Sur quel terrain affronter Marine le Pen ?

Marine Le Pen nous montre le terrain sur lequel il nous faut l’affronter, sans risquer le moindre rapprochement avec notre ennemi principal, La France insoumise à la démocratie libérale.    

Dans son discours de Madrid, Marine Le Pen veut que l’Europe suive l’exemple des États-Unis.

Mais elle propose que l’Europe tourne le dos à ce qui fait la force des États-Unis d’Amérique : l’union des États qui les composent.

En ce qui concerne le passé, elle oublie que l’Union européenne a mis fin aux conflits intra-européens qui ont ensanglanté et affaibli le continent.

En ce qui concerne le présent et l’avenir, elle oublie que sans l’Union européenne, chacun des États-nations d’Europe serait isolé et impuissant face aux États-Unis à la Chine, et à la Russie.

On voit ce qu’il en coute à l’Ukraine de ne pas appartenir à l’Union européenne et au pacte atlantique.

On voit comment le nationalisme anti-européen de Viktor Orban fait de lui le relais de Poutine au sein de l’Union européenne et le champion de l’illibéralisme

Orban apporte la preuve que sans l’Union européenne, les États-nations et les peuples qui la composent se conduiraient inévitablement en rivaux et en concurrents.

Le mot d’ordre « nationalistes d’Europe unissez-vous pour bâtir une autre Europe! » n’est à l’évidence qu’un oxymore et un piège électoral pour dupes et amnésiques.

Les partis politiques européens qui se définissent comme des partis nationalistes s’aveuglent sur l’importance des rapports de forces dans le monde actuel, un monde de plus en plus dérégulé et où, par conséquent, chacune des puissances doit pouvoir compter sur elle-même.

La taille compte !

Les partis qui fondent leur propagande sur la primauté absolue de la souveraineté nationale et le rejet de l’Union européenne ne veulent pas savoir que le délitement de l’Europe serait son chant du cygne et bientôt celui des peuples qu’elle associe et qu’elle protège.

L’Europe n’est pas qu’un marché et ses adversaires le savent bien.

Elle défend une culture qui vaut qu’on se batte pour elle

André Senik, le 11 février 2025

10 Fév 2025


Ce qu’il faut reprocher à Jean-Marie Le Pen

Ce n’était pas du tout le grand homme qu’à la suite de Bardella, les principaux cadres du RN viennent de se permettre de saluer publiquement.

Et par ailleurs, nos médias, intimidés par les 35% que recueillent désormais électoralement MLP et ses alliés, ont négligé de lui reprocher un certain nombre d’éléments, pourtant établis factuellement.

Des éléments qui ne sont pas simplement « des provocations » mais bel et bien des actes et des déclarations qui devraient accabler cet individu et qui devraient accabler aussi ceux qui continuent à l’admirer et à s’en réclamer.

J’essaye ici de classer méthodiquement les reproches qui devraient lui être adressés (en espérant avoir été le plus exhaustif possible) au moment où on commence à le désigner comme « un brave type » (« les morts sont tous des braves types » disait Brassens, cet excellent observateur) :

  1. Son refus, jusqu’à sa mort, de condamner Hitler et Pétain. Cette admiration pour la dictature totalitaire nazie avait bien entendu pour corollaire un rejet des principes démocratiques.

    L’instauration de liens avec les anciens nazis et en particulier avec Léon Degrelle, le politicien wallon qui pendant toute la guerre chercha à se faire reconnaître par Hitler, qui alla jusqu’à constituer une unité militaire formée de citoyens belges pro-nazis, la Légion Wallonie, qui rejoignit les militaires allemands pour combattre les soviétiques, ce qui lui valut une médaille militaire allemande que Hitler lui accorda personnellement. Comme les autres politiciens européens nostalgiques du nazisme, Jean-Marie Le Pen vint rendre visite à Léon Degrelle à Malaga (Franco lui avait accordé d’abord l’asile politique puis la nationalité espagnole).
  2. Ses déclarations multiples visant à minimiser la Shoah et sa participation active avec son ami Gollnish au mouvement négationniste qui, à partir des années 70, vise à nier la Shoah et son ampleur.

    Son antisémitisme affiché et répété dont il n’accepta jamais de se défaire. Une preuve parmi d’autres consistant à avoir parrainé, en 2008 encore, une fille de Dieudonné (antisémite notoire et revendiqué). C’est d’ailleurs cet antisémitisme affiché qui inspira à sa fille Marine de renverser son père à la tête du FN en vue de faire disparaître, par l’opération dite de dédiabolisation, les connotations antisémites de l’ADN du RN (ex-FN).
  3. Son opposition prolongée à la décolonisation qui lui valut de soutenir jusqu’au bout les partisans puis les nostalgiques de l’Algérie Française.
  4. Sa misogynie qui l’amena à la Chambre des députés à être parmi les plus résolus et les plus violents à combattre la loi Veil sur l’avortement (il alla jusqu’à oser une comparaison entre les avortements et les fours crématoires).
  5. Sa mobilisation politique en opposition à l’homosexualité.
  6. Sa revendication de pratiquer la torture et de la banaliser (lorsqu’on lui rappelait ce qu’il avait fait pendant la guerre d’Algérie).
  7. Son opposition à toute construction européenne et à la participation de la France à l’Union Européenne.
  8. Son opposition à la participation de la France à l’OTAN.
  9. Son accointance avec le KGB/FSB après 1991 (chute du Parti Communiste d’URSS et dislocation de l’URSS en 15 Etats souverains). En 1994 puis en 1996, il prend l’initiative de venir rencontrer à Moscou le sinistre Jirinovski qui était le premier politicien russe à revendiquer son positionnement dans une extrême-droite russe musclée, à la fois ultranationaliste et expansionniste, et qui était sous Eltsine le principal opposant à l’instauration de la démocratie en Russie. Après la prise du pouvoir par Poutine et le KGB/FSB en 2000, ce Jirinovski a dirigé, sur la droite de Poutine, une sorte d’ « opposition officielle » à Poutine (permettant à Poutine d’affirmer sans vergogne que la Russie serait restée pluraliste), une opposition en réalité totalement factice et artificielle, une opposition sous le contrôle du KGB/FSB. Jirinovski par exemple réclamait publiquement une invasion de l’Ukraine fin 2021 (sans doute avec l’approbation tacite de Poutine).

    Cette liaison établie entre Jean-Marie Le Pen et Jirinovski aura enclenché des liens qui se sont ensuite renforcés et avérés entre le RN de Marine le Pen et Poutine (visite de Marine Le Pen en Crimée en 2015 pour y saluer l’invasion de la Crimée par Poutine ; réception officielle de Marine Le Pen par Poutine début 2017 pour lui conférer une stature internationale…)

Je crois qu’il nous faut garder soigneusement en tête cette liste de griefs majeurs à l’encontre de Jean-Marie Le Pen au moment où le RN s’approche dangereusement de prendre le pouvoir dans notre pays et tend à nous faire oublier les forfaits de son fondateur.

La dédiabolisation n’est que partielle et la collusion de Marine Le Pen avec Poutine est plus marquée encore qu’elle ne le fût entre Jean-Marie Le Pen et la Russie.

Jean Francart, le 10 janvier 2025

[Réponse] Sur la nécrologie de Jean-Marie Le Pen par notre ami Jean Francart

Je remercie notre ami Jean Francart d’avoir rappelé sans complaisance les positions détestables qui jalonnèrent toute la carrière de Jean-Marie Le Pen.

Ce rappel doit servir aux électeurs français d’une ligne rouge à faire respecter par ses successeurs qui s’affirment plus ou moins repentis.

J’ajoute au tableau des griefs à adresser au père Le Pen qu’il a été grandement responsable d’avoir empêché les démocrates d’aborder les problèmes posés par l’immigration musulmane sans racisme ni inhibition.

La même vigilance informée et lucide s’impose par ailleurs pour Giorgia Meloni .

Parallèlement, le passé du communisme doit être rappelé face à ses divers héritiers, je pense évidemment à LFI plus encore qu’au PCF, qui se présente en héritier des militants de base du PCF plus que de Marx, Lénine et Staline.

Ce rappel des sources premières des mouvements politiques actuels doit s’accompagner d’au moins trois appendices

  1. Il ne faut pas négliger les révisions dédiabolisantes qui sont explicites et mises en pratique. Ce n’est pas le cas pour l’AFD en Allemagne.
    En France, (par exemple sur « Vichy et la Shoah », Marine Le Pen est aux antipodes de Zemmour. Et elle ne s’autorise aucune forme de racisme et de xénophobie.
  2. Nous ne sommes pas en 1934. Les électeurs du RN ne sont pas massivement identifiables à des « fachos » et les ennemis du RN ne sont pas nécessairement des démocrates fréquentables
  3. Ne nous trompons pas d’époque et d’ennemi principal

Notre ennemi principal est désormais notre extrême gauche islamisto-révolutionnaire.

Personnellement, si j’ai un jour à choisir aux élections entre un candidat du RN et un candidat de LFI, je voterai pour le moindre mal , je voterai pour le RN.

En me souvenant que les ennemis de mes ennemis peuvent être mes alliés de circonstance, sans devenir pour cela mes amis.

André Senik, le 12 février 2025.

5 Fév 2025


Hommage à Emmanuel Le Roy Ladurie président de l’Institut d’histoire sociale, décédé il y a un an, le 22 novembre 2023

Emmanuel jugeait sans doute ne pas avoir de temps à perdre en polémiques futiles. Aussi, sachant que son jugement pouvait être « récupéré » par un camp ou par un autre, sa prudence était grande. Parfois même exagérée. S’il donnait son avis, il ne manquait pas de suggérer une autre manière de le donner, et la possibilité d’une autre interprétation de sa pensée. 

Au sein d’un même jugement, il pouvait aussi multiplier les nuances de telle sorte qu’on ne pouvait guère le soupçonner  de jugement agressif et à l’emporte-pièces. Dans Une vie avec l’histoire, ses mémoires publiées chez Tallandier en 2014, on trouve ainsi, tout en circonvolutions, cet avis qu’il donne sur le marxisme : « La construction marxiste, en dépit d’inexactitudes, d’approximations ou d’apriori considérables, n’est pas dénuée de certaines relations avec la réalité de l’histoire et des faits, mais elle s’est partiellement déshonorée lors du stalinisme ». 1

Sur le stalinisme, ses propos étaient plus nets. Nul reproche à craindre il est vrai en cette fin de XX ème siècle et en ces premières années du XXI ème siècle. Les défenseurs de Staline se faisaient rares! « Dès les année 1930, écrit-il toujours dans ses mémoires, les travaux de Boris Souvarine sur le communisme stalinien ont tranché heureusement sur les livres bénisseurs que publiaient les penseurs communistes à propos du bolchevisme et de l’Union soviétique ». 2

Il alla plus loin encore, en saluant en 1977 dans Le Monde la réédition du Staline de Souvarine, publié pour la première fois en 1935, puis en participant à un numéro d’hommage rendu à Souvarine, (décédé le 1er novembre 1984) par la revue Est & Ouest avec un article intitulé : « Une oeuvre libératrice ». Libératrice au sens où elle tranchait le noeud gordien dont n’avaient pas su se libérer les célébrités intellectuelles comme Althusser, Deleuze, Guattari et Foucault qui trainaient derrière elles « mainte parcelle du proliférant dogmatisme révolutionnaire ». 3

Un tel respect pour Boris Souvarine allait se concrétiser 20 ans plus tard avec l’acceptation, par Emmanuel Le Roy Ladurie, de la proposition que je lui fis en 2006 de devenir le président de l’Institut d’histoire sociale fondé, justement par Boris Souvarine l’année de la publication de son Staline. Ce n’est pas le lieu ici de faire l’histoire de l’Institut. Rappelons seulement qu’Emmanuel succédait ainsi à André Bergeron, l’ancien secrétaire général de Force Ouvrière, et à Jean-François Revel et qu’il a laissé dans ce lieu de réflexion une empreinte plus marquée qu’on ne le croit. Après qu’il eut été rassuré sur le fonctionnement de l’Institut d’histoire sociale (IHS), sur ses ressources financières et la respectabilité de son équipe dirigeante, Emmanuel contribua à tourner une page de son histoire. Il est vrai que sa tâche fut facilitée par le fait que Georges Albertini, ancien compagnon de Marcel Déat et longtemps soutien financier de Souvarine, était mort en 1983. Il est vrai que son bras droit, Guy Lemonnier, alias Claude Harmel, devenu avec l’âge un formidable connaisseur de l’histoire du syndicalisme, s’était retiré. 4; que le Serbe Branko Lazitch, ancien adversaire de Tito, animateur d’Est & Ouest, stupéfiant savant pour tout ce qui concernait l’histoire du Comintern (à suivre l’orthographe de Souvarine). avait quitté ce monde en 1998. Lui, souhaitait arrêter nos activités et en plaisantant proposait qu’on écrive sur notre porte, au début des années 1990 : « Fermé pour cause de victoire! »

Emmanuel mit sa toute nouvelle autorité statutaire en jeu et acheva la réorganisation de l’IHS en poussant vers la sortie ce qui restait de l’ancienne équipe. 

Il était entouré désormais de chercheurs qui, après un passage par le mouvement de mai 68 et la découverte de Soljenitsyne, mettaient en cause la pensée historiciste et marxiste et opposaient désormais la démocratie libérale aux totalitarismes.  Emmanuel appuya l’évolution qu’ils imprimaient à « la Maison Souvarine ». Il approuva aussi le don progressif de la bibliothèque – qui avait été constituée par les « anciens » et que continuait d’étoffer la nouvelle « génération » – aux Archives départementales des Hauts-de-Seine,  en échange de l’hospitalité accordée à l’IHS. Emmanuel contribua d’ailleurs au développement  de cette bibliothèque et de son fonds sur le communisme, le socialisme et le syndicalisme  en y déposant les archives de son père, Jacques Le Roy Ladurie, figure du syndicalisme agricole normand et Ministre de Vichy jusqu’en 1942. 

Autre engagement actif d’Emmanuel : il veillait à dire quelques mots lors de l’ouverture des colloques que l’IHS mettait sur pied chaque année. Au cours de ses interventions, le savoir et la profondeur faisaient bon ménage avec un humour et de discrets coups de patte que sa éloignement de toute activité officielle lui permettait.  François Mitterrand et Jack Lang firent par exemple les frais de son introduction à un colloque de l’Institut d’histoire sociale « sur 1989 et la chute du communisme européen ». 5

Il écrivait aussi assez fréquemment dans la revue Histoire & Liberté (qui faisait suite aux Cahiers d’histoire sociale, eux-mêmes succédant à Est & Ouest). Mieux : il veillait, sans nous heurter frontalement, à ce que la nouvelle approche, anti-totalitaire, ne s’enfermât pas dans un nouveau dogmatisme. Puisque nous pensions que la direction indiquée par Hanna Arendt, bonne pour caractériser l’URSS  de Staline et l’Allemagne de Hitler, pouvait également être utilisée avec profit pour éclairer la Russie poutinienne, l’Erythrée islamiste ou la Chine de Hu Jintao, il  nous suggéra de reconnaître au concept de totalitarisme une certaine « souplesse » permettant d’en faire un instrument d’analyse applicable à bien d’autres régimes et à bien d’autres époques que celles analysées par Arendt. 

C’est ainsi qu’Emmanuel Le Roy Ladurie, sans avoir l’air d’y toucher, bouscula nos « évidences » en se demandant si le totalitarisme ne pouvait pas s’appliquer à un Etat comme celui de Louis XIV, au tournant du XVII ème et du XVIII ème siècle!  La question devait le tarauder car le texte qu’il nous demanda de publier au début de l’année 2009 reprenait un avant-propos qu’il avait donné à un ouvrage de Bernard Coffret, Terre d’exil, l’Angleterre et ses réfugiés, XVI e et XVII e siècles, déjà publié en 1985 mais passé à son goût trop inaperçu. Il y laissait entendre, certes avec la prudence que nous avons évoquée plus haut, qu’il y avait, dans un Etat voulant établir et pratiquer le monopole religieux, un « totalitarisme sectoriel »…Et de mentionner l’Espagne de 1492, l’Angleterre de 1559 et la France de 1685 ! 6

Il fit de même avec le concept de « guerre froide » qu’il hacha menu devant nous en découvrant au XVIIIe et au XIX ème siècle, d’autres guerres froides que la seule que nous connaissions, certaines étant de courte durée et d’autres de longue durée. Il se livra encore au même jeu de massacre peu après : notre colloque sur la transition de l’URSS à la Russie nouvelle pouvait-il assurer qu’il y avait une transition véritable vers un autre système politique, en l’occurrence la démocratie  ? Il se demanda même ouvertement si cette dernière était bien le meilleur des systèmes. Il en voyait d’ailleurs des manifestations, des pousses et des surgeons – et de regrettables dérives – en des lieux et des temps fort divers.7. Moins affectés dans notre « coeur de cible », comme disent les commerçants, puisque nous étions sûrs que le totalitarisme était, lui, le pire des régimes, nous nous contentâmes d’admirer l’incontestable érudition de ces remarques liminaires à notre colloque de 2010 sur « La défense des valeurs démocratiques » 8. à la Maison de l’Europe ou à celui de 2012 sur « la Russie Nouvelle », à la Fondation Singer-Polignac.9.

Solidaire de nos efforts et de nos valeurs et soucieux de notre ouverture d’esprit sans pour autant s’instaurer donneur de leçons, comme pouvait l’être le vrai président d’un lieu de réflexions, Emmanuel ne chercha pas à profiter de sa position présidentielle pour imposer ses propres thèmes de réflexion. Un ou deux articles seulement reflètent des préoccupations que nous ne partagions pas avec lui dans le cadre de l’Institut d’histoire sociale. Dans le numéro du 20 ème anniversaire de notre revue; Emmanuel tint par exemple à souligner l’importance du réchauffement climatique que nous avions vécu pendant ces deux décennies sans l’évoquer pour autant dans notre revue. Emmanuel ne se contentait pas de préciser les causes de ce réchauffement – l’émission croissante de dioxyde de carbone dans l’atmosphère – mais il montrait ses conséquences. Il insista dans cet article sur le rôle « provocateur », « détonateur », des aléas climatiques sur les événements politiques comme ce fut le cas avec les pluies de l’automne 1787, l’échaudage du printemps 1788 et les intempéries de l’été suivant. Si souvent discret sur son père Ministre de Vichy, il voyait enfin une origine à sa sensibilité au climat dans le fait que ce père avait été d’abord un syndicaliste agricole. 10. Emmanuel ne souhaita pas non plus se contenter d’ouvrir le colloque de juin 2013 sur l’Europe, à l’Assemblée nationale et voulut  présenter lui-même une communication intitulée « Ethno-linguistique hexagonale, de l’Occitane à l’Oïlanie » où il s’interrogeait sur l’identité française, reprenant un débat déjà vif du temps de Jules Michelet sur la continuité  entre la Gaule et la France, mais qui ne nous avait guère effleuré, peu d’entre nous ayant lu L’histoire de France des régions qu’Emmanuel avait publié au Seuil en 2001.11.

Les années suivantes furent difficiles pour Emmanuel. Il perdait progressivement la vue et ne pouvait plus se rendre à notre siège à Nanterre. Il continua cependant à suivre nos activités, nous recevant par exemple à son domicile, mais il s’en lassa, sans doute. La géopolitique, les valeurs que nous défendions, la pertinence de nos outils intellectuels, voilà ce qui l’intéressait. Les détails concernant notre matériel informatique en revanche le laissaient froid ! Emmanuel donnait le cap, s’assurait de notre état d’esprit. 

Pour l’Institut d’histoire sociale, Il fut, une quinzaine d’années durant, un vrai président.

Pierre Rigoulot

le 22 novembre 2024

1. Emmanuel Le Roy Ladurie, Une vie avec l’histoire, Mémoires, avec le concours de F.-D Lichtenhan, Tallandier, Paris 2014, p. 32  

2. op. cit. p. 209

3. Est & Ouest p.n°15, février 1985 p.8. Emmanuel n’a pas mentionné Derrida. Il aurait pu le faire. Mais il a bien anticipé les tares de ces oeuvres et le lien entre le wokisme qui allait s’en inspirer sur les campus américains, et la pensée marxiste.

 4. Claude Harmel est mort en 2011

5.  Zusammensbruch ( effondrement, en allemand), expression utilisée selon Emmanuel pat Christa Wolf,  accablée par la chute du mur et la fin de la RDA lors d’une rencontre au Ministère de la culture, v. Histoire et Liberté n°39, pp. 11 à 14

 6.Totalitarisme et Modernité, Histoire & liberté n°37 , hiver 2008-2009 pp. 91 à 97.

 7.Le long cheminement de la démocratie, Histoire & Liberté n° 49  pp. 9 à 11

 8. Guerres froides? Histoire & Liberté n°43 pp.7 à 9

 9.Remarques sur quelques transitions, Histoire & Liberté n° 47 pp. 11 à 13

10. 1993-2013 : Le réchauffement de la planète impose l’histoire du climat, Histoire et Liberté n°50 , février 2013 pp. 9 à 21.

11. V. Histoire & Liberté n° 52, octobre 2013

14 Déc 2024


Mon île natale, Cuba, est plongée dans le noir. De La Havane à Santiago, les photos et vidéos qui nous parviennent montrent un décor de désolation. Personne dans les rues, hormis quelques conducteurs de voitures -il y en a si peu qu’elles occupent tout l’espace des chaussées défoncées-, dont les phares brisent pour un instant cette terrible couleur uniforme, des habitants terrés chez eux à la faible lueur de bougies émergeant de quelques fenêtres mais, tout de même, des fonctionnaires gouvernementaux officiant dans certains sièges du Parti (communiste, le seul autorisé, bien sûr), mais aussi l’éclairage insolent, maintenu par des groupes électrogènes, de quelques hôtels de luxe existants ou en construction pour des touristes, canadiens, russes, espagnols, italiens, français, brésiliens, mexicains et j’en passe, qui adorent contempler les ruines de ce pays qui fut considéré, autrefois, comme « la perle des Caraïbes ».


Un seul responsable : le castrisme. Celui-ci se maintient au pouvoir depuis… 65 ans, bientôt 66 ! Depuis ce 1er janvier 1959 où les frères Castro ont pris le pouvoir avec l’assentiment des foules et l’admiration aveugle de leurs innombrables sympathisants à travers le monde. Ceux-ci ont souscrit à tous les mensonges, à tous les crimes (exécutions massives des opposants, condamnations des dissidents à des peines de prison démentielles, condamnation à l’exil de millions de Cubains de toutes conditions), ainsi qu’à la misère déguisée en égalitarisme et à la délation ou à la terreur exercée quotidiennement contre une population sans défense.

Vendredi 18 octobre, c’est la principale centrale thermoélectrique qui est tombée en panne. Mais auparavant, toutes les autres étaient soit en-dessous de leurs capacités théoriques soit « en maintenance ». Depuis des décennies, ces structures préhistoriques, souvent de fabrication soviétique, étaient l’objet de délestages à répétition. Mais il ne fallait pas s’en faire, selon les dirigeants, qui expliquaient jour après jour à la télé que la situation était sur le point de s’améliorer, égrenant le nombre de mégawatts disponibles et ânonnant les lieux et les horaires des coupures d’électricité programmées, jusqu’à 20 heures et plus. Au point que les gens ne parlaient ne parlaient plus de coupures (« apagones ») mais de moments d’éclairage (« alumbrones »). Et puis, d’un coup, plus rien. Les mesures dérisoires d’économies d’énergie n’ont servi qu’à retarder l’inéluctable. Même les deux bateaux d’approvisionnement en électricité fournis par des entreprises turques se sont révélés notoirement insuffisants. Tout est parti à vau-l’eau. Le combustible, en provenance du Venezuela, de la Russie n’arrive plus qu’au compte-gouttes, du fait des problèmes engendrés par la dictature de Nicolás Maduro, digne successeur de Hugo Chávez, et de la guerre menée par Vladimir Poutine contre les braves Ukrainiens.


Les Cubains, à présent, décomptent le nombre d’heures qu’ils passent dans cette sinistre obscurité, devant jeter les quelques aliments, désormais pourris, qu’ils réussissaient à conserver dans leurs frigos ou leurs congélateurs, malgré les pénuries chroniques. Ils doivent aussi faire face, sans ventilateurs, à une chaleur insupportable, qui amène ses nuées de moustiques, vecteurs d’épidémies. Gare à leurs victimes ! Certains services des hôpitaux, dont les urgences, ne fonctionnent plus, dans cette nation qui se targue d’être une « puissance médicale » capable d’exporter ses médecins pour porter leur savoir- faire -et la propagande castriste la plus éhontée- jusque dans les derniers recoins de l’univers contre des devises sonnantes et trébuchantes pour le régime, pas pour eux ni pour leurs familles.

Plus d’école non plus, ce qui signifie, en passant, quelques heures de moins d’endoctrinement pour les enfants et les jeunes de Cuba. Finalement, ceux qui ont eu plus de chance, ce sont ceux qui ont réussi à fuir, à échapper au péril de leur vie, par mer, via le détroit de la Floride, ou par des terres inhospitalières d’Amérique du sud, au « paradis socialiste ». Les autres, les quelques onze millions qui restent, ne connaissent que le désespoir. « ¿ Hasta cuándo ? », (« Jusqu’à quand ? »), répètent-ils, comme un mantra. Jamais cela ne s’arrêtera, tant que cette folie communiste obsolète restera en place.


Les dirigeants, le « président » fantoche Miguel Díaz-Canel, désigné par Raúl Castro, toujours de fait aux commandes, malgré ses 93 ans, depuis la maladie de son demi-frère Fidel, survenue en 2006 puis son décès en 2016, et ses ministres en appellent à l’esprit révolutionnaire, celui de la guérilla de la « Sierra Maestra » et d’autres souvenirs révolutionnaires. Díaz-Canel, dont le nom est toujours complété par ceux qui le prononcent du qualificatif de « singao » (enc…), est apparu à la télé en uniforme militaire rutilant pour menacer ceux qui osent manifester, comme lors de la révolte spontanée du 11 juillet 2021, provoquée par la faim et -déjà- les coupures d’électricité, des pires calamités (plus de 1000 personnes ont été incarcérées depuis), en même temps qu’ils accusent le « blocus » (l’embargo) nord-américain d’être responsable (qu’a à voir l’embargo avec la déliquescence des vieilles installations venues tout droit de l’URSS et abandonnées progressivement par la Russie ?) des mouvements de protestation, ainsi que les « apatrides », les « vers de terre » (« gusanos »), en somme nous, les exilés, d’encourager les « indécents » et « vendus » qui osent protester.


Cette situation intervient quelques jours après une marche soi-disant spontanée, en présence des plus hautes autorités, qui a mobilisé les recours de l’Etat pour faire défiler les participants, afin de démonter la solidarité de la révolution avec Yahya Sinouar, Hassan Nasrallah et les mollahs iraniens, victimes du « sionisme », et à la veille du sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) qui se déroule à Kazan, en Russie, où le « président » (élu par qui ?) compte se rendre. Les alliances de Cuba restent les mêmes que du temps de la guerre froide, en y ajoutant les terroristes islamistes.


Au fait, que disent les sympathisants de toujours de cette obscure révolution à propos de la situation calamiteuse que vit l’île de leurs rêves d’autrefois ? Rien, du côté de l’Insoumis Mélenchon, de l’anticapitaliste Besancenot, ni des autres, tous les autres. Mais peu importe. Qu’ils s’emmurent dans leur silence, ces complices honteux de la dictature en vigueur dans l’île de leurs rêves et de nos cauchemars, comme ils l’ont fait le 28 juillet dernier en constatant la fraude massive lors des dernières élections vénézuéliennes, qui permet à Maduro de continuer à usurper le pouvoir.


Les pauvres Cubains apprennent à surmonter l’obscurité (qui peut devenir une opportunité, car ils ne peuvent pas être identifiées) et la terreur exercée par les forces répressives. Ils se rendent compte que l’avenir radieux que leur a promis la révolution est pire que la mort. Ils ne peuvent compter sur aucune solidarité, sauf celle de leurs compatriotes de l’exil pour rompre leur solitude. Le moment est venu pour se débarrasser, par tous les moyens, de cette misérable tyrannie. Seulement alors, la lumière reviendra.

Jacobo Machover le 22 octobre 2024

30 Oct 2024


Voici une prise de position qui n’engage que moi, mais que je peine à garder pour moi.


1° Les discours de Macron et de son relais au sein du gouvernement pourraient avoir été dictés à des élèves de Sciences Po sous la consigne suivante :

« À la manière et dans l’esprit des discours qui ont conduit aux accords de Munich, vous expliquerez pourquoi, au Moyen Orient d’aujourd’hui il ne faut pas répondre par la force à la violence des agresseurs.Vous insisterez sur le point suivant : pourquoi il ne faut pas armer le camp des agressés, sans empêcher l’armement des agresseurs, afin de s’en tenir à des appels à la diplomatie ?

N B : Vous éviterez de faire allusion à la seconde guerre mondiale qui a suivi les accords de Munich ».

2° Voici maintenant mon point de vue personnel :En Israël comme en France, l’islamisme conquérant fait une guerre mondiale au monde libre. Il y possède des cinquièmes colonnes, dont font partie les islamo-gauchistes.

La stratégie de ces idiots utiles à l’islamisme a été formulée au premier congrès des peuples d’Orient qui s’est tenu en 1920 dans la ville de Bakou.
Cette alliance entre ennemis de l’Occident s’est concrétisée en 1979 en Iran, par la prise du pouvoir qui a transformé l’Iran en république islamique et a réduit au silence les communistes iraniens.

Quelle est la différence entre la tentation munichoise d’aujourd’hui et celle de 1938?

En 1938 Hitler fit semblant de jouer le jeu diplomatique dont les démocraties furent les dupes. Aujourd’hui, certains dirigeants des pays démocratiques s’évertuent à se duper eux-mêmes.

Quelle leçon devons-nous en tirer ?

Pour avoir la paix, il faut d’abord mettre les agresseurs hors d’état de nuire par la force. Ceux qui ont honte d’être les plus forts et de vaincre par la force doivent quitter la politique.

André Senik, 7 octobre 2023

11 Oct 2024


Pourquoi donc Jean-Luc Mélenchon fait-il la courte échelle à Marine Le Pen ?

La démarche stratégique de JLM semble incompréhensible : lui qui se présente comme « le grand chevalier anti-RN » se lance dans une démarche politico-institutionnelle qui, en cas de réussite, assurerait de facto à MLP un accès triomphal à l’Elysée. JLM lui-même sait fort bien qu’une élection présidentielle précipitée aboutirait à un triomphe de MLP. Par quelle démarche s’est-il donc lancé dans cette campagne qui vise la démission de Macron ?

Nous écartons les hypothèses d’ordre psychologique selon lesquelles JLM agirait par pure stupidité ou par mégalomanie.

Si JLM est néfaste, il n’est pas pour autant stupide. Il a au contraire maintes fois manifesté une habilité politique certaine, ne serait-ce qu’en obtenant depuis 2022 la soumission du PS aux Insoumis.

Et l’expérience prouve que sa mégalomanie ne le rend pas aveugle.

Les explications psychologiques ne sont donc pas pertinentes. Cela nous amène à chercher une réponse d’ordre politique à ce qui se présente comme une formidable énigme.

Une première hypothèse d’ordre politique serait que JLM aurait pris une option nihiliste. JLM développerait le chaos politique en France parce qu’il détesterait l’ordre établi et qu’il serait ravi d’un chaos permanent en France. L’itinéraire politique de JLM ne cadre pas du tout avec cette hypothèse. JLM n’a jamais été ni anarchiste ni nihiliste. Il a été formé politiquement par le trotskisme (et plus précisément par le dirigeant trotskiste Lambert, dont l’émanation politique fut l’OCI, devenue depuis 2008 le POI (Parti Ouvrier Indépendant). Les analystes politiques connaissent l’antagonisme absolu qui existe entre les deux courants d’extrême-gauche : les trotskistes détestent les anarchistes et réciproquement.

Cette première hypothèse ne tient donc pas la route.

Une deuxième hypothèse d’ordre politique est souvent évoquée. JLM porterait MLP au pouvoir pour qu’il en devienne sans délai le premier opposant. Un premier opposant auquel les autres forces d’opposition seraient contraintes de se soumettre. Et JLM se serait persuadé qu’il l’emporterait alors dans le grand duel qu’il livrerait à MLP. Nous écartons aussi cette hypothèse.

La stratégie politique française adoptée par JLM contredit cette hypothèse : JLM et ses lieutenants ne cessent de répéter qu’ils visent à conquérir essentiellement deux segments de la population : la population des banlieues et la population des jeunes diplômés supérieurs. Ils manifestent ainsi qu’ils ont renoncé à ce que LFI puisse un jour devenir majoritaire dans le pays. C’est d’ailleurs ce que François Ruffin vient de lui reprocher publiquement dans son dernier livre au titre éloquent « Ma France en entier, pas à moitié ».

Le comportement sectaire de LFI tant à l’égard de ses alliés de NFP qu’à l’égard des partis centristes ne prépare absolument pas non plus JLM à se faire accepter comme celui qui, en cas de victoire présidentielle de MLP, dirigerait un vaste front uni anti-MLP.

Enfin, le vieux politicien qu’est JLM sait fort bien que MLP, une fois installée à l’Elysée, imitera son ami Viktor Orban (Hongrie) : elle se donnera les moyens d’empêcher toute alternance politique. Les projets du RN, révélés par Jordan Bardella en juin 2024, de privatiser les chaînes de télévision publiques et de supprimer le Conseil Constitutionnel nous donnent des indications significatives de ce qu’entreprendrait MLP en cas d’accession à l’Elysée.

Au total, cette deuxième hypothèse ne tient donc pas non plus la route.

La formation trotskiste de JLM nous amène à nous rallier à une troisième hypothèse, beaucoup plus crédible. Les trotskistes autrefois se mobilisaient contre le capitalisme, contre l’impérialisme américain et contre la démocratie parlementaire (en la jugeant « formelle » et en la dénonçant comme un « leurre » destiné à égarer le prolétariat). Ils ont certes abandonné la lutte contre le capitalisme dans la mesure où désormais tous les pays (à la seule exception de la Corée du Nord) l’ont adopté. Même la Chine, la Russie et l’Iran l’ont adopté.

Les trotskistes ont conservé le reste de leur programme initial. L’hostilité des trotskistes aux Etats-Unis demeure intacte tout comme leur hostilité à la démocratie parlementaire. Mélenchon continue à s’opposer explicitement à « l’impérialisme américain ». Et cette obsession antiaméricaine se combine avec son hostilité (maintenue cachée au public) à la démocratie parlementaire pour aboutir à un objectif qui est central à ses yeux, celui de faire sortir la France du camp des pays démocratiques dirigé par les Etats-Unis.

Jean-Luc Mélenchon sait fort bien qu’en affaiblissant « le camp américain », il renforce mécaniquement « le camp antiaméricain », ce camp antiaméricain qui en réalité coïncide parfaitement avec le club des dictatures totalitaires (Chine, Russie, Biélorussie, Iran, Corée du nord, Venezuela, Cuba, …). Mais en tant que trotskiste, cela ne le gêne absolument pas.

C’est donc cette troisième hypothèse que nous privilégions absolument.

A ce stade, une remarque importante s’impose. Le RN et LFI semblent s’opposer sur tous les points. Cela n’est absolument pas le cas. Si la question immigratoire et la relation à l’Islam continueront toujours à opposer diamétralement MLP et JLM, il y a un point majeur qui restera commun à ces deux leaders : leur détestation de la démocratie libérale et leur attirance avérée pour le modèle de la
démocratie illibérale (proximité de MLP avec la Hongrie de Orban et avec la Pologne quand elle était dirigée par le PiS) ou pire encore pour le modèle de la dictature totalitaire (proximité de MLP avec Poutine ; proximité de JLM avec Maduro, avec Cuba et avec leur parrain Poutine).

C’est ainsi que Le RN et LFI peuvent en réalité converger sur un point qui est majeur : faire sortir la France du camp des pays démocratiques. Ce qui concrètement se traduit par sortir la France de l’OTAN et de l’UE. C’est cette conclusion commune à MLP et à JLM qui n’a pas manqué d’attirer depuis assez longtemps l’attention de Poutine et du KGB.

Les dirigeants actuels des grandes dictatures totalitaires (Poutine, Xi, Khamenei) ont compris que le seul risque qui demeure pour la survie de leur régime vient de ce que, à l’extérieur de leurs territoires, les pays démocratiques réussissent à maintenir compatibles la liberté et la prospérité. C’est ainsi que Poutine, pour protéger complètement sa dictature totalitaire, a entrepris d’agresser et de déstabiliser les pays européens démocratiques en envahissant l’Ukraine.

Dans cette optique, Poutine et le KGB se sont employés à tisser des liens avec des personnalités politiques ou avec des partis politiques situés à l’intérieur même des pays démocratiques.  Le cas de Trump aux Etats-Unis est bien connu. Celui de Nigel Farage au Royaume-Uni aussi. La ligue du nord de Salvini en Italie, le FPO en Autriche, l’AFD en Allemagne, autant de partis qui ne cachent pas leur option pro-russe et qui sont prêts à s’inscrire dans des manœuvres souhaitées par Moscou.

La France n’échappe pas à ce « réseau Poutine ». Celui-ci y dispose même de deux atouts politiques distincts, Marine Le Pen à l’extrême- droite et Jean-Luc Mélenchon à l’extrême-gauche.

Marine Le Pen est particulièrement complaisante avec Poutine : elle s’est déplacée en Crimée en 2015 pour y valider et pour y célébrer l’invasion de la Crimée par la Russie, un déplacement dont elle refuse encore de s’auto-critiquer ; à la veille de la présidentielle de 2017, elle a été reçue officiellement à Moscou par Poutine afin de lui conférer « une stature internationale ». Elle célèbre la relation privilégiée avec Orban en Hongrie, lui-même allié notoire de Poutine.

Jean-Luc Mélenchon est complaisant avec Poutine et s’abstient de le critiquer ; il apprécie et il soutient Maduro et le régime cubain, deux régimes qui de longue date sont des pays parrainés par Poutine.

Pendant des années, JLM a célébré publiquement le régime dirigé par Chavez puis par Maduro comme « un régime qui montre la voie à suivre ». Face à l’énorme scandale politique international qu’a constitué la négation par Maduro, à une échelle jamais vue, du résultat des élections récentes au Venezuela, tous les gouvernements des pays démocratiques ont condamné cette violation à grande échelle des règles élémentaires de la démocratie, tous les gouvernements d’Amérique du Sud (l’Argentine, le Chili, la Colombie et même le
Brésil de Lula) ont désavoué publiquement la violation de la démocratie au Venezuela. JLM, quant à lui, a choisi de rester muet sur le crime anti-démocratique qu’a commis son ami Maduro. JLM a accepté ainsi délibérément de ternir son image politique en France pour mieux servir le camp antiaméricain. Cela nous révèle ce qui compte pour Mélenchon : il était plus important pour lui de protéger Maduro et ses parrains (Poutine, Xi Jinping) que de soigner sa propre image politique en France.

Pour confirmer le tout, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon n’ont condamné que du bout des lèvres l’invasion de l’Ukraine par Poutine en février 2022. Ils manifestent tous les deux une grande inertie voire une hostilité discrète, tant à Paris qu’à Bruxelles, lorsqu’il s’agit du soutien militaire et financier à l’Ukraine.

En 2017, Poutine et le KGB disposaient déjà de ces deux cartes d’atout. Mais ils avaient commis une grossière erreur tactique en tentant d’associer le RN et LFI autour d’une thème programmatique qui leur était alors commune et qui s’inscrivait par ailleurs dans la stratégie anti-UE de Poutine : développer en France une opposition politique à l’euro et à l’UE. Il a même alors été mentionné qu’un certain Jacques Sapir avait effectué des navettes entre le N°2 du RN (Florian Philippot) et LFI pour mieux faire converger leurs programmes électoraux.

Cela n’avait pas fonctionné : les deux partis s’étaient positionnés sur l’échiquier politique français en opposition trop diamétrale pour qu’ils puissent se permettre de formaliser publiquement un début de rapprochement politique entre eux. Cette première démarche du KGB pour déstabiliser la France échoua assez largement. MLP, JLM et le KGB avaient de toute façon sous-estimé l’attachement des électeurs à l’idée européenne. Après 2017 d’ailleurs, MLP abandonna son positionnement anti-UE et anti-euro qui ne lui avait pas réussi. Très vite après, elle se sépara de Florian Philippot.

En 2024, Poutine et le KGB semblent avoir compris qu’il était plus astucieux pour eux de jouer leurs deux cartes non pas en les ajoutant mais en les combinant. Il suffit que JLM, ignorant délibérément le risque RN, harcèle Macron, les marconistes et les centristes pour qu’il assure le triomphe prochain du RN.

Un peu comme en Allemagne au début des années 30, il avait suffi à Staline de pousser le Parti Communiste allemand à harceler frontalement les sociaux-démocrates comme si le risque nazi n’existait pas, pour que le Parti Communiste Allemand assure indirectement la victoire électorale des nazis fin 1932. Une victoire électorale qui permit ensuite à Hitler d’instaurer une dictature totalitaire.

Que sa démarche récente visant la démission de Macron contribue à installer Marine Le Pen à l’Elysée, ne dérange donc vraiment pas le trotskiste que demeure Jean-Luc Mélenchon.

Marine Le Pen à l’Elysée, cela présenterait à ses yeux « l’immense mérite » que la France retire son soutien à l’Ukraine, que la France prenne ses distances avec Washington, Londres et Berlin et qu’elle se détache de l’OTAN, que la France se rapproche officiellement de Poutine et que ce rapprochement lui-même torpille la survie de l’UE. Tout cela serait en réalité une satisfaction suprême pour celui qui est resté un trotskiste internationaliste impénitent.

Jean Francart,

le 24 septembre 2024

30 Sep 2024


Comment Jean-Luc Mélenchon fait la courte échelle à Marine le Pen ?

Par leur démarche visant à une destitution institutionnelle du Président Macron qu’ils ont amorcée dimanche 18 août, Mélenchon et LFI manifestent l’appétit intense qui est le leur à précipiter à 2024 ou 2025 la prochaine élection présidentielle.

Ce qu’il faut retenir de significatif dans la démarche de JLM, c’est son insistance à précipiter le prochain scrutin présidentiel en France.Comme la destitution institutionnelle ne fonctionnera probablement pas, JLM, sans surprise, n’a pas tardé à recourir à d’autres médiations pour interrompre précipitamment le mandat de Macron. Il a déjà appelé à des mobilisations « anti-Macron » répétées dans la rue, la première étant programmée pour le samedi 7 septembre.

Ces manifestations à répétition visent à contraindre Macron à démissionner dans un contexte où celui-ci éprouve d’énormes difficultés à trouver une formule gouvernementale solide et durable.

Et si ces manifestations ne suffisent pas, gageons que LFI proposera aux autres partis du NFP de s’associer au RN pour censurer les premiers ministres successifs et pousser davantage « le diable Macron » à la démission.

Or, si l’élection présidentielle avait lieu fin 2024 ou début 2025, tous les politologues savent que MLP arriverait largement en tête au premier tour avec environ 35% des voix, JLM serait sans doute (pour la première fois d’ailleurs) deuxième (mais avec seulement 13 à 15% des voix). JLM serait deuxième grâce à l’éparpillement prévisible du reste des voix (50 à 52%) entre LR, deux macronistes, Modem et PS.

Il est cependant évident qu’entre les deux tours, le report des voix qui se tourneraient vers JLM serait absolument insuffisant pour qu’il puisse espérer battre MLP au deuxième tour. L’Institut IPSOS rapporte que: « de toutes les personnalités testées, JLM est de très loin la plus rejetée : 13 % seulement de jugements favorables, 83 % de jugements défavorables dont 68 % de « très défavorables ». « Des
niveaux jamais atteints dans le passé ». D’ailleurs, le positionnement de Mélenchon comme N°2 au premier tour (très probable malgré son impopularité ET grâce à une base électorale très fidèle et très solide) assurerait encore mieux la victoire de MLP au deuxième tour.

Et MLP de son côté a déjà réalisé qu’une élection présidentielle précipitée serait une formidable opportunité pour qu’elle accède enfin à l’Elysée. C’est ainsi que le 14 septembre, elle a déclaré « préparer le RN à une législative anticipée dans les mois qui viennent ». Très étrange. Le Président Macron n’a plus le droit de dissoudre l’Assemblée nationale avant fin juin 2025.

Manifestement pourtant, ce qu’anticipe MLP, ce à quoi elle prépare le RN, c’est un scénario où Macron serait contraint, d’une façon ou d’une autre, à la démission ; cela précipiterait une élection présidentielle fin 2024-début 2025 suivie d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée, elle-même rendue possible par le changement même de locataire à l’Elysée. En somme, MLP espère fortement l’élection présidentielle précipitée que JLM s’emploie à lui préparer.

Au bout du compte, quand JLM, réputé être « le meilleur chevalier anti-RN », mobilise ses troupes pour obtenir une élection présidentielle précipitée, c’est en réalité une irruption triomphale de Marine Le Pen à l’Elysée qu’il nous prépare.

Le 24 septembre 2024

29 Sep 2024


Qu’est-ce qui a le plus marqué l’actualité du mois d’août? Osons enfoncer une porte ouverte : les vacances. Vacances du pouvoir, avec un gouvernement démissionnaire assurant les affaires courantes et gérant bien des Jeux Olympiques indéniablement porteurs de calme, de joie et même de fierté au coeur de nombreux Français.


Lors de la cérémonie de clôture, Emmanuel Macron avait gagné son pari. En veut-on une preuve ? Aucun sifflet ne l’accueillit. Eh oui, en France, c’est un signe et un bon signe pour le Président.

Après avoir joué cette carte du calme, le Président tente de la rejouer. Dans un avenir proche, il proposera aux Français un Premier ministre évoluant dans le calme, c’est à dire un Premier ministre qui ne tombera pas au bout de quelques semaines sinon au bout de quelques jours sur une motion de censure. Son gouvernement ne comportera donc pas un seul membre de LFI ni du RN (pour autant que ce parti souhaite faire partie d’une équipe gouvernementale, ce qui est très douteux). Et le chef du gouvernement lui-même ne sera pas un ministre issu des rangs du « Nouveau Front Populaire » – sauf s’il rompt avec l’extrême-gauche mélanchoniste de LFI ou s’en démarque – mais plutôt une personnalité « extérieure » de centre gauche comme Bernard Cazeneuve ou Martin Hirsch ou de centre-droit comme Xavier Bertrand.


Autant de propositions calmes pour un avenir (relativement) calme. Sans doute des problèmes graves devront-ils ensuite être posés sinon résolus touchant à l’amélioration de la sécurité publique, aux conditions de l’immigration, à une réforme de la fiscalité ou à la réforme des retraites -acquises – pourquoi pas ? – soit par points comme l’avait un temps envisagé le président de la République soit par choix individuel au cours d’une période de 10 ans.


En tout cas, on s’éloigne des catastrophes annoncées voire souhaitées par certains d’entre nous. Les tenants d’une ligne complaisante envers les mouvements totalitaires comme le Hamas ou avec l’impérialisme russe, seront, selon toute vraisemblance, écartés.


Autre bonne nouvelle : le rééquilibrage des forces dans la course à la présidence américaine. Ce n’est pas que Mme Kamala Harris puisse susciter beaucoup d’enthousiasme ni son équipe rapprochée, laquelle l’avait désignée avant même que les électeurs du Parti démocrate se prononcent en sa faveur. Mais désormais les jeux ne sont pas faits aux Etats-Unis. Les débats sur des thèmes importants auront lieu sans être défigurés par la question de l’âge de Joe Biden ou de ses absences mentales ni par les différents procès promis à Donald Trump. Elles porteront sur l’immigration, le wokisme, les rapports entre les Etats de l’Union et la présidence fédérale. Elles porteront aussi sur le soutien à Israël qui en manque cruellement, à l’Ukraine (même remarque que précédemment), et sur l’avenir de l’OTAN sans qu’on s’inquiète de résultats aussi assurés qu’inquiétants. Les jeux ne sont pas faits, répétons le, et le pire n’est plus probable. Le trumpisme ne fait plus la course largement en tête. Une fois de plus on comprend que l’histoire dépend aussi du hasard et des initiatives individuelles. On peut en attendre d’autres encore. Et si l’on ajoute la visite du Premier Ministre indien à Kiev le 23 août, et l‘offensive ukrainienne lancée sur Koursk il y a une dizaine de jours, on peut même se permettre de se réjouir d’une actualité plus heureuse. Cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps. La situation reste fragile cependant, en France, en Israël, aux Etats-Unis et ailleurs. Le hasard et les initiatives individuelles qui peuvent perturber la marche au pire peuvent du jour au lendemain perturber l’avenir des démocraties.

Pierre Rigoulot

26 Août 2024


17 juillet 2024  : Echapper au piège encore une fois

Vous avez dit « Actualité »? Le neuf en politique est souvent lesté d’ancien.  Et les nouvelles ont parfois une allure de déjà vu. 

Le renversement il y a quelques semaines du gouvernement conservateur en Grande-Bretagne par exemple, ici et là présenté  comme un raz de marée, est une phase normale de l’alternance habituelle de la démocratie britannique. Sans doute peut-on relever le score relativement élevé du mouvement populiste de Nigel Farage. Mais les équilibres ne sont pas bouleversés pour autant. Pas plus en Grande-Bretagne qu’en Espagne avec le mouvement Vox ou en Allemagne, avec l’AFD (Alternative pour l’Allemagne), le populisme ne menace de s’imposer.

Reste quand même l’Italie avec Meloni au pouvoir, Meloni qui tente par exemple de contrôler la Radio-Télévision italienne, mais dont l’atlantisme ne remet pas en cause la défense de l’Europe. 

Reste aussi  la France où le Rassemblement National, fort des 35 %  de voix recueillies par lui et par ses alliés aux récentes élections, peut appuyer le Hongrois illibéral et poutino-compatible, Viktor Orban, dans son entreprise d’affaiblissement de l’U.E. 

Le RN a réitéré lors du 1er tour des élections législatives. Mais, comme on le sait, une sorte de « front républicain » lui a fait barrage lors du deuxième tour, un « front républicain » qui suppose croire que le fascisme nous menace, comme le « prouvaient » les stupidités xénophobes d’une poignée de candidats RN dont on nous disait et répétait qu’ils affirmaient tout haut ce que le mouvement dirigé par Marine Le Pen pensait tout bas.

Sans doute, comme certains de nos amis nous le signalent, le succès relatif du populisme en Europe s’expliquerait surtout par le fait qu’il prétend répondre mieux que les autres forces politiques à l’afflux de migrants et au surplus d’insécurité qui l’accompagne. Comme un avertisseur, comme une sirène d’alerte, le populisme puiserait les raisons de son succès dans son opposition à l’immigration et plus dans la dénonciation de la menace que cette immigration fait peser aux yeux de pans entiers de la population européenne sur leur identité, leur culture et leur sécurité que sur leur pouvoir d’achat.

Voilà qui n’a rien à voir avec le « fascisme », même si la peur de l’Autre favorise la recherche de dirigeants forts et aptes à promouvoir une réponse forte.  Mais c’est cette peur du fascisme et du racisme qu’il véhicule hors de l’ « arc républicain », qui a permis pourtant, le 7 juillet dernier, le succès du « front républicain » et du « Nouveau Front populaire » dont le noyau gauchiste  autour de Jean-Luc Mélenchon constitue lui aussi un danger pour la démocratie libérale,  tant sur le plan national que sur le plan international avec sa haine de l’OTAN et son appui au Hamas islamiste qu’il refuse de considérer comme un mouvement terroriste même après les horreurs du 7 octobre dernier.

Mais même cela n’est pas entièrement nouveau. La France s’est déjà vue proposer dans le passé de choisir un extrémisme pour mieux combattre un autre, en l’occurrence le communisme pour mieux s’opposer au nazisme – en tout cas avant et après la lune de miel que connurent entre eux ces deux mouvements totalitaires…Notre pays avait su alors éviter ce piège, rejeter les deux pôles extrémistes et sauvegarder l’imparfaite mais précieuse démocratie libérale.

Pierre Rigoulot

17 juillet 2024

17 Juil 2024


Voter?

A chaque élection, même refrain : « Le droit de vote, pour lequel  nos aïeux se sont battus …». Oui,  révoltes, révolutions, conspirations , il y a eu : contre des tyrannies ; avec comme effet  logique leur  remplacement par des systèmes d’ élections populaires. Mais, des rébellions pour le droit de vote lui-même : où et quand ?

Le  « droit de vote » n’est un devoir qu’autant que le citoyen suit, le plus possible, la vie de  la cité (s’informer, penser, agir), donc  exerce ce droit, de façon plus ou moins éclairée : élire un député, des conseillers municipaux, etc., n’est pas jouer à la loterie.

Or, l’opinion publique (selon l’expérience universelle et intemporelle) est diverse, divisée, incohérente, changeante (dernier exemple : Macron,   réélu en 2022 et « battu » en 2024), profane et peu intéressée (faute de goût, de temps et/ou  de connaissances) sur le fond par la politique ; par contre, volontiers critique.

Les campagnes électorales sont trop brèves et espacées pour modifier  profondément, sauf coup de théâtre, des opinions formées, sans trop y réfléchir, au fil du temps : les résultats électoraux reflètent l’état des esprits à un moment donné. A cette nuance près que le « message » adressé à travers les urnes par les électeurs (leur volonté, leurs espoirs) à la « classe politique » n’est pas toujours compris de la même façon par tous : pour elle, quelle(s) action(s) mener ?

Dans le cadre de leurs sensibilités politiques respectives, les électeurs se seront déterminés en fonction de cette perception, souvent biaisée, des partis et des candidats, lesquels, de leur côté, leur auront menti sans scrupules (flatteries, promesses en l’air, comportements trompeurs …il faut plaire). La distance est grande entre les béotiens d’en bas et les « pros » de la politique, en haut. 

Ainsi, l’électeur se leurre et est, en plus, manipulé par le futur élu. Le «droit de vote » ? Dévoyé par la crédulité des uns et la démagogie des autres, il est une « duperie » selon  Marx-Engels comme selon Maurras.

… « Au pouvoir », « aux portes du pouvoir », entend-on : en fait, quel « pouvoir » véritable pour un gouvernement ? Une politique encadrée par les institutions et la Constitution, subordonnée aux accords internationaux, contrariée éventuellement par le Président, limitée par les opposants de tout poil (parlementaires, syndicats, lobbys, etc.,), contrainte par la conjoncture économique, chamboulée par les « crises », toujours inattendues, (telles que Guerre froide, évènements d’Algérie, mai 68, pétrole 1973, effondrement soviétique 1989-1991, Ukraine, Israël-Gaza …). Quelle liberté  d’action par conséquent pour les dirigeants ? Et comment gouverner un peuple politiquement inculte, versatile, indiscipliné ? Dans le temps long, s’impose une orientation – politique mais aussi sociétale donnée, bien que chahutée au gré des évènements ; sur elle, l’impact des élections est marginal.

Inexpérimentés, donc pleins d’illusions, nos lointains aïeux révolutionnaires se faisaient une idée sacralisée du suffrage, suffrage réservé à leur classe d’abord puis universel (masculin) : le peuple (et

 chacun au sein du peuple) maître de son destin, souverain !

… Les batailles électorales déchaînent les hommes : moment intense, joie du combat, ambitieuses espérances, frissons de peur … D’où dramatisation, hystérisation, radicalisation.

Pendant 40 ans (1945-198…), les partis dits démocratiques ont brandi en chœur l’épouvantail communiste pour affoler les masses et les contrôler. Le PC traitait, à rebours, ses adversaires de « fascistes ». Puis, le communisme s’écroulant, le danger mortel (pour les libertés) s’est incarné, d’après les « démocrates », dans le Front national (devenu RN), sa relève. Enfin, innovation avec le macronisme : trois grands blocs ; un, central (le juste milieu, bien sûr), et deux, « extrêmes »  (comprendre « extrémistes », barbares), farouchement rivaux (RN-Le Pen, LFI-Mélenchon).Les anti-RN (macroniens et Nouveau Front Populaire) ont ressorti le florilège « anti-fasciste » (« collabos », nazisme, etc.). Le RN renvoie l’ascenseur  à LFI : « islamo-gauchisme », « antisémitisme » … Au milieu, Macron, toujours pondéré, accuse chacun des deux autres de préparer  rien moins qu’une « guerre civile » (sic). Les deux « extrêmes », rétrogradant Macron dans  l’ordre des méchants, le qualifient chacun de marche-pied de l’autre, seul extrémisme. Les anti-Front Popu (macroniens et RN) déplorent la « soumission » du PS et des « écolos » à la France Insoumise, une « indignité ».

Ainsi, tous remuent les peurs (fascisme, racisme, antisémitisme, islamisme …), principales armes de campagne, loin devant les promesses, peu convaincantes ; on sait que le danger ou l’ennemi 

 commun est le meilleur moyen d’unir ou réunir les individus également concernés. La critique, souvent virulente, du présent en France et dans le monde, est donc abandonnée pour celle d’un

 futur hypothétique, création d’une imagination parfois délirante. On impute au RN et/ou à LFI des scénarios d’épouvante (extermination des Juifs quasiment ou des Arabes, salaires de misère, etc.), autant de procès d’intention basés sur des indices douteux : qu’ont à voir exactement le jeune Bardella avec Pétain et Vichy et  Jean-Luc Mélenchon avec le massacre du 7 octobre en Israël ? N’a-t-

on rien d’autre à leur reprocher ?  Peurs pour l’avenir ? Soit, mais tout va -t-il si bien dans ce bas monde aujourd’hui ? 

Moi, pardon ! je me rappelle, il y a … 70 ans, quand certains se complaisaient à évoquer une 3e Guerre mondiale  (dix ans seulement après la Deuxième !) parfaitement fantasmée, je me sentais mal des guerres, alors bien réelles et bien meurtrières, d’Indochine et de Corée : comment arrêter ces tragédies ?

Il est particulièrement  irresponsable d’agiter le spectre de la guerre civile. Sans raison valable mais  au risque que certains y croient et s’angoissent et que d’autres y songent. Sur tous les sujets de dispute, il n’y a pas 2,3, ou 4 camps à couteaux tirés, mais une gamme de points de vue. Sur l’immigration par exemple, il n’y a pas deux camps irréconciliables : racistes enragés contre ravis de la crèche, mais tout un éventail de positions, fondement d’un large consensus possible : « deux Français sur trois » aurait dit Giscard. Ne nous montons pas les uns contre les autres.

 Heureusement, le peuple de France est un peuple modéré. Même les défilés et rassemblements (LFI, CGT, etc.) protestant contre les résultats « incorrects » des élections européennes, ne les contestent pas  (comme d’autres à Washington). Le suffrage universel est sans doute le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres.

                                                                                                                        Guy BARBIER (1er juillet 2024) 

1 Juil 2024