2008 le POI (Parti Ouvrier Indépendant). Les analystes politiques connaissent l’antagonisme absolu qui existe entre les deux courants d’extrême-gauche : les trotskistes détestent les anarchistes et réciproquement.

Cette première hypothèse ne tient donc pas la route.

Une deuxième hypothèse d’ordre politique est souvent évoquée. JLM porterait MLP au pouvoir pour qu’il en devienne sans délai le premier opposant. Un premier opposant auquel les autres forces d’opposition seraient contraintes de se soumettre. Et JLM se serait persuadé qu’il l’emporterait alors dans le grand duel qu’il livrerait à MLP. Nous écartons aussi cette hypothèse.

La stratégie politique française adoptée par JLM contredit cette hypothèse : JLM et ses lieutenants ne cessent de répéter qu’ils visent à conquérir essentiellement deux segments de la population : la population des banlieues et la population des jeunes diplômés supérieurs. Ils manifestent ainsi qu’ils ont renoncé à ce que LFI puisse un jour devenir majoritaire dans le pays. C’est d’ailleurs ce que François Ruffin vient de lui reprocher publiquement dans son dernier livre au titre éloquent « Ma France en entier, pas à moitié ».

Le comportement sectaire de LFI tant à l’égard de ses alliés de NFP qu’à l’égard des partis centristes ne prépare absolument pas non plus JLM à se faire accepter comme celui qui, en cas de victoire présidentielle de MLP, dirigerait un vaste front uni anti-MLP.

Enfin, le vieux politicien qu’est JLM sait fort bien que MLP, une fois installée à l’Elysée, imitera son ami Viktor Orban (Hongrie) : elle se donnera les moyens d’empêcher toute alternance politique. Les projets du RN, révélés par Jordan Bardella en juin 2024, de privatiser les chaînes de télévision publiques et de supprimer le Conseil Constitutionnel nous donnent des indications significatives de ce qu’entreprendrait MLP en cas d’accession à l’Elysée.

Au total, cette deuxième hypothèse ne tient donc pas non plus la route.

La formation trotskiste de JLM nous amène à nous rallier à une troisième hypothèse, beaucoup plus crédible. Les trotskistes autrefois se mobilisaient contre le capitalisme, contre l’impérialisme américain et contre la démocratie parlementaire (en la jugeant « formelle » et en la dénonçant comme un « leurre » destiné à égarer le prolétariat). Ils ont certes abandonné la lutte contre le capitalisme dans la mesure où désormais tous les pays (à la seule exception de la Corée du Nord) l’ont adopté. Même la Chine, la Russie et l’Iran l’ont adopté.

Les trotskistes ont conservé le reste de leur programme initial. L’hostilité des trotskistes aux Etats-Unis demeure intacte tout comme leur hostilité à la démocratie parlementaire. Mélenchon continue à s’opposer explicitement à « l’impérialisme américain ». Et cette obsession antiaméricaine se combine avec son hostilité (maintenue cachée au public) à la démocratie parlementaire pour aboutir à un objectif qui est central à ses yeux, celui de faire sortir la France du camp des pays démocratiques dirigé par les Etats-Unis.

Jean-Luc Mélenchon sait fort bien qu’en affaiblissant « le camp américain », il renforce mécaniquement « le camp antiaméricain », ce camp antiaméricain qui en réalité coïncide parfaitement avec le club des dictatures totalitaires (Chine, Russie, Biélorussie, Iran, Corée du nord, Venezuela, Cuba, …). Mais en tant que trotskiste, cela ne le gêne absolument pas.

C’est donc cette troisième hypothèse que nous privilégions absolument.

A ce stade, une remarque importante s’impose. Le RN et LFI semblent s’opposer sur tous les points. Cela n’est absolument pas le cas. Si la question immigratoire et la relation à l’Islam continueront toujours à opposer diamétralement MLP et JLM, il y a un point majeur qui restera commun à ces deux leaders : leur détestation de la démocratie libérale et leur attirance avérée pour le modèle de la
démocratie illibérale (proximité de MLP avec la Hongrie de Orban et avec la Pologne quand elle était dirigée par le PiS) ou pire encore pour le modèle de la dictature totalitaire (proximité de MLP avec Poutine ; proximité de JLM avec Maduro, avec Cuba et avec leur parrain Poutine).

C’est ainsi que Le RN et LFI peuvent en réalité converger sur un point qui est majeur : faire sortir la France du camp des pays démocratiques. Ce qui concrètement se traduit par sortir la France de l’OTAN et de l’UE. C’est cette conclusion commune à MLP et à JLM qui n’a pas manqué d’attirer depuis assez longtemps l’attention de Poutine et du KGB.

Les dirigeants actuels des grandes dictatures totalitaires (Poutine, Xi, Khamenei) ont compris que le seul risque qui demeure pour la survie de leur régime vient de ce que, à l’extérieur de leurs territoires, les pays démocratiques réussissent à maintenir compatibles la liberté et la prospérité. C’est ainsi que Poutine, pour protéger complètement sa dictature totalitaire, a entrepris d’agresser et de déstabiliser les pays européens démocratiques en envahissant l’Ukraine.

Dans cette optique, Poutine et le KGB se sont employés à tisser des liens avec des personnalités politiques ou avec des partis politiques situés à l’intérieur même des pays démocratiques.  Le cas de Trump aux Etats-Unis est bien connu. Celui de Nigel Farage au Royaume-Uni aussi. La ligue du nord de Salvini en Italie, le FPO en Autriche, l’AFD en Allemagne, autant de partis qui ne cachent pas leur option pro-russe et qui sont prêts à s’inscrire dans des manœuvres souhaitées par Moscou.

La France n’échappe pas à ce « réseau Poutine ». Celui-ci y dispose même de deux atouts politiques distincts, Marine Le Pen à l’extrême- droite et Jean-Luc Mélenchon à l’extrême-gauche.

Marine Le Pen est particulièrement complaisante avec Poutine : elle s’est déplacée en Crimée en 2015 pour y valider et pour y célébrer l’invasion de la Crimée par la Russie, un déplacement dont elle refuse encore de s’auto-critiquer ; à la veille de la présidentielle de 2017, elle a été reçue officiellement à Moscou par Poutine afin de lui conférer « une stature internationale ». Elle célèbre la relation privilégiée avec Orban en Hongrie, lui-même allié notoire de Poutine.

Jean-Luc Mélenchon est complaisant avec Poutine et s’abstient de le critiquer ; il apprécie et il soutient Maduro et le régime cubain, deux régimes qui de longue date sont des pays parrainés par Poutine.

Pendant des années, JLM a célébré publiquement le régime dirigé par Chavez puis par Maduro comme « un régime qui montre la voie à suivre ». Face à l’énorme scandale politique international qu’a constitué la négation par Maduro, à une échelle jamais vue, du résultat des élections récentes au Venezuela, tous les gouvernements des pays démocratiques ont condamné cette violation à grande échelle des règles élémentaires de la démocratie, tous les gouvernements d’Amérique du Sud (l’Argentine, le Chili, la Colombie et même le
Brésil de Lula) ont désavoué publiquement la violation de la démocratie au Venezuela. JLM, quant à lui, a choisi de rester muet sur le crime anti-démocratique qu’a commis son ami Maduro. JLM a accepté ainsi délibérément de ternir son image politique en France pour mieux servir le camp antiaméricain. Cela nous révèle ce qui compte pour Mélenchon : il était plus important pour lui de protéger Maduro et ses parrains (Poutine, Xi Jinping) que de soigner sa propre image politique en France.

Pour confirmer le tout, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon n’ont condamné que du bout des lèvres l’invasion de l’Ukraine par Poutine en février 2022. Ils manifestent tous les deux une grande inertie voire une hostilité discrète, tant à Paris qu’à Bruxelles, lorsqu’il s’agit du soutien militaire et financier à l’Ukraine.

En 2017, Poutine et le KGB disposaient déjà de ces deux cartes d’atout. Mais ils avaient commis une grossière erreur tactique en tentant d’associer le RN et LFI autour d’une thème programmatique qui leur était alors commune et qui s’inscrivait par ailleurs dans la stratégie anti-UE de Poutine : développer en France une opposition politique à l’euro et à l’UE. Il a même alors été mentionné qu’un certain Jacques Sapir avait effectué des navettes entre le N°2 du RN (Florian Philippot) et LFI pour mieux faire converger leurs programmes électoraux.

Cela n’avait pas fonctionné : les deux partis s’étaient positionnés sur l’échiquier politique français en opposition trop diamétrale pour qu’ils puissent se permettre de formaliser publiquement un début de rapprochement politique entre eux. Cette première démarche du KGB pour déstabiliser la France échoua assez largement. MLP, JLM et le KGB avaient de toute façon sous-estimé l’attachement des électeurs à l’idée européenne. Après 2017 d’ailleurs, MLP abandonna son positionnement anti-UE et anti-euro qui ne lui avait pas réussi. Très vite après, elle se sépara de Florian Philippot.

En 2024, Poutine et le KGB semblent avoir compris qu’il était plus astucieux pour eux de jouer leurs deux cartes non pas en les ajoutant mais en les combinant. Il suffit que JLM, ignorant délibérément le risque RN, harcèle Macron, les marconistes et les centristes pour qu’il assure le triomphe prochain du RN.

Un peu comme en Allemagne au début des années 30, il avait suffi à Staline de pousser le Parti Communiste allemand à harceler frontalement les sociaux-démocrates comme si le risque nazi n’existait pas, pour que le Parti Communiste Allemand assure indirectement la victoire électorale des nazis fin 1932. Une victoire électorale qui permit ensuite à Hitler d’instaurer une dictature totalitaire.

Que sa démarche récente visant la démission de Macron contribue à installer Marine Le Pen à l’Elysée, ne dérange donc vraiment pas le trotskiste que demeure Jean-Luc Mélenchon.

Marine Le Pen à l’Elysée, cela présenterait à ses yeux « l’immense mérite » que la France retire son soutien à l’Ukraine, que la France prenne ses distances avec Washington, Londres et Berlin et qu’elle se détache de l’OTAN, que la France se rapproche officiellement de Poutine et que ce rapprochement lui-même torpille la survie de l’UE. Tout cela serait en réalité une satisfaction suprême pour celui qui est resté un trotskiste internationaliste impénitent.

Jean Francart,

le 24 septembre 2024

30 Sep 2024


Comment Jean-Luc Mélenchon fait la courte échelle à Marine le Pen ?

Par leur démarche visant à une destitution institutionnelle du Président Macron qu’ils ont amorcée dimanche 18 août, Mélenchon et LFI manifestent l’appétit intense qui est le leur à précipiter à 2024 ou 2025 la prochaine élection présidentielle.

Ce qu’il faut retenir de significatif dans la démarche de JLM, c’est son insistance à précipiter le prochain scrutin présidentiel en France.Comme la destitution institutionnelle ne fonctionnera probablement pas, JLM, sans surprise, n’a pas tardé à recourir à d’autres médiations pour interrompre précipitamment le mandat de Macron. Il a déjà appelé à des mobilisations « anti-Macron » répétées dans la rue, la première étant programmée pour le samedi 7 septembre.

Ces manifestations à répétition visent à contraindre Macron à démissionner dans un contexte où celui-ci éprouve d’énormes difficultés à trouver une formule gouvernementale solide et durable.

Et si ces manifestations ne suffisent pas, gageons que LFI proposera aux autres partis du NFP de s’associer au RN pour censurer les premiers ministres successifs et pousser davantage « le diable Macron » à la démission.

Or, si l’élection présidentielle avait lieu fin 2024 ou début 2025, tous les politologues savent que MLP arriverait largement en tête au premier tour avec environ 35% des voix, JLM serait sans doute (pour la première fois d’ailleurs) deuxième (mais avec seulement 13 à 15% des voix). JLM serait deuxième grâce à l’éparpillement prévisible du reste des voix (50 à 52%) entre LR, deux macronistes, Modem et PS.

Il est cependant évident qu’entre les deux tours, le report des voix qui se tourneraient vers JLM serait absolument insuffisant pour qu’il puisse espérer battre MLP au deuxième tour. L’Institut IPSOS rapporte que: « de toutes les personnalités testées, JLM est de très loin la plus rejetée : 13 % seulement de jugements favorables, 83 % de jugements défavorables dont 68 % de « très défavorables ». « Des
niveaux jamais atteints dans le passé ». D’ailleurs, le positionnement de Mélenchon comme N°2 au premier tour (très probable malgré son impopularité ET grâce à une base électorale très fidèle et très solide) assurerait encore mieux la victoire de MLP au deuxième tour.

Et MLP de son côté a déjà réalisé qu’une élection présidentielle précipitée serait une formidable opportunité pour qu’elle accède enfin à l’Elysée. C’est ainsi que le 14 septembre, elle a déclaré « préparer le RN à une législative anticipée dans les mois qui viennent ». Très étrange. Le Président Macron n’a plus le droit de dissoudre l’Assemblée nationale avant fin juin 2025.

Manifestement pourtant, ce qu’anticipe MLP, ce à quoi elle prépare le RN, c’est un scénario où Macron serait contraint, d’une façon ou d’une autre, à la démission ; cela précipiterait une élection présidentielle fin 2024-début 2025 suivie d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée, elle-même rendue possible par le changement même de locataire à l’Elysée. En somme, MLP espère fortement l’élection présidentielle précipitée que JLM s’emploie à lui préparer.

Au bout du compte, quand JLM, réputé être « le meilleur chevalier anti-RN », mobilise ses troupes pour obtenir une élection présidentielle précipitée, c’est en réalité une irruption triomphale de Marine Le Pen à l’Elysée qu’il nous prépare.

Le 24 septembre 2024

29 Sep 2024


Qu’est-ce qui a le plus marqué l’actualité du mois d’août? Osons enfoncer une porte ouverte : les vacances. Vacances du pouvoir, avec un gouvernement démissionnaire assurant les affaires courantes et gérant bien des Jeux Olympiques indéniablement porteurs de calme, de joie et même de fierté au coeur de nombreux Français.


Lors de la cérémonie de clôture, Emmanuel Macron avait gagné son pari. En veut-on une preuve ? Aucun sifflet ne l’accueillit. Eh oui, en France, c’est un signe et un bon signe pour le Président.

Après avoir joué cette carte du calme, le Président tente de la rejouer. Dans un avenir proche, il proposera aux Français un Premier ministre évoluant dans le calme, c’est à dire un Premier ministre qui ne tombera pas au bout de quelques semaines sinon au bout de quelques jours sur une motion de censure. Son gouvernement ne comportera donc pas un seul membre de LFI ni du RN (pour autant que ce parti souhaite faire partie d’une équipe gouvernementale, ce qui est très douteux). Et le chef du gouvernement lui-même ne sera pas un ministre issu des rangs du « Nouveau Front Populaire » – sauf s’il rompt avec l’extrême-gauche mélanchoniste de LFI ou s’en démarque – mais plutôt une personnalité « extérieure » de centre gauche comme Bernard Cazeneuve ou Martin Hirsch ou de centre-droit comme Xavier Bertrand.


Autant de propositions calmes pour un avenir (relativement) calme. Sans doute des problèmes graves devront-ils ensuite être posés sinon résolus touchant à l’amélioration de la sécurité publique, aux conditions de l’immigration, à une réforme de la fiscalité ou à la réforme des retraites -acquises – pourquoi pas ? – soit par points comme l’avait un temps envisagé le président de la République soit par choix individuel au cours d’une période de 10 ans.


En tout cas, on s’éloigne des catastrophes annoncées voire souhaitées par certains d’entre nous. Les tenants d’une ligne complaisante envers les mouvements totalitaires comme le Hamas ou avec l’impérialisme russe, seront, selon toute vraisemblance, écartés.


Autre bonne nouvelle : le rééquilibrage des forces dans la course à la présidence américaine. Ce n’est pas que Mme Kamala Harris puisse susciter beaucoup d’enthousiasme ni son équipe rapprochée, laquelle l’avait désignée avant même que les électeurs du Parti démocrate se prononcent en sa faveur. Mais désormais les jeux ne sont pas faits aux Etats-Unis. Les débats sur des thèmes importants auront lieu sans être défigurés par la question de l’âge de Joe Biden ou de ses absences mentales ni par les différents procès promis à Donald Trump. Elles porteront sur l’immigration, le wokisme, les rapports entre les Etats de l’Union et la présidence fédérale. Elles porteront aussi sur le soutien à Israël qui en manque cruellement, à l’Ukraine (même remarque que précédemment), et sur l’avenir de l’OTAN sans qu’on s’inquiète de résultats aussi assurés qu’inquiétants. Les jeux ne sont pas faits, répétons le, et le pire n’est plus probable. Le trumpisme ne fait plus la course largement en tête. Une fois de plus on comprend que l’histoire dépend aussi du hasard et des initiatives individuelles. On peut en attendre d’autres encore. Et si l’on ajoute la visite du Premier Ministre indien à Kiev le 23 août, et l‘offensive ukrainienne lancée sur Koursk il y a une dizaine de jours, on peut même se permettre de se réjouir d’une actualité plus heureuse. Cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps. La situation reste fragile cependant, en France, en Israël, aux Etats-Unis et ailleurs. Le hasard et les initiatives individuelles qui peuvent perturber la marche au pire peuvent du jour au lendemain perturber l’avenir des démocraties.

Pierre Rigoulot

26 Août 2024


17 juillet 2024  : Echapper au piège encore une fois

Vous avez dit « Actualité »? Le neuf en politique est souvent lesté d’ancien.  Et les nouvelles ont parfois une allure de déjà vu. 

Le renversement il y a quelques semaines du gouvernement conservateur en Grande-Bretagne par exemple, ici et là présenté  comme un raz de marée, est une phase normale de l’alternance habituelle de la démocratie britannique. Sans doute peut-on relever le score relativement élevé du mouvement populiste de Nigel Farage. Mais les équilibres ne sont pas bouleversés pour autant. Pas plus en Grande-Bretagne qu’en Espagne avec le mouvement Vox ou en Allemagne, avec l’AFD (Alternative pour l’Allemagne), le populisme ne menace de s’imposer.

Reste quand même l’Italie avec Meloni au pouvoir, Meloni qui tente par exemple de contrôler la Radio-Télévision italienne, mais dont l’atlantisme ne remet pas en cause la défense de l’Europe. 

Reste aussi  la France où le Rassemblement National, fort des 35 %  de voix recueillies par lui et par ses alliés aux récentes élections, peut appuyer le Hongrois illibéral et poutino-compatible, Viktor Orban, dans son entreprise d’affaiblissement de l’U.E. 

Le RN a réitéré lors du 1er tour des élections législatives. Mais, comme on le sait, une sorte de « front républicain » lui a fait barrage lors du deuxième tour, un « front républicain » qui suppose croire que le fascisme nous menace, comme le « prouvaient » les stupidités xénophobes d’une poignée de candidats RN dont on nous disait et répétait qu’ils affirmaient tout haut ce que le mouvement dirigé par Marine Le Pen pensait tout bas.

Sans doute, comme certains de nos amis nous le signalent, le succès relatif du populisme en Europe s’expliquerait surtout par le fait qu’il prétend répondre mieux que les autres forces politiques à l’afflux de migrants et au surplus d’insécurité qui l’accompagne. Comme un avertisseur, comme une sirène d’alerte, le populisme puiserait les raisons de son succès dans son opposition à l’immigration et plus dans la dénonciation de la menace que cette immigration fait peser aux yeux de pans entiers de la population européenne sur leur identité, leur culture et leur sécurité que sur leur pouvoir d’achat.

Voilà qui n’a rien à voir avec le « fascisme », même si la peur de l’Autre favorise la recherche de dirigeants forts et aptes à promouvoir une réponse forte.  Mais c’est cette peur du fascisme et du racisme qu’il véhicule hors de l’ « arc républicain », qui a permis pourtant, le 7 juillet dernier, le succès du « front républicain » et du « Nouveau Front populaire » dont le noyau gauchiste  autour de Jean-Luc Mélenchon constitue lui aussi un danger pour la démocratie libérale,  tant sur le plan national que sur le plan international avec sa haine de l’OTAN et son appui au Hamas islamiste qu’il refuse de considérer comme un mouvement terroriste même après les horreurs du 7 octobre dernier.

Mais même cela n’est pas entièrement nouveau. La France s’est déjà vue proposer dans le passé de choisir un extrémisme pour mieux combattre un autre, en l’occurrence le communisme pour mieux s’opposer au nazisme – en tout cas avant et après la lune de miel que connurent entre eux ces deux mouvements totalitaires…Notre pays avait su alors éviter ce piège, rejeter les deux pôles extrémistes et sauvegarder l’imparfaite mais précieuse démocratie libérale.

Pierre Rigoulot

17 juillet 2024

17 Juil 2024


Voter?

A chaque élection, même refrain : « Le droit de vote, pour lequel  nos aïeux se sont battus …». Oui,  révoltes, révolutions, conspirations , il y a eu : contre des tyrannies ; avec comme effet  logique leur  remplacement par des systèmes d’ élections populaires. Mais, des rébellions pour le droit de vote lui-même : où et quand ?

Le  « droit de vote » n’est un devoir qu’autant que le citoyen suit, le plus possible, la vie de  la cité (s’informer, penser, agir), donc  exerce ce droit, de façon plus ou moins éclairée : élire un député, des conseillers municipaux, etc., n’est pas jouer à la loterie.

Or, l’opinion publique (selon l’expérience universelle et intemporelle) est diverse, divisée, incohérente, changeante (dernier exemple : Macron,   réélu en 2022 et « battu » en 2024), profane et peu intéressée (faute de goût, de temps et/ou  de connaissances) sur le fond par la politique ; par contre, volontiers critique.

Les campagnes électorales sont trop brèves et espacées pour modifier  profondément, sauf coup de théâtre, des opinions formées, sans trop y réfléchir, au fil du temps : les résultats électoraux reflètent l’état des esprits à un moment donné. A cette nuance près que le « message » adressé à travers les urnes par les électeurs (leur volonté, leurs espoirs) à la « classe politique » n’est pas toujours compris de la même façon par tous : pour elle, quelle(s) action(s) mener ?

Dans le cadre de leurs sensibilités politiques respectives, les électeurs se seront déterminés en fonction de cette perception, souvent biaisée, des partis et des candidats, lesquels, de leur côté, leur auront menti sans scrupules (flatteries, promesses en l’air, comportements trompeurs …il faut plaire). La distance est grande entre les béotiens d’en bas et les « pros » de la politique, en haut. 

Ainsi, l’électeur se leurre et est, en plus, manipulé par le futur élu. Le «droit de vote » ? Dévoyé par la crédulité des uns et la démagogie des autres, il est une « duperie » selon  Marx-Engels comme selon Maurras.

… « Au pouvoir », « aux portes du pouvoir », entend-on : en fait, quel « pouvoir » véritable pour un gouvernement ? Une politique encadrée par les institutions et la Constitution, subordonnée aux accords internationaux, contrariée éventuellement par le Président, limitée par les opposants de tout poil (parlementaires, syndicats, lobbys, etc.,), contrainte par la conjoncture économique, chamboulée par les « crises », toujours inattendues, (telles que Guerre froide, évènements d’Algérie, mai 68, pétrole 1973, effondrement soviétique 1989-1991, Ukraine, Israël-Gaza …). Quelle liberté  d’action par conséquent pour les dirigeants ? Et comment gouverner un peuple politiquement inculte, versatile, indiscipliné ? Dans le temps long, s’impose une orientation – politique mais aussi sociétale donnée, bien que chahutée au gré des évènements ; sur elle, l’impact des élections est marginal.

Inexpérimentés, donc pleins d’illusions, nos lointains aïeux révolutionnaires se faisaient une idée sacralisée du suffrage, suffrage réservé à leur classe d’abord puis universel (masculin) : le peuple (et

 chacun au sein du peuple) maître de son destin, souverain !

… Les batailles électorales déchaînent les hommes : moment intense, joie du combat, ambitieuses espérances, frissons de peur … D’où dramatisation, hystérisation, radicalisation.

Pendant 40 ans (1945-198…), les partis dits démocratiques ont brandi en chœur l’épouvantail communiste pour affoler les masses et les contrôler. Le PC traitait, à rebours, ses adversaires de « fascistes ». Puis, le communisme s’écroulant, le danger mortel (pour les libertés) s’est incarné, d’après les « démocrates », dans le Front national (devenu RN), sa relève. Enfin, innovation avec le macronisme : trois grands blocs ; un, central (le juste milieu, bien sûr), et deux, « extrêmes »  (comprendre « extrémistes », barbares), farouchement rivaux (RN-Le Pen, LFI-Mélenchon).Les anti-RN (macroniens et Nouveau Front Populaire) ont ressorti le florilège « anti-fasciste » (« collabos », nazisme, etc.). Le RN renvoie l’ascenseur  à LFI : « islamo-gauchisme », « antisémitisme » … Au milieu, Macron, toujours pondéré, accuse chacun des deux autres de préparer  rien moins qu’une « guerre civile » (sic). Les deux « extrêmes », rétrogradant Macron dans  l’ordre des méchants, le qualifient chacun de marche-pied de l’autre, seul extrémisme. Les anti-Front Popu (macroniens et RN) déplorent la « soumission » du PS et des « écolos » à la France Insoumise, une « indignité ».

Ainsi, tous remuent les peurs (fascisme, racisme, antisémitisme, islamisme …), principales armes de campagne, loin devant les promesses, peu convaincantes ; on sait que le danger ou l’ennemi 

 commun est le meilleur moyen d’unir ou réunir les individus également concernés. La critique, souvent virulente, du présent en France et dans le monde, est donc abandonnée pour celle d’un

 futur hypothétique, création d’une imagination parfois délirante. On impute au RN et/ou à LFI des scénarios d’épouvante (extermination des Juifs quasiment ou des Arabes, salaires de misère, etc.), autant de procès d’intention basés sur des indices douteux : qu’ont à voir exactement le jeune Bardella avec Pétain et Vichy et  Jean-Luc Mélenchon avec le massacre du 7 octobre en Israël ? N’a-t-

on rien d’autre à leur reprocher ?  Peurs pour l’avenir ? Soit, mais tout va -t-il si bien dans ce bas monde aujourd’hui ? 

Moi, pardon ! je me rappelle, il y a … 70 ans, quand certains se complaisaient à évoquer une 3e Guerre mondiale  (dix ans seulement après la Deuxième !) parfaitement fantasmée, je me sentais mal des guerres, alors bien réelles et bien meurtrières, d’Indochine et de Corée : comment arrêter ces tragédies ?

Il est particulièrement  irresponsable d’agiter le spectre de la guerre civile. Sans raison valable mais  au risque que certains y croient et s’angoissent et que d’autres y songent. Sur tous les sujets de dispute, il n’y a pas 2,3, ou 4 camps à couteaux tirés, mais une gamme de points de vue. Sur l’immigration par exemple, il n’y a pas deux camps irréconciliables : racistes enragés contre ravis de la crèche, mais tout un éventail de positions, fondement d’un large consensus possible : « deux Français sur trois » aurait dit Giscard. Ne nous montons pas les uns contre les autres.

 Heureusement, le peuple de France est un peuple modéré. Même les défilés et rassemblements (LFI, CGT, etc.) protestant contre les résultats « incorrects » des élections européennes, ne les contestent pas  (comme d’autres à Washington). Le suffrage universel est sans doute le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres.

                                                                                                                        Guy BARBIER (1er juillet 2024) 

1 Juil 2024


6 juin 2024 : regard  sur  deux  élections, aux résultats encourageants

Avant les européennes du 9 juin, que nous commenterons prochainement, L’actualité récente a été marquée par plusieurs élections importantes. Deux d’entre elles ont retenu notre attention.

Après des années de conflits autour de la question de l’indépendance, les tenants du maintien de la Catalogne dans le giron espagnol l’emportent mais insuffisamment pour former facilement un gouvernement.

La Catalogne a voté le 12 mai, en donnant l’avantage au PSC, le parti socialiste catalan, que dirige Salvador Illa. Le PSC a obtenu 42 sièges, soit 9 de plus que lors du précédent scrutin .Junts per Catalunya ( Ensemble pour la Catalogne), un parti indépendantiste de centre-droit, arrive en deuxième position avec 35 sièges, les indépendantistes de gauche de l’ERC ( Esquerra Republicana de Catalunya, la Gauche républicaine de Catalogne), reculent de 33 sièges à 20. Ils sont en troisième position, suivi par le PP ( le Parti populaire, conservateur et hostile au mouvement indépendantiste) qui obtient 15 sièges contre 3 précédemment. Vox, représentant le courant d’extrême droite, obtient 11 sièges (un autre parti d’extrême droite mais indépendantiste, en obtient deux. L’extrême gauche recule et ses deux partis (la CUP et Sumar-Comunes) occupent les 10 sièges restant….

Après des années de conflits autour de la question de l’indépendance, les tenants du maintien de la Catalogne dans le giron espagnol l’emportent mais insuffisamment pour former facilement un gouvernement. Les différents partis ont jusqu’au 15 août pour parvenir. Faute de quoi, les Catalans revoteront.  Mais  l’évolution que nous avons relevée est plutôt une bonne nouvelle pour les partisans  de la démocratie libérale au sein desquels  le courant social-démocrate ( dominant au PSC et présent de manière minoritaire au sein de Junts, surclasse nettement la droite classique du P.P.

Verrons nous un autre Modi, comme l’affirment certains observateurs, obligé de prendre des gants dans ses rapports avec l’opposition qu’il traitait de haut jusqu’à ces derniers temps ?

Bien plus loin, en Inde, et à une tout autre échelle puisqu’on peut compter environ 620 millions de votants, le parti nationaliste hindou de Narendra. Modi, le Bharatiya Janata Party (BJP), le « Parti indien du peuple », a perdu la majorité absolue  au Parlement avec 240 sièges  (- 63 par rapport à 2019). Le Congrès, principal parti d’opposition, a obtenu 99 siège (+ 47) et le Premier ministre, désormais moins incité au triomphalisme, va devoir mettre de l’eau douce dans son vin nationaliste et religieux pour former avec un certain nombre de petits partis, une coalition gouvernementale ».

Verrons nous un autre Modi, comme l’affirment certains observateurs, obligé de prendre des gants dans ses rapports avec l’opposition qu’il traitait de haut jusqu’à ces derniers temps ? On peut espérer que les arrestations d’opposants et les mauvais traitements  imposés aux minorités religieuses, dont plus de 200 millions d’Indiens musulmans, seront enfin moins nombreuses.

Le danger d’une « démocratie illibérale » indienne s’estompe, semble-t-il. Et l’on peut même rêver d’un rapprochement plus marqué qu’aujourd’hui avec les démocraties occidentales…

A venir, après les élections du 9 juin au sein de l’Union européenne, celles du Royaume-Uni le 4 juillet. Les bookmakers parient à une très large majorité pour une victoire du Parti travailliste.

Benoît Villiers, le 6 juin 2024

9 Juin 2024