MARCEL GAUCHET – LE NŒUD DÉMOCRATIQUE, Aux origines de la crise néolibérale (Gallimard 2024. 250 pages. 20 euros)

Le passé humain a mis longtemps à sortir d’un mode de structuration religieux qui consacrait l’entente entre le sacré et le social. C’est ainsi que dans la société féodale, la domination se présentait sans masque, appuyée sur une justification religieuse.

Celle-ci a été remplacée par un principe alternatif aux « droits de Dieu » : L’Habeas  Corpus, officialisé en 1679. Puis les Droits de l’Homme ont supplanté le droit divin des rois. Après un long processus qui a mis cinq siècles à se mettre en place, on a donc vu émerger nos sociétés démocratiques et libérales qui combinaient un cadre politique, une légitimation des rapports sociaux et une vision collective.

Ce mode d’organisation est en train de voler en éclat.

L’arrimage à un passé fondateur réputé indépassable a fait place à l’ouverture vers un avenir à inventer qui a conduit à un extrémisme démocratique.

C’est ainsi que les libertés individuelles se sont totalement exprimées au détriment d’un destin collectif dont la nation se sent aujourd’hui dépossédée. Autrement dit le collectif a été partiellement dissous au profit de l’individu.

Et, sans bruit, la crise de la démocratie s’est installée.

Marcel Gauchet appelle à la création d’une instance de diagnostic indépendant dont la mission consisterait à rechercher des éléments collectifs pour sauver la démocratie.

L’auteur constate qu’aujourd’hui l’histoire s’est effacée derrière le présent économique, la socialisation derrière l’individualisation enlevant aux individus le sens de la responsabilité sociale tout en s’acharnant à les faire exister comme individu. Et la politique porteuse d’une vision derrière le politique, à courte vue.

En outre, le droit s’est imposé comme la référence centrale qui commande partout et inspire toute la vie sociale au détriment du pouvoir des élus.

Aujourd’hui, nous devrions vivre un âge d’or de la démocratie puisque la société civile a gagné son indépendance complète.

Pourtant, nous assistons à une radicalisation des appels à démocratiser la démocratie.

Cette tendance entraîne les acteurs politiques traditionnels à faire marche arrière pour remobiliser l’idéal démocratique. Ils sont considérés comme illibéraux.

Parallèlement, on voit se développer une protestation populiste qui s’incarne par une affirmation d’ordre identitaire en réaction à la pluralisation de l’existence collective. Elle appelle à redonner la priorité à la cohésion collective grâce à l’autorité du politique.

Le nouveau défi politique lancé aux démocraties est de préserver les libertés individuelles tout en maîtrisant le destin collectif. Ceci ne pourra se faire, d’après le philosophe, que si la politique et la « moralité » reprennent leur place. On a vu, en effet, surgir un couple juges/medias qui conduit en douceur à un moralisme émotionnel et le pouvoir à l’impuissance.

Il s’agit de redonner aux indépendances une appartenance hors de laquelle elle flotte dans le vide et de réarmer la conscience historique du présent.

Affirme t-il.

Sabine Renault-Sablonière, le 2 avril 2025

1 Avr 2025


Les antécédents du Wokisme

Le wokisme pratique le scandale et la diabolisation publique hors procès  en justice comme moyen révolutionnaire d’éveiller les consciences aux injustices intolérables qui ne sont pas perçues comme telles, tant leur ancienneté les fait passer pour naturelles.

Je crois que je ne caricature pas.

Cette chasse aux sorcières renoue avec l’appel qui fut lancé par Marx dans l’un de ses tout premiers écrits philosophiques : « Il faut rendre l’oppression réelle encore plus opprimante, en lui adjoignant la conscience de l’oppression, la honte encore plus honteuse, en la rendant publique. Il faut dépeindre chaque sphère de la société allemande comme la partie honteuse de cette société.. »

La démocratie libérale,  mérite-t-elle cette hostilité générale ?

Notre société promeut et pratique l’examen critique des mots et des comportements hérités du passé et qui semblent en porter des traces condamnables.

Cet examen est une mesure d’hygiène culturelle et politique, car nos mentalités et nos valeurs évoluent, et les mots de notre langue commune doivent évoluer en conséquence.

Il est bon, pour ne prendre qu’un exemple, qu’on ne dise plus « une fille-mère » pour évoquer une « mère célibataire », et il est impératif qu’une personne ayant autorité sur une autre n’abuse pas de ce rapport de forces.

Mais l’évolution de notre langue et de nos comportements ne doit pas être dénaturée et transformée en un appel à leur déconstruction systématique et globale, comme s’il nous fallait nous purifier de tout ce que nous sommes en faisant table rase de notre héritage culturel.

En particulier, la chasse aux traces linguistiques d’un passé culturel qui serait totalement au service de la domination vise à imposer la novlangue politiquement correcte au sein d’une cancel culture.

 Dans la dynamique de cette épuration culturelle,  les mots ne devraient plus porter trace de leur histoire, et ils devraient également perdre la polysémie qui caractérise les mots de toutes les langues vivantes.

Seuls les mots des langues artificielles, tels ceux qui définissent les figures de la géométrie, sont parfaitement neutres et univoques

Pour contrecarrer la guerre révolutionnaire menée par le wokisme contre notre héritage culturel, il peut être utile de réfléchir à la généalogie du wokisme, et aux éléments qui composent son ADN.

Sa première caractéristique est de suspecter, de dénoncer publiquement sans procès le mal qui se cache.

Sur ce plan, le wokisme a pour ancêtre la bien nommée Terreur de 1793, et sa terrifiante loi des suspects.

 Celle-ci fut initiée par Robespierre, et on en retrouve les principes dans les procès staliniens : à l’image de ces antécédents, le wokisme exclut lui aussi la présomption d’innocence et lui oppose la présomption de culpabilité. Il refuse lui aussi les droits de la défense.

Et il manifeste lui aussi une forme de paranoïa.

J’ajoute que la filiation du wokisme à la Terreur de 1793 se double d’une filiation au communisme de Karl Marx.

Le wokisme actuel reprend en effet la formulation marxiste de ce qui est devenu la cancel culture.

Voici un des passages du Manifeste du parti communiste qui justifie la destruction de notre héritage culturel

« L’histoire de toute la société jusqu’à nos jours était faite d’antagonismes de classes, antagonismes qui, selon les époques, ont revêtu des formes différentes. 

Mais, quelle qu’ait été la forme revêtue par ces antagonismes, l’exploitation d’une partie de la société par l’autre est un fait commun à tous les siècles passés. Donc, rien d’étonnant si la conscience sociale de tous les siècles, en dépit de toute sa variété et de sa diversité, se meut dans certaines formes communes, formes de conscience qui ne se dissoudront complètement qu’avec l’entière disparition de l’antagonisme des classes. 

La révolution communiste est la rupture la plus radicale avec le régime traditionnel de propriété; rien d’étonnant si, dans le cours de son développement, elle rompt de la façon la plus radicale avec les idées traditionnelles. »

Cette cancel culture repose sur le paradigme marxiste de la lutte des classes, qui déclare une guerre sans compromis entre deux ennemis dont l’un doit disparaitre : les dominés et les dominants.

L’objectif avoué de la lutte des classes n’est pas de supprimer la domination d’une classe sur l’autre : il est d’inverser la domination, d’imposer la domination de la classe dominée, en l’espèce : la dictature du prolétariat.

L’universalité et l’égalité en droits et en dignité de tous les humains n’est pas son horizon

Le wokisme applique le paradigme marxiste de l’antagonisme irréductible entre les classes sociales à tous les rapports entre les groupes sociaux

L’intersectionnalité des luttes est le mot d’ordre de cette coalition revancharde qui voue la société à une guerre civile sans fin.

Que répondre à cette conflictualité radicale, vengeresse et irréductible érigée en loi universelle ?

Qu’il est exact que tous les rapports entre les individus et les groupes humains peuvent contenir une dimension conflictuelle, des rapports de force et des risques d’abus, mais qu’il est faux et paranoïaque de les y réduire.

L’ambivalence des sentiments est dans la nature de tous les rapports entre les humains, comme on le sait mieux depuis Freud, mais cette ambivalence n’entraine pas la guerre totale entre dominants et dominés

L’examen critique des mots et des comportements doit se faire dans l’esprit de la Déclaration des droits de l’homme, expression qu’il faut désormais entendre comme Déclaration des droits des êtres humains.

Tout mot, expression ou comportement qui peut paraitre contraire au principe de l’égalité en droits et en dignité de tous les êtres humains peut être examiné, et être éventuellement critiqué et corrigé, au nom de ce principe politique premier.

Tous les progrès qui ont été accomplis dans ce sens, qu’il s’agisse du rapport entre les sexes et les sexualités, ou entre les groupes ethniques et sociaux, l’ont été au nom de ce principe premier.

Les progrès accomplis sont stupéfiants. Que l’on compare la situation actuelle à celle d’il y a un siècle concernant les droits et la dignité des femmes et des personnes homosexuelles.

Ces progrès devront se poursuivre au nom de ce principe qui est le fondement de notre société.

C’est ce principe, et lui seul, qui est systémique dans le monde libre.

C’est pourquoi il faut continuer à défendre la démocratie libérale contre ses ennemis.

Il reste des progrès à faire dans les mots, dans les mentalités, dans les comportements et ailleurs, mais ce combat devra se mener en défense de la démocratie libérale à laquelle les wokistes font une guerre révolutionnaire inspirée de la Terreur et de la lutte des classes.

André Senik, le 25 mars 2025

26 Mar 2025


18 mars 2025. Une date historique

L’or ce matin vaut 3.024 $ l’once. Il vient de franchir nettement la barre des 3.000 $. Le fait que, publiquement, la PBOC, la banque centrale de Chine a renforcé ses avoirs en or (au cours des quatre derniers mois connus) contribue à cette explosion haussière de l’or ; mais ce sont d’autres facteurs presque tous liés à Trump qui ont lancé le mouvement : l’explosion prévisible de la dette publique américaine, la politique commerciale très aventureuse des États-Unis, l’anticipation d’une récession aux États-Unis, le recul marqué du Nasdaq 100, les négociations très hasardeuses de Trump avec Poutine sur l’Ukraine, la position très agressive adoptée par Trump au Moyen-Orient, la grave division qui prévaut désormais au sein du camp occidental, le projet de Trump de soumettre au Président la banque centrale des États-Unis (la Fed) qui était indépendante de très longue date, et plus généralement les incertitudes sur l’avenir des États-Unis. 

En contribuant à cette explosion haussière du cours de l’or (+ 12% en deux mois, de 2.696 $ le 17 janvier à la veille de son investiture à 3.024 $ ce 18 mars), Trump affaiblit, sans du tout s’en émouvoir, la position géopolitique des États-Unis. Cette hausse spectaculaire de l’or constitue en effet un formidable désaveu du statut privilégié du dollar, celui de demeurer la monnaie du monde depuis 1945. Ce privilège du dollar, rappelons-le, avait en particulier permis à Reagan de financer sans douleur la guerre des étoiles, celle-là même qui a joué un rôle majeur dans la défaite de l’URSS en 1991.

L’enjeu de ce statut du dollar n’a jamais échappé ni à Pékin, ni à Moscou, ni à Téhéran, ni à Pyongyang. A plusieurs reprises dans le passé, Pékin, Moscou et leurs alliés avaient émis des déclarations conjointes visant à abolir ce privilège du dollar. Ce n’est donc pas un hasard si on voit maintenant Pékin vendre publiquement du dollar contre de l’or pour amplifier le désaveu du dollar. La Chine reste en embuscade pour porter l’estocade au dollar (et aux États-Unis) le jour où cela lui sera propice. La politique amorcée par Trump lui fournit une formidable opportunité dont elle entend bien se saisir.

C’est ainsi un autre cadeau somptueux que Trump offre au camp des quatre grandes dictatures totalitaires. On finit par s’interroger sur la nature des liens que Trump entend établir entre les États-Unis et elles quatre.

Jean Francart, le 21 mars 2025

21 Mar 2025


Lettre ouverte de Lech Walesa au président Trump

Lech Walesa, une des figures emblématiques de la résistance au  totalitarisme communiste, ancien leader du syndicat Solidarnosc, ancien président de la Pologne et prix Nobel de la paix en 1983,  a envoyé, avec une quarantaine d’autres anciens opposants politiques au régime communiste polonais, une lettre ouverte au président Trump. Nous pensons qu’il est important que nos lecteurs en prennent connaissance.

« Excellence, Monsieur le Président,

Nous avons suivi votre rencontre avec le président Zelenski à la Maison-Blanche avec crainte et dégoût. Il est insultant que vous attendiez de l’Ukraine qu’elle exprime sa gratitude pour l’aide matérielle des États-Unis dans sa lutte contre la Russie. Nous devons gratitude aux héroïques soldats ukrainiens qui versent leur sang depuis plus de 11 ans pour défendre les valeurs du monde libre et leur patrie attaquée par la Russie de Poutine. Comment le dirigeant d’un pays qui est le symbole du monde libre peut-il ne pas le reconnaître ?

L’atmosphère dans le Bureau ovale pendant la rencontre nous a rappelé les interrogatoires des services de sécurité et des tribunaux communistes. À l’époque, les procureurs nous disaient qu’ils détenaient tout le pouvoir alors que nous n’en avions aucun. Ils supprimaient nos libertés parce que nous refusions de coopérer ou d’exprimer notre gratitude envers le régime communiste. Nous sommes choqués que le président Zelensky ait été traité de la même manière.

L’histoire montre que lorsque les États-Unis s’éloignent des valeurs démocratiques et de leurs alliés européens, ils se mettent en danger. Le président Woodrow l’avait compris en 1917, lorsque les États-Unis sont entrés dans la Première Guerre mondiale. Roosevelt l’avait compris après Pearl Harbor en 1941, conscient que défendre l’Amérique signifiait combattre à la fois dans le Pacifique et en Europe.

Sans le président Reagan et le soutien financier des États-Unis, l’effondrement de l’empire soviétique n’aurait pas été possible. Reagan a qualifié l’URSS d’« empire du mal » et l’a affronté avec détermination. Nous avons gagné, et aujourd’hui sa statue est à Varsovie, face à l’ambassade des États-Unis.

Monsieur le Président, une aide militaire et financière ne peut être comparée au sang versé pour l’indépendance de l’Ukraine, pour la liberté de l’Europe  et du monde. La vie humaine n’a pas de prix. Nous devons être reconnaissants à ceux qui sacrifient leur sang et leur liberté, ce qui est une évidence pour nous, anciens prisonniers politiques du régime communiste sous la Russie soviétique.

Nous exhortons les États-Unis à respecter le Mémorandum de Budapest de 1994 qui établit une obligation directe de défendre les frontières et la souveraineté de l’Ukraine en échange de l’abandon de ses armes nucléaires. Ces garanties sont inconditionnelles: elles ne suggèrent nulle part que cette aide est une simple transaction économique. »

Lech Wałęsa, ancien prisonnier politique, dirigeant de Solidarité, président de la Pologne, le 3 mars 2025

7 Mar 2025


L’ennemi Américain

Des réactions très vives se sont aussi manifestées parmi nous. Significative de cette veine est celle de notre ami  Alain Laurent, philosophe et éditeur. La voici  – et en tout cas le débat continue.

H&L

Dans les diatribes de Trump/Musk/Vance contre une Europe mollassonne, masochistement ouverte aux submersions islamo-migratoires  (mais si prompte à réprimer la liberté d’expression de qui les critique) et si longtemps dénuée de vraie volonté de se défendre,  tout est donc loin d’être infondé ou mal venu. Et on leur reconnaîtra une salubre volonté d’éradiquer l’immonde wokisme et un soutien sans faille à Israël.

Nonobstant, cela ne saurait assurément suffire à compenser tout ce que les nouvelles et disruptives orientations de l’administration Trump comportent de profondément révoltant et inacceptable pour tout partisan de la démocratie libérale. Bien sûr il y a d’abord la trahison de l’Ukraine avec l’alignement servile de l’affairiste mafieux de la Maison blanche sur le narratif répugnant du criminel de guerre du Kremlin (« Zelinsky dictateur », la Russie n’est pas l’agresseur mais c’est l’OTAN), avec passage à l’acte (fin du soutien financier et militaire américain, injonction à la capitulation, insondable mépris pour les souffrances, le bon droit et l’héroïsme des Ukrainiens, complicité avec la Russie néo-soviétique dans le dépeçage et le pillage de l’Ukraine, fin des sanctions, votes de sordides résolutions communes  russo-américaines à l’ONU….). Mais tout cela ne prend sens que dans le contexte global d’un cataclysme géo-idéologique sans précédent : la violente et cauchemardesque conversion de la politique étrangère états-unienne au culte cynique du seul rapport de force et l’absolution totale des régimes tyranniques et impérialistes (ce qui est le cas de la Sainte Russie poutinienne qui, pour Trump, n’est ni une dictature ni un agresseur – et doit être réintégrée au G7 !!!)

De facto, les États-Unis « maga » sont donc ainsi devenus des traîtres à l’Occident (leur soutien à la vraie extrême droite pro-nazie et  nostalgique du stalinisme de l’Afd en Allemagne en est la parfaite illustration) et des ennemis non seulement économiques mais politiques de l’Europe puisque celle-ci est abandonnée aux appétits impérialistes d’une Russie avide d’en finir avec les démocraties libérales. qui la bordent  Trump ne se contente pas d’être un ingénieur du chaos mondial: avec son complice Poutine auquel il s’est désastreusement soumis, il forme désormais avec lui une monstrueuse entité maléfique :Poutrump – dont les exactions vont encore accroître le réensauvagement de la planète. Qu’il soit en outre un obscurantiste climato-négationiste,  anti-science et anti-vax agissant notoire ne fait que compléter le tableau d’un nouveau pouvoir américain composé d’un ramassis de voyous et de brutes primitives au cerveau reptilien surdimensionné qui mentent  et affabulent comme ils respirent (à l’instar de leur ami Poutine!).

Confrontés à ce désastre civilisationnel, à la destruction irrémédiable de l’Alliance atlantique et à ce règne annoncé de tyrannie planétaire d’un vampiresque duopole russo-américain, inutile de se voiler la face : les USA trumpisés nous ont déclaré une querelle non seulement commerciale mais (géo)politique et morale. Peut-on alors se contenter de faire le dos rond en attendant passivement et illusoirement que ça se passe et des jours meilleurs (exorcisme magique par déni d’une réalité dystopique!)? Et suffira-t-il que l’Europe s’engage enfin dans un réarmement militaire dont les effets ne seront pas effectifs avant 5 ans au mieux– donc trop tard ? Ne vaudrait-il pas plutôt  sans tarder entrer en résistance et même riposte actives : boycotter ce qui peut l’être du « made in USA » (ce que font déjà les revendeurs de Tesla et les Canadiens!), cessation de la fourniture principale d’armements  américains par les autres pays européens, exiger dans l’UE la mise au ban…d’Orban, le Hongrois (et de Fico, le Slovaque) ces alliés du trumpisme poutinien, marquer à la culotte en France les propagandistes décomplexés de celui-ci qui relèvent la tête (sur les réseaux sociaux et des médias comme le JDD ou C News) – et soutenir encore plus les Ukrainiens insultés et calomniés ?

Longue vie à une Ukraine indépendante et démocratique –  and shame on you for ever, Trump and C° –  God damn you !                

Alain Laurent, le 4 mars 2025

6 Mar 2025


Trump : la tradition de l’appeasement?

La crise avec l’Amérique vient du fait que nous n’avons plus d’épistémologie commune. Les gens regardent la même chose et ne parviennent pas se mettre d’accord sur ce qu’ils ont vu. C’est ce qui arrive quand la liberté dérape. La liberté dérape quand il n’y a plus consensus sur les principes fondamentaux. 

Pour l’Ukraine, c’est désolant car cette anarchie ontologique — on me corrigera, je ne suis pas philosophe — est à la base de la guerre. Il ne faut pas blâmer Trump, ou Trump seul. Depuis les années 90, les gouvernements américains se trompent sur la Russie, et plus encore qu’ils se trompaient lors des divers débats portant sur la nature et les intentions de l’URSS. 

Sur ce régime, on était au moins d’accord sur le fait qu’il s’agissait d’une dictature communiste, inspirée (officiellement) par le marxisme.  On était en revanche en désaccord sur la meilleure stratégie à adopter.  Les uns disaient qu’il fallait l’amadouer — nombreux partisans de cette idée dans l’entourage de Franklin Roosevelt — les autres, par exemple l’ami de Roosevelt, l’ambassadeur William Bullitt, pensaient que l’on avait affaire à un adversaire qui ne cherchait aucunement la coexistence à long terme.

Les deux pôles sont fixes: Carter disait: « il est temps d’abandonner la crainte obsessionnelle  communisme »; Reagan, parlait,  lui, de « l’empire du mal ».  Et nous y sommes encore. J’en passe, mais Barack Obama et Hillary Clinton (en tant que secrétaire d’Etat), essayaient de ménager Poutine, tout en aidant l’Ukraine par du matériel militaire et des missions sur le terrain, mais sans envoyer de troupes en Ukraine à partir des agressions russes de 2014.

Le débat continue: la Russie peut-elle être amadouée ou non ? La politique de Biden en résulte : il condamnait l’agression et l’occupation des provinces de l’est et de la Crimée, mais ne soutenait pas assez l’Ukraine pour permettre une contre-offensive sur les territoires occupés ou pour faire craindre à Poutine la possibilité d’une participation des Américains comme en Corée.

Trump, homme du centre et pragmatique avant tout – ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas mégalomaniaque ni opportuniste – dit tout simplement : rien n’a réussi, l’Ukraine va être complètement détruite, les Européens n’en feront pas assez pour inverser le sort de la guerre.  Donc, soit on attaque la Russie avec nos division Airborne, les mêmes qui ont mené à la libération de la Normandie en 1944, soit on trouve une accord – un deal – qui apaise tout le monde, au moins pour quelques temps. L’occasion, mais c’est seulement le début, se présente grâce au minéraux qui à l’heure actuelle gisent dans le sol Ukrainien ainsi que dans le sol ukrainien occupé par l’armée russe.

C’est un peu comme le charbon et l’acier après la Deuxième guerre mondiale. Ce fut la solution de Jean Monnet, qui évoluera vers l’Union Européenne  et qui, mais rares sont ceux que s’en souviennent, consista à mettre le charbon et l’acier sous un contrôle et une institution qui bénéficièrent à l’Allemagne comme à la France. 

Zelensky est courageux et admirable, mais il n’est pas Schuman, et, certes, Poutine n’est pas Adenauer. Et Trump n’est pas Monnet, même si celui-ci était, aussi, un fameux homme d’affaire.  Mais on fait ce qu’on peut avec qui est sur la scène.

Je pense que c’est la façon la plus simple de voir les choses sur le front de l’Est.  Évidemment, cela peut complètement déraper. Poutine voudra tout prendre, mais Trump et ses successeurs pourraient maintenir un nouveau containment – avec l’aide de Macron, en particulier.  Trump, sans qu’on puisse savoir s’il en est conscient, fait ce que faisait Nixon: amadouer la Chine pour contrer l’URSS, mais dans l’autre direction. On sait ce que cela a donné, ce n’est donc pas une solution parfaite, mais comme le faisait voir Billy Wilder dans Certains l’aiment chaud, personne n’est parfait. 

Roger Kaplan, le 2 mars 2025

[Réponse]

Cher Roger,

Ton texte va susciter des remous parmi nous. Mais si nous voulons bien cerner les éléments importants de la crise actuelle, il faut que nous en parlions, de ces remous et que nous essayions de garder notre calme comme tu le fais toi-même. Calmement donc, je te dis que le cœur de ton argumentation n’est pas recevable. Jean Monnet a poussé la France et l’Allemagne sur la voie des intérêts économiques communs pour les inciter à trouver un intérêt commun au projet européen. Mais ce fut APRÈS la défaite de l’Allemagne nazie. Tu ne peux comparer les deux démocraties qu’étaient la RFA et la France avec l’Ukraine et la Russie, laquelle est l’ennemie acharnée des démocraties libérales. Poutine fonctionne comme le fit Hitler, qui se disait hier le défenseur des minorités germanophones. Lui, défend aujourd’hui les minorité russophones. Si la comparaison avec Hitler te choque, on peut parler de la Russie impériale qui au milieu du XIXème siècle prétendit à un protectorat sur les orthodoxes de l’empire turc. De la riposte est née la guerre dite de Crimée et le siège de Sébastopol par les Français et les Anglais. Combats d’empires. me diras-tu, mais nous n’en sommes plus là, justement. Nous en sommes à la défense des démocraties libérales contre l’empire russe dont il est facile de rappeler les atteintes à la démocratie et les horreurs, tout simplement.

S’agit-il pour Trump dans cette affaire, de défendre la démocratie? J’en doute: il n’y a plus de références chez lui à des régimes politiques qu’il faut défendre ou dont il faut nous protéger. La seule fois que j’ai entendu Trump esquisser une analyse politique au sujet de l’Ukraine, il disait que Zelensky était un dictateur qui ne s’affrontait pas aux électeurs !

Mes amis et moi ne réagissons pas tous de la même façon et il nous arrive de nous engueuler. Mais gommer la nature politique des régimes et ignorer qui est l’agresseur et l’agressé, que veux tu, ça ne passe pas…Le vote à l’ONU des Etats-Unis avec la Russie et la Corée du Nord, nous a tous fait mal à tous…

Mon amitié pour toi, cher Roger, est inoxydable. Mais nous traversons décidément sur le plan politique un moment difficile !

Pierre Rigoulot, le 4 mars 2025

5 Mar 2025


Israël, Etats-Unis, Russie et Corée du Nord contre l’Ukraine à  l’ONU !

Triste nouvelle : pour la première fois, Israël et les États-Unis ont voté contre l’Ukraine à l’ONU. Nous résumons puis diffusons ci-dessous de larges extraits d’un intéressant article consacré à cet événement par le journal israélien Ma’ariv, signé de Rav Henri Khan et daté du 25 février.

H&L

Lundi 24 février, jour du troisième anniversaire de l’invasion russe de l’Ukraine, Israël a voté, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, aux côtés des États-Unis, contre une résolution initiée par l’Ukraine et l’Union européenne. Cette résolution appelait à la préservation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, à la fin de la guerre que mène contre elle la Russie. 93 pays ont voté en faveur de la résolution ; 65 se sont abstenus et 18 pays ont voté contre, dont les États-Unis, la Russie, la Corée du Nord, la Hongrie, le Nicaragua, le Soudan, le Mali, les Îles Marshall, Haïti, l’Érythrée, le Niger  et Palau.

« C’est la première fois, depuis le déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, que les États-Unis et Israël votent contre Kiev. Ce vote exceptionnel fait suite à la tournure dramatique prise par la politique du gouvernement américain à l’égard du conflit et aux remises en cause violentes par le président Donald Trump – adoptant  par là la position de la Russi – du président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Il convient de noter qu’à la dernière minute, Israël n’était pas certain de la position que prendraient les États-Unis et s’ils voteraient vraiment contre la résolution. Israël s’est pourtant aligné sur les États-Unis.

Depuis le début de la guerre, Israël a soutenu pleinement l’intégrité territoriale de l’Ukraine, allant jusqu’à tenter de jouer les médiateurs entre elle et la Russie, lorsque, le samedi, l’ancien Premier ministre Naftali Bennett s’est rendu à Moscou pour rencontrer Poutine. Israël a soutenu l’Ukraine tout au long du conflit et l’a même aidée, principalement en fournissant du matériel de protection (casques, gilets pare-balles et masques de protection). Par ailleurs, Israël a transmis à l’Ukraine le système d’alerte « Couleur Rouge », et les deux pays ont également échangé des renseignements sur l’aide iranienne à la Russie, notamment concernant la fourniture de drones d’attaque.

Parallèlement, l’Ukraine espérait, au cours des trois années de guerre, qu’Israël intensifierait son soutien en lui fournissant également des armes offensives. Cependant, Israël s’est abstenu par crainte de provoquer la colère de la Russie, ce qui a profondément déçu les Ukrainiens. Des rapports récents ont laissé entendre qu’Israël avait transféré à l’Ukraine des systèmes de défense de type « Patriot », mais il s’est avéré qu’il ne s’agissait pas d’une aide directe, ces systèmes ayant été remis aux États-Unis, qui les ont eux-mêmes transmis à l’Ukraine. L’opinion publique ukrainienne a soutenu Israël après le massacre du 7 octobre, et, de manière générale, le pays a ressenti une solidarité profonde avec Israël.

Le président de la commission sur l’immigration, l’absorption et la diaspora, le député Gilad Kariv, a vivement critiqué le vote israélien, déclarant que « la position d’Israël contre l’Ukraine est un signe de déshonneur tant sur le plan des valeurs que sur celui de la morale. Le jour où le monde commémore le troisième anniversaire de l’attaque russe contre l’Ukraine, l’État d’Israël choisit de voter contre le côté attaqué. Il s’agit d’un échec moral et de l’adoption d’une position qui, en fin de compte, pourrait nuire à l’État d’Israël. Le monde libre doit se tenir aux côtés de l’Ukraine et ne pas récompenser, par des distinctions, un État agresseur, de manière à défendre les valeurs fondamentales de souveraineté et de démocratie. »

Rav Henri Khan, le 25 février 2025

1 Mar 2025


Des élites hors sol, vraiment ?

Il y a longtemps que nous n’avions pas été autant secoués, nous, les anti-antiaméricains, nous, toujours prêts à rappeler l’aide de Wilson en 1918 et de Roosevelt en 1944; nous, qui étions aux côtés de Truman contre la Chine et le monde communiste en Corée; nous, qui réflexion faite, n’étions pas aussi sûrs qu’il y a 50 ans de la légitimité de la soi-disant « lutte de libération nationale » menée par les communistes vietnamiens; nous, enfin, qui croyions que l’OTAN était notre parapluie bienvenu contre les milliers de têtes nucléaires soviétiques puis russes.

Un vertige nous saisit devant la succession rapide d’événements ou d’annonces d’événements. Trump envoie un ultimatum au Hamas. Il fallait remettre tous les otages, oui tous, le samedi suivant – c’était le 15 février. Sinon, ce serait l’enfer. Mais rien ne se passa ce 15 février. Trump n’invoquait plus l’enfer. Ni lui, ni personne.

La veille à Munich, James D. Vance, son vice-président, avait sans vergogne donné une leçon de démocratie aux Européens qui selon lui, piétinaient la liberté d’expression. On ne pouvait annuler une élection (les présidentielles de Roumanie, par exemple) pour cause d’ingérence d’un Etat étranger dans la campagne et l’on pouvait comparer l’exigence d’un minimum de régulation sur les réseaux sociaux à la censure jadis pratiquée dans  les Etats totalitaires !

La « dernière » de l’équipe Trump (last but not least, sans doute) fut de souligner le caractère non démocratique de la présidence ukrainienne. Zelensky était un quasi dictateur qui régnait sans passer par un processus électoral. Pire: c’est ce personnage refusant de se soumettre à l’épreuve des élections qui avait déclenché la guerre en Ukraine !

Voilà probablement le plus gros mensonge proféré par Trump. Mais pourquoi pas? Nul n’est tenu de parler vrai. Toute tentative de réguler les débats par référence à l’expérience et à l’exigence de logique est assimilable à la censure et une atteinte à la liberté d’expression.

Sombres jours…

Nous payons sans doute des années de parasitisme, des années à profiter des dépenses et des efforts de l’Amérique pour nous épargner de nous serrer la ceinture et de mettre en cause notre sacro-saint pouvoir d’achat. Cette posture, exigée par la gauche politique et syndicale, avait en un autre temps été dénoncée (de manière non exclusive il est vrai) par Marc Bloch. Mais qu’importe : bientôt au Panthéon, totémisé et sacralisé, celui-ci flattera notre bonne conscience et on oubliera ses critiques comme on a oublié Munich et le traité de 1938 tout autant que le refus, seize ans plus tard, d’une Communauté européenne de Défense par les gaullistes et les communistes.

Oui : sombres jours pendant lesquels le déclenchement par Vladimir Poutine d’une guerre contre l’Ukraine pour la punir de se tourner du côté de l’Europe libérale et démocratique n’a jusqu’ici entraîné que de faibles réactions européennes et un silence obstiné de nos révolutionnaires et de nos souverainistes.  Ceux-ci, disent vouloir seulement ce que veut le Peuple, scandaleusement méprisé par des «élites hors sol», européennes et même mondialisées. Mais «élites» n’est pas un gros mot : ne voit-on pas que la scène politique est en effet mondialisée? Qu’à 3000 km de la France sont venus combattre des soldats nord-coréens ? Et que Poutine tente de s’installer dans les anciennes colonies françaises? Ne voit-on pas qu’il est facile de s’en prendre à l’Europe quand surgissent des difficultés mais que l’architecture complexe de l’Union européenne est bien utile à chacun des pays qui la composent s’ils veulent compter sur la scène internationale? Mieux vaut avoir alors quelques notions d’économie, de commerce – comme en ont les « élites » – et si possible maîtriser quelques langues – comme certains parmi ces « élites ».

La volonté du peuple s’exprime non par l’approbation passionnée d’un leader vedette comme cela peut se faire dans un stade de football ni en agitant des épouvantails comme au guignol mais par des élections précédées de débats honnêtes entre citoyens informés en vue d’un choix pluraliste, bref des élections garanties par un état de droit. L’ « expression libre » c’est-à-dire en l’absence de règles  comme la conçoit M. Vance, ou l’acceptation des seuls candidats inoffensifs pour le pouvoir comme le souhaite M. Poutine, rejoignent la conception de la politique que nos souverainistes, nationalistes ou révolutionnaires, défendent. Sous couvert de soumission à la voix du Peuple, ce sont autant de machines de guerre qui visent la destruction de la démocratie libérale. Il convient de s’armer contre elles, intellectuellement, politiquement et militairement.

Pierre Rigoulot, le 26 février 2025

27 Fév 2025


« Tous les morts se valent »…  Que cache l’argument ?

L’article de Libération du 20 février invite à porter le même regard sur les enfants israéliens otages assassinés et sur les enfants de Gaza victimes des bombardements israéliens.

«Ariel, Kfir, et Shiri… sont aussi le symbole tout entier, au-delà des frontières et de la douleur nationale, de l’innocence perdue et de la violence de cette guerre. Au moins 15 000 enfants sont morts en Israël et Palestine ainsi qu’au Liban depuis le 7 octobre 2023 selon l’Unicef, l’écrasante majorité à Gaza.»

C’est là une façon vicieuse de faire porter le même regard sur le pogrom barbare du 7 octobre et sur la riposte de l’armée israélienne contre les barbares du Hamas qui se cachent au milieu d‘une population civile qui ne les rejette pas.

Quand j’y repense, je me dis : heureusement que la chanteuse Barbara a chanté « car les enfants ce sont les mêmes à Paris et à Göttingen » après la guerre, c’est-à-dire après que l’Allemagne nazie ait été bombardée, ait été vaincue, et soit grandement revenue du nazisme.

Et heureusement qu’elle n’a pas chanté en 1944 « car les enfants ce sont les mêmes, à Auschwitz et à Nuremberg ».

L’idée ne lui en est sans doute pas venue, car à cette date, elle était une enfant juive cachée pour échapper à Auschwitz.

André Senik, le 21 février 2025

25 Fév 2025


[Rencontre/Débat] Le Venezuela sous Maduro

Conférence 21 février 2025

Diàlogo por Venezuela a le plaisir de vous convier à la rencontre débat sur Le Venezuela sous Maduro, caractérisation d’un régime autoritaire au XXIe siècle. Contractualisime mafieux: trust politique ou consortium civico-militaire ?

Les intervenants seront Marí Sol PÉREZ SCHAEL et Pierre RIGOULOT.

Lieu: Maison de l’Amérique latine, 217 Boulevard Saint Germain 75007 Paris

Date: Vendredi 21 février 2025 à 19h

12 Fév 2025