Qu’est-ce qui a le plus marqué l’actualité du mois d’août? Osons enfoncer une porte ouverte : les vacances. Vacances du pouvoir, avec un gouvernement démissionnaire assurant les affaires courantes et gérant bien des Jeux Olympiques indéniablement porteurs de calme, de joie et même de fierté au coeur de nombreux Français.


Lors de la cérémonie de clôture, Emmanuel Macron avait gagné son pari. En veut-on une preuve ? Aucun sifflet ne l’accueillit. Eh oui, en France, c’est un signe et un bon signe pour le Président.

Après avoir joué cette carte du calme, le Président tente de la rejouer. Dans un avenir proche, il proposera aux Français un Premier ministre évoluant dans le calme, c’est à dire un Premier ministre qui ne tombera pas au bout de quelques semaines sinon au bout de quelques jours sur une motion de censure. Son gouvernement ne comportera donc pas un seul membre de LFI ni du RN (pour autant que ce parti souhaite faire partie d’une équipe gouvernementale, ce qui est très douteux). Et le chef du gouvernement lui-même ne sera pas un ministre issu des rangs du « Nouveau Front Populaire » – sauf s’il rompt avec l’extrême-gauche mélanchoniste de LFI ou s’en démarque – mais plutôt une personnalité « extérieure » de centre gauche comme Bernard Cazeneuve ou Martin Hirsch ou de centre-droit comme Xavier Bertrand.


Autant de propositions calmes pour un avenir (relativement) calme. Sans doute des problèmes graves devront-ils ensuite être posés sinon résolus touchant à l’amélioration de la sécurité publique, aux conditions de l’immigration, à une réforme de la fiscalité ou à la réforme des retraites -acquises – pourquoi pas ? – soit par points comme l’avait un temps envisagé le président de la République soit par choix individuel au cours d’une période de 10 ans.


En tout cas, on s’éloigne des catastrophes annoncées voire souhaitées par certains d’entre nous. Les tenants d’une ligne complaisante envers les mouvements totalitaires comme le Hamas ou avec l’impérialisme russe, seront, selon toute vraisemblance, écartés.


Autre bonne nouvelle : le rééquilibrage des forces dans la course à la présidence américaine. Ce n’est pas que Mme Kamala Harris puisse susciter beaucoup d’enthousiasme ni son équipe rapprochée, laquelle l’avait désignée avant même que les électeurs du Parti démocrate se prononcent en sa faveur. Mais désormais les jeux ne sont pas faits aux Etats-Unis. Les débats sur des thèmes importants auront lieu sans être défigurés par la question de l’âge de Joe Biden ou de ses absences mentales ni par les différents procès promis à Donald Trump. Elles porteront sur l’immigration, le wokisme, les rapports entre les Etats de l’Union et la présidence fédérale. Elles porteront aussi sur le soutien à Israël qui en manque cruellement, à l’Ukraine (même remarque que précédemment), et sur l’avenir de l’OTAN sans qu’on s’inquiète de résultats aussi assurés qu’inquiétants. Les jeux ne sont pas faits, répétons le, et le pire n’est plus probable. Le trumpisme ne fait plus la course largement en tête. Une fois de plus on comprend que l’histoire dépend aussi du hasard et des initiatives individuelles. On peut en attendre d’autres encore. Et si l’on ajoute la visite du Premier Ministre indien à Kiev le 23 août, et l‘offensive ukrainienne lancée sur Koursk il y a une dizaine de jours, on peut même se permettre de se réjouir d’une actualité plus heureuse. Cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps. La situation reste fragile cependant, en France, en Israël, aux Etats-Unis et ailleurs. Le hasard et les initiatives individuelles qui peuvent perturber la marche au pire peuvent du jour au lendemain perturber l’avenir des démocraties.

Pierre Rigoulot

26 Août 2024


17 juillet 2024  : Echapper au piège encore une fois

Vous avez dit « Actualité »? Le neuf en politique est souvent lesté d’ancien.  Et les nouvelles ont parfois une allure de déjà vu. 

Le renversement il y a quelques semaines du gouvernement conservateur en Grande-Bretagne par exemple, ici et là présenté  comme un raz de marée, est une phase normale de l’alternance habituelle de la démocratie britannique. Sans doute peut-on relever le score relativement élevé du mouvement populiste de Nigel Farage. Mais les équilibres ne sont pas bouleversés pour autant. Pas plus en Grande-Bretagne qu’en Espagne avec le mouvement Vox ou en Allemagne, avec l’AFD (Alternative pour l’Allemagne), le populisme ne menace de s’imposer.

Reste quand même l’Italie avec Meloni au pouvoir, Meloni qui tente par exemple de contrôler la Radio-Télévision italienne, mais dont l’atlantisme ne remet pas en cause la défense de l’Europe. 

Reste aussi  la France où le Rassemblement National, fort des 35 %  de voix recueillies par lui et par ses alliés aux récentes élections, peut appuyer le Hongrois illibéral et poutino-compatible, Viktor Orban, dans son entreprise d’affaiblissement de l’U.E. 

Le RN a réitéré lors du 1er tour des élections législatives. Mais, comme on le sait, une sorte de « front républicain » lui a fait barrage lors du deuxième tour, un « front républicain » qui suppose croire que le fascisme nous menace, comme le « prouvaient » les stupidités xénophobes d’une poignée de candidats RN dont on nous disait et répétait qu’ils affirmaient tout haut ce que le mouvement dirigé par Marine Le Pen pensait tout bas.

Sans doute, comme certains de nos amis nous le signalent, le succès relatif du populisme en Europe s’expliquerait surtout par le fait qu’il prétend répondre mieux que les autres forces politiques à l’afflux de migrants et au surplus d’insécurité qui l’accompagne. Comme un avertisseur, comme une sirène d’alerte, le populisme puiserait les raisons de son succès dans son opposition à l’immigration et plus dans la dénonciation de la menace que cette immigration fait peser aux yeux de pans entiers de la population européenne sur leur identité, leur culture et leur sécurité que sur leur pouvoir d’achat.

Voilà qui n’a rien à voir avec le « fascisme », même si la peur de l’Autre favorise la recherche de dirigeants forts et aptes à promouvoir une réponse forte.  Mais c’est cette peur du fascisme et du racisme qu’il véhicule hors de l’ « arc républicain », qui a permis pourtant, le 7 juillet dernier, le succès du « front républicain » et du « Nouveau Front populaire » dont le noyau gauchiste  autour de Jean-Luc Mélenchon constitue lui aussi un danger pour la démocratie libérale,  tant sur le plan national que sur le plan international avec sa haine de l’OTAN et son appui au Hamas islamiste qu’il refuse de considérer comme un mouvement terroriste même après les horreurs du 7 octobre dernier.

Mais même cela n’est pas entièrement nouveau. La France s’est déjà vue proposer dans le passé de choisir un extrémisme pour mieux combattre un autre, en l’occurrence le communisme pour mieux s’opposer au nazisme – en tout cas avant et après la lune de miel que connurent entre eux ces deux mouvements totalitaires…Notre pays avait su alors éviter ce piège, rejeter les deux pôles extrémistes et sauvegarder l’imparfaite mais précieuse démocratie libérale.

Pierre Rigoulot

17 juillet 2024

17 Juil 2024


Voter?

A chaque élection, même refrain : « Le droit de vote, pour lequel  nos aïeux se sont battus …». Oui,  révoltes, révolutions, conspirations , il y a eu : contre des tyrannies ; avec comme effet  logique leur  remplacement par des systèmes d’ élections populaires. Mais, des rébellions pour le droit de vote lui-même : où et quand ?

Le  « droit de vote » n’est un devoir qu’autant que le citoyen suit, le plus possible, la vie de  la cité (s’informer, penser, agir), donc  exerce ce droit, de façon plus ou moins éclairée : élire un député, des conseillers municipaux, etc., n’est pas jouer à la loterie.

Or, l’opinion publique (selon l’expérience universelle et intemporelle) est diverse, divisée, incohérente, changeante (dernier exemple : Macron,   réélu en 2022 et « battu » en 2024), profane et peu intéressée (faute de goût, de temps et/ou  de connaissances) sur le fond par la politique ; par contre, volontiers critique.

Les campagnes électorales sont trop brèves et espacées pour modifier  profondément, sauf coup de théâtre, des opinions formées, sans trop y réfléchir, au fil du temps : les résultats électoraux reflètent l’état des esprits à un moment donné. A cette nuance près que le « message » adressé à travers les urnes par les électeurs (leur volonté, leurs espoirs) à la « classe politique » n’est pas toujours compris de la même façon par tous : pour elle, quelle(s) action(s) mener ?

Dans le cadre de leurs sensibilités politiques respectives, les électeurs se seront déterminés en fonction de cette perception, souvent biaisée, des partis et des candidats, lesquels, de leur côté, leur auront menti sans scrupules (flatteries, promesses en l’air, comportements trompeurs …il faut plaire). La distance est grande entre les béotiens d’en bas et les « pros » de la politique, en haut. 

Ainsi, l’électeur se leurre et est, en plus, manipulé par le futur élu. Le «droit de vote » ? Dévoyé par la crédulité des uns et la démagogie des autres, il est une « duperie » selon  Marx-Engels comme selon Maurras.

… « Au pouvoir », « aux portes du pouvoir », entend-on : en fait, quel « pouvoir » véritable pour un gouvernement ? Une politique encadrée par les institutions et la Constitution, subordonnée aux accords internationaux, contrariée éventuellement par le Président, limitée par les opposants de tout poil (parlementaires, syndicats, lobbys, etc.,), contrainte par la conjoncture économique, chamboulée par les « crises », toujours inattendues, (telles que Guerre froide, évènements d’Algérie, mai 68, pétrole 1973, effondrement soviétique 1989-1991, Ukraine, Israël-Gaza …). Quelle liberté  d’action par conséquent pour les dirigeants ? Et comment gouverner un peuple politiquement inculte, versatile, indiscipliné ? Dans le temps long, s’impose une orientation – politique mais aussi sociétale donnée, bien que chahutée au gré des évènements ; sur elle, l’impact des élections est marginal.

Inexpérimentés, donc pleins d’illusions, nos lointains aïeux révolutionnaires se faisaient une idée sacralisée du suffrage, suffrage réservé à leur classe d’abord puis universel (masculin) : le peuple (et

 chacun au sein du peuple) maître de son destin, souverain !

… Les batailles électorales déchaînent les hommes : moment intense, joie du combat, ambitieuses espérances, frissons de peur … D’où dramatisation, hystérisation, radicalisation.

Pendant 40 ans (1945-198…), les partis dits démocratiques ont brandi en chœur l’épouvantail communiste pour affoler les masses et les contrôler. Le PC traitait, à rebours, ses adversaires de « fascistes ». Puis, le communisme s’écroulant, le danger mortel (pour les libertés) s’est incarné, d’après les « démocrates », dans le Front national (devenu RN), sa relève. Enfin, innovation avec le macronisme : trois grands blocs ; un, central (le juste milieu, bien sûr), et deux, « extrêmes »  (comprendre « extrémistes », barbares), farouchement rivaux (RN-Le Pen, LFI-Mélenchon).Les anti-RN (macroniens et Nouveau Front Populaire) ont ressorti le florilège « anti-fasciste » (« collabos », nazisme, etc.). Le RN renvoie l’ascenseur  à LFI : « islamo-gauchisme », « antisémitisme » … Au milieu, Macron, toujours pondéré, accuse chacun des deux autres de préparer  rien moins qu’une « guerre civile » (sic). Les deux « extrêmes », rétrogradant Macron dans  l’ordre des méchants, le qualifient chacun de marche-pied de l’autre, seul extrémisme. Les anti-Front Popu (macroniens et RN) déplorent la « soumission » du PS et des « écolos » à la France Insoumise, une « indignité ».

Ainsi, tous remuent les peurs (fascisme, racisme, antisémitisme, islamisme …), principales armes de campagne, loin devant les promesses, peu convaincantes ; on sait que le danger ou l’ennemi 

 commun est le meilleur moyen d’unir ou réunir les individus également concernés. La critique, souvent virulente, du présent en France et dans le monde, est donc abandonnée pour celle d’un

 futur hypothétique, création d’une imagination parfois délirante. On impute au RN et/ou à LFI des scénarios d’épouvante (extermination des Juifs quasiment ou des Arabes, salaires de misère, etc.), autant de procès d’intention basés sur des indices douteux : qu’ont à voir exactement le jeune Bardella avec Pétain et Vichy et  Jean-Luc Mélenchon avec le massacre du 7 octobre en Israël ? N’a-t-

on rien d’autre à leur reprocher ?  Peurs pour l’avenir ? Soit, mais tout va -t-il si bien dans ce bas monde aujourd’hui ? 

Moi, pardon ! je me rappelle, il y a … 70 ans, quand certains se complaisaient à évoquer une 3e Guerre mondiale  (dix ans seulement après la Deuxième !) parfaitement fantasmée, je me sentais mal des guerres, alors bien réelles et bien meurtrières, d’Indochine et de Corée : comment arrêter ces tragédies ?

Il est particulièrement  irresponsable d’agiter le spectre de la guerre civile. Sans raison valable mais  au risque que certains y croient et s’angoissent et que d’autres y songent. Sur tous les sujets de dispute, il n’y a pas 2,3, ou 4 camps à couteaux tirés, mais une gamme de points de vue. Sur l’immigration par exemple, il n’y a pas deux camps irréconciliables : racistes enragés contre ravis de la crèche, mais tout un éventail de positions, fondement d’un large consensus possible : « deux Français sur trois » aurait dit Giscard. Ne nous montons pas les uns contre les autres.

 Heureusement, le peuple de France est un peuple modéré. Même les défilés et rassemblements (LFI, CGT, etc.) protestant contre les résultats « incorrects » des élections européennes, ne les contestent pas  (comme d’autres à Washington). Le suffrage universel est sans doute le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres.

                                                                                                                        Guy BARBIER (1er juillet 2024) 

1 Juil 2024


6 juin 2024 : regard  sur  deux  élections, aux résultats encourageants

Avant les européennes du 9 juin, que nous commenterons prochainement, L’actualité récente a été marquée par plusieurs élections importantes. Deux d’entre elles ont retenu notre attention.

Après des années de conflits autour de la question de l’indépendance, les tenants du maintien de la Catalogne dans le giron espagnol l’emportent mais insuffisamment pour former facilement un gouvernement.

La Catalogne a voté le 12 mai, en donnant l’avantage au PSC, le parti socialiste catalan, que dirige Salvador Illa. Le PSC a obtenu 42 sièges, soit 9 de plus que lors du précédent scrutin .Junts per Catalunya ( Ensemble pour la Catalogne), un parti indépendantiste de centre-droit, arrive en deuxième position avec 35 sièges, les indépendantistes de gauche de l’ERC ( Esquerra Republicana de Catalunya, la Gauche républicaine de Catalogne), reculent de 33 sièges à 20. Ils sont en troisième position, suivi par le PP ( le Parti populaire, conservateur et hostile au mouvement indépendantiste) qui obtient 15 sièges contre 3 précédemment. Vox, représentant le courant d’extrême droite, obtient 11 sièges (un autre parti d’extrême droite mais indépendantiste, en obtient deux. L’extrême gauche recule et ses deux partis (la CUP et Sumar-Comunes) occupent les 10 sièges restant….

Après des années de conflits autour de la question de l’indépendance, les tenants du maintien de la Catalogne dans le giron espagnol l’emportent mais insuffisamment pour former facilement un gouvernement. Les différents partis ont jusqu’au 15 août pour parvenir. Faute de quoi, les Catalans revoteront.  Mais  l’évolution que nous avons relevée est plutôt une bonne nouvelle pour les partisans  de la démocratie libérale au sein desquels  le courant social-démocrate ( dominant au PSC et présent de manière minoritaire au sein de Junts, surclasse nettement la droite classique du P.P.

Verrons nous un autre Modi, comme l’affirment certains observateurs, obligé de prendre des gants dans ses rapports avec l’opposition qu’il traitait de haut jusqu’à ces derniers temps ?

Bien plus loin, en Inde, et à une tout autre échelle puisqu’on peut compter environ 620 millions de votants, le parti nationaliste hindou de Narendra. Modi, le Bharatiya Janata Party (BJP), le « Parti indien du peuple », a perdu la majorité absolue  au Parlement avec 240 sièges  (- 63 par rapport à 2019). Le Congrès, principal parti d’opposition, a obtenu 99 siège (+ 47) et le Premier ministre, désormais moins incité au triomphalisme, va devoir mettre de l’eau douce dans son vin nationaliste et religieux pour former avec un certain nombre de petits partis, une coalition gouvernementale ».

Verrons nous un autre Modi, comme l’affirment certains observateurs, obligé de prendre des gants dans ses rapports avec l’opposition qu’il traitait de haut jusqu’à ces derniers temps ? On peut espérer que les arrestations d’opposants et les mauvais traitements  imposés aux minorités religieuses, dont plus de 200 millions d’Indiens musulmans, seront enfin moins nombreuses.

Le danger d’une « démocratie illibérale » indienne s’estompe, semble-t-il. Et l’on peut même rêver d’un rapprochement plus marqué qu’aujourd’hui avec les démocraties occidentales…

A venir, après les élections du 9 juin au sein de l’Union européenne, celles du Royaume-Uni le 4 juillet. Les bookmakers parient à une très large majorité pour une victoire du Parti travailliste.

Benoît Villiers, le 6 juin 2024

9 Juin 2024