Derrière le conflit territorial, le fanatisme islamiste

Vu par le petit bout de la lorgnette, le conflit israélo-palestinien est territorial : une population arabe vivant en Palestine, un territoire sous mandats variables, se considère depuis toujours comme partiellement envahie par une population juive à laquelle elle refuse le droit d’y habiter.

Depuis 1948 la création d’un État juif et d’un État arabe se partageant le territoire a été refusée unilatéralement par les États Arabes.

La cause de ce refus est l’islamisme.

C’est ce fanatisme religieux islamiste qui rend la coexistence impossible.

Les fanatiques religieux juifs qui revendiquent – eux aussi- l’intégralité de la Palestine aggravent le différend mais ils ne sont pas les responsables des échecs de règlements antérieurs.

Il ne s’agit donc pas d’une guerre de religions entre le monde judéo-chrétien et le monde musulman. Il s’agit d’une guerre de l’islamisme au monde libre. Ceux qui en Occident (tel Éric Zemmour) présentent ce conflit comme une guerre de religions opposant l’Occident judéo-chrétien à l’Islam adoptent le même point de vue que leurs ennemis.

En réalité l’islamisme contemporain mène la troisième offensive mondiale contre le monde libre, et contre la liberté, après le communisme et le nazisme.

Ces trois idéologies ont en commun de ne pas reconnaître l’humanité de leurs ennemis, et de lever toutes les inhibitions civilisationnelles au déchainement de la barbarie.

La violence barbare des islamistes du 7 octobre n’a nullement pour cause la situation des habitants de Gaza.

Pas plus que la violence barbare des pogromistes d’avant la seconde guerre mondiale n’avait pour cause le comportement des Juifs à leur égard.

L’islamisme est la cause de sa barbarie.

Sa violence barbare a d’ailleurs connu des précédents qui éclairent cette déshumanisation : les atrocités commises en 1572 lors de la Saint-Barthélemy par des chrétiens catholiques contre les chrétiens protestants sont foncièrement de même natureSont coupables toutes les idéologies qui nient l’humanité de leurs « autres », et qui poussent à la jouissance transgressive de déshumaniser ces autres.

Si nous nous bénéficions en France de la sortie de ces guerres de religion, nous le devons au triomphe du principe de tolérance, à la séparation entre l’État d’un côté et, de l’autre, les religions et les idéologies, et finalement à la sécularisation des religions et des croyants.

L’évolution des catholiques s’est faite dans ce sens et elle a rendu possible leur coexistence avec les protestants et avec les Juifs.

La laïcité est la voie à suivre.

Il est hautement souhaitable que l’État d’Israël suive la même évolution, afin que la religion reste là-bas à la place qui devrait être la sienne, sans imposer son sacré particulier à la société et au reste du monde.

Cette évolution n’est pas impossible.

Tout deviendrait possible si le monde musulman suivait la même évolution.

On n’en est pas là.

Les démocraties libérales qui composent le monde libre doivent donc s’organiser pour pouvoir se défendre contre leurs ennemis archaïques et potentiellement barbares.

André Senik

18 Nov 2023


LA MOIRE DES ENTREPÔTS DE LA DÉPORTATION DE LA SNCF (II)

Au cours de notre périple, nous n’allions rien voir : seulement imaginer. Les « collabos » et les nazis passaient un simple coup de fil et les petits fonctionnaires responsables du tri fouillaient à l’intérieur des amas de minuscules appartenances ce qui les intéressait, pour les satisfaire immédiatement. C’étaient des serviteurs zélés des crimes ordonnés ailleurs, ou ici même. La vie continuait, comme avant.

C’était une ruche, avec son cortège de camions (il en arrivait un tous les quarts d’heure, avec les biens saisis dans les appartements des internée, puis déportés) et de wagons, formés en convois qui mesuraient environ 750 mètres, qu’il fallait remplir à ras bord avant de les envoyer en Allemagne (il y en a eu près de 1000 pendant toute la durée de l’Occupation).

Des halles, en fait, avec des entrepôts de toutes sortes, curieusement administrées par l’armée italienne sur une partie. Ou un gigantesque marché aux puces. Tout était conservé, à la différence des hommes, des femmes et des enfants qui, eux, pouvaient -devaient- être exterminés. La dispersion de leurs rares biens était sans doute destinée à faire disparaître ces témoins muets, éternels, des morts en déportation.

Ce silence devait devenir éternel. Malgré tous ceux qui assistaient à ce va-et-vient, les participants bien sûr, mais aussi les spectateurs, ceux qui voyaient tout depuis le métro aérien, passant pratiquement au-dessus. Et puis il y a eu la rénovation moderne, celle entreprise par le « collabo » puis « résistant » François Mitterrand, président de la République durant quatorze ans, qui entreprit, avec sa « Très grande bibliothèque », baptisée après « Bibliothèque François Mitterrand », d’enfouir tout cela sous des tonnes de béton et ses quatre gigantesques tours qui devaient, selon son architecte, Dominique Perrault, symboliser des livres ouverts (en équerre !). Un grand quotidien allemand titrait alors : « Mitterrand enterre la mémoire de la collaboration » Pourquoi un journal allemand ? Parce que, en France, jusqu’en ce mois de juillet 1995, au cours duquel Jacques Chirac, dans un discours rédigé par Christine Albanel, reconnaissait enfin la responsabilité indélébile de la France (j’étais présent : je n’en croyais pas mes oreilles), régnait le silence.

Mitterrand n’a pu mener son souhait d’oubli systématique jusqu’au bout. Il restait les « frigos », au sud de l’immense et impersonnelle bibliothèque. C’était une grande halle très allongée, qui servait à conserver les fleurs ou encore la viande entreposées là. Et les livres. Un grand bâtiment surmonté d’une tour blanche en a été le gardien. Peut-être même le précurseur de la bibliothèque mitterrandienne, une opération de prestige présidentiel destinée, en théorie, à soulager la Bibliothèque nationale de la rue de Richelieu, le siège historique, du trop-plein de livres et de documents. Pendant la construction de la très grande, personne n’avait pensé aux livres qui avaient été déposés autrefois juste en face. Et pourtant, il y en avait une quantité considérable : ceux qui avaient été volés aux Juifs après la rafle du Vel d’Hiv’ et les autres, moins connues, qui avaient eu lieu partout en France. Leur destination, c’était… l’Allemagne, où les nazis avaient pour projet de bâtir un musée contenant les témoignages sur les membres de ce peuple qui devait être éradiqué de la surface de la terre. Pour prouver au monde que c’était bien eux, les nazis, qui avaient réussi cette tâche, si souvent entamée et jamais menée jusqu’à son terme.

J’éprouvais une sensation de vertige en entendant Claude me raconter cela. C’est moi qui ai retrouvé la rue des Frigos, où il cherchait une plaque, invisible ce dimanche-là. Dans cette rue, l’on avait aménagé des ateliers d’artistes et des salles d’expo, sans doute dans le but de perpétuer une activité qui eût, inconsciemment, quelque chose à voir avec la culture.

Car qui savait ? Plus personne, hormis Claude, l’ancien cheminot, qui avait dû ruminer l’horreur tous les jours pendant tant d’années, remuant par ses questions indiscrètes, bousculant les dirigeants syndicaux, surtout les communistes qui préféraient glorifier une résistance tardive, parfois insuffisamment solidaire avec les déportés (et leurs biens !) acheminés dans les trains vers les camps. Les services de transport, ceux de la SERNAM, étaient désignés ironiquement sous le nom de « Buchenwald ».

Plus au sud encore, le site de la faculté de Tolbiac était surnommé le « shtetl », comme ces anciennes bourgades juives d’Europe de l’est, celles que décrivent les contes de Sholem Aleikhem et de tant d’autres écrivains, anciens ou plus contemporains, tels les frères Isaac Bashevis Singer et son Israel Joshua Singer, ou les tableaux oniriques de Marc Chagall avec sa belle Bella les survolant comme une bienveillante sorcière, s’en échappant avec lui. Là se retrouvaient, dans ce qui avait été un entrepôt et un centre de tri, des Juifs sortis temporairement du camp de Drancy, sous le prétexte ou l’illusion que leur vie allait être moins dure, mais ce n’était pas le cas.

Il nous fallait arrêter ce périple dominical sous canicule : trop chaud, trop émotif. Nous devions retourner dans des endroits où la mémoire serait moins prenante, tels le complexe de cinémas appelé « Bibliothèque » ou le gigantesque, ultra-moderne et branché incubateur de start-up inauguré par Emmanuel Macron, un jeune président pas du tout marqué par ce passé.

Nous devions quitter le périmètre de la gare d’Austerlitz, en nous réservant l’éventualité d’y retourner ultérieurement, nous promettant d’aller dans des gares de province où il ne restait que d’infimes traces de camps et de lieux de déportation, comme la gare de Nexon, près de Limoges, que Claude connaissait bien, où avait été interné en 1943 mon oncle David, avant d’être conduit lui aussi à Drancy.

Ici, c’étaient des hommes et des femmes et des vieillards et des enfants qui avaient séjourné avant leur mort à l’est. Pour cela, la SNCF avait dû présenter des excuses et procéder à certaines compensations, suite aux dénonciations d’abord du dirigeant des Verts Alain Lipietz, dont le père avait été déporté, puis des menaces de procès brandies par des avocats juifs américains, au nom des survivants ou des descendants de sacrifiés par les nazis, les « collabos », et leurs machines de transport, dans des conditions dignes non pas d’êtres humains, mais de bétail, et encore… Sous nos pieds, il n’y avait eu que des objets, la plupart disparus, certainement brûlés pour la plupart.

En quittant la zone, Claude et moi emportions sur nos vêtements et dans nos cœurs, dans notre âme, l’odeur de cet holocauste des objets,  indélébile, malgré les années passées et les tentatives désespérées de leurs auteurs et leurs complices pour les effacer à jamais de la face de cette terre.

Jacobo Machover

12 Nov 2023


J’irai à la manif de dimanche contre l’antisémitisme

– Bien que l’antisémitisme y sera dénoncé de manière vague et abstraite, sans la moindre référence à l’influence qu’a, sur son développement actuel, le fanatisme religieux islamiste;

– bien qu’on n’y défendra pas ouvertement Israël, victime d’une attaque monstrueuse de la part du Hamas le 7 octobre dernier, attaque  justifiant la guerre que lui fait en riposte l’Etat juif;

– bien qu’on n’y dénoncera pas l’usage par le Hamas des hôpitaux, des écoles et des logements de particuliers pour abriter ses actions terroristes;

– bien qu’on n’y appellera pas à la libération des femmes et des hommes retenus comme otages par le Hamas,

je participerai à la manifestation du dimanche 12 novembre pour montrer mon attachement aux valeurs et aux principes des démocraties libérales alliées à Israël, notamment la tolérance et la laïcité.

Pierre Rigoulot

12 Nov 2023


NEUF THESES SUR LE CONFLIT ISRAEL-HAMAS

1) Un mort vaut un mort, une mort ne vaut pas une mort. Prétendre le contraire est au mieux de la stupidité, plus probablement une manière de justifier le massacre des Juifs.

2) Ne pas voir que le crime contre l’humanité du 7 octobre est un événement inouï, sans précédent aucun dans certaines de ses modalités, pour les Juifs comme pour le monde, revient à donner raison à Jean-Marie Le Pen: que sont les chambres à gaz (deux millions de morts) sinon un « point de détail » dans une Seconde guerre mondiale qui en fit au moins 60 millions, dont de très nombreux enfants allemands et japonais? Pourquoi en faire tout un plat?

3) 8 Français sur 10, et 99 % du milliard de musulmans se révèlent de fait d’accord avec JM Le Pen sur ce point de détail. Ça m’effraie, pour moi, pour eux, pour le monde.

4) Abolir la distinction entre agresseur et victime, entre crime prémédité et morts collatérales, c’est: -se condamner à ne plus rien comprendre ni aux guerres, ni à la violence en général

-faire exploser une réflexion sur la guerre juste ou injuste, sur ce qui est permis et interdit dans un conflit, qui remonte à l’Antiquité, et qui est à la base de l’ensemble du droit international, de l’ONU, de la Justice internationale, et de dizaines de traités essentiels du XX ème siècle

-en réalité, sous prétexte d’humanisme et de pacifisme, rétablir la loi de la jungle, où tout sera permis, puisque tout sera mis sur le même plan.

Dénoncer à égalité tous les morts de toutes les guerres

serait une position valable s’il y avait la moindre chance de mettre réellement fin aux guerres présentes et à venir. Est-ce réaliste en 2023 ?

Car sinon, cela aboutit à rejeter indistinctement agresseur et agressé – et donc à donner une prime au premier. Cela conduit aussi à abolir le droit de la guerre, qui circonscrit ce qui y est admissible pour mieux proscrire ce qui ne l’est pas (le principe général en est simple : toutes les souffrances infligées qui n’ont pas d’efficacité en vue de l’acquisition de la supériorité sur l’adversaire). Cela signifie que les « dommages collatéraux » sur les populations civiles (enfants compris) ne sont pas des crimes de guerre (contrairement à ce que beaucoup d’ignorants et de militants prétendent), à condition que tout soit fait pour les limiter au maximum. Mais sans que cela aboutisse à l’impossibilité de mener une guerre.

Les précédents historiques sont intéressants à considérer. Les pacifistes intégraux des années 1930 se sont pour la plupart ralliés à Pétain, qui voulait le rétablissement de la paix et la réconciliation avec l’Allemagne, contre le va-t’en-guerre De Gaulle. Les pacifistes des années 1950-1960 ont été pour une large part attirés dans le Mouvement de la Paix, dirigé par le PCF, qui prônait le désarmement de l’Ouest (nucléaire en particulier) sans du tout se préoccuper ce celui de l’Est.

5) « Israël est tombé dans le piège du Hamas » en attaquant Gaza. Sans doute, et Israël le sait parfaitement. Mais quelle est l’alternative? Se soumettre à l’horreur? Ce serait accorder la victoire au Hamas, qui le proclamerait bruyamment, et triompherait définitivement auprès de l’ensemble des Palestiniens. Ce serait encourager le Hezbollah à attaquer Israël. Ce serait pousser vers le pouvoir les djihadistes dans l’ensemble du monde arabo-musulman. Ce serait encourager les crimes antisémites partout dans le monde.

Mieux vaut être détesté mais craint que jouir d’une certaine sympathie en étant méprisé. Cela vaut pour les pays comme pour les individus. Au diable donc l’opinion mondiale ! A-t-elle sauvé les Arméniens du Karabagh de l’épuration totale?

6) Si Israël fait exploser le piège, en même temps que les immeubles et les tunnels du Hamas, la leçon sera reçue par les agresseurs potentiels, et pas seulement au Moyen-Orient. Le crime ne paie pas. La prudence du Hezbollah s’explique déjà ainsi.

7) En conséquence, ceux qui s’époumonent « cessez-le-feu immédiat » sont au mieux des idiots, au pire des criminels qui ne visent qu’à la destruction d’Israël (et pas seulement de Netanyahou, ou des colons de Cisjordanie).

8) Il conviendrait plutôt de manifester notre soutien aux courageux soldats israéliens, qui, comme les non moins braves soldats ukrainiens, combattent et sacrifient leur vie pour défendre des valeurs d’humanité et de liberté (des peuples, mais aussi des individus) qui font ici largement consensus. Ou alors veut-on encourager la coalition des dictateurs et des fanatiques qui n’ont de cesse de les miner?

9) L’antisionisme est une notion généralement utilisée à contresens. Avant 1948 (création d’Israël), c’était une position largement partagée chez les Juifs – il fallait se battre contre l’antisémitisme là où on se trouvait, sans se « réfugier » dans un Etat juif. Aucune confusion possible avec l’antisémitisme. Cette position fut hélas explosée par le nazisme, via la destruction de la majorité de ceux qui la prônaient. Après 1948, l’antisionisme ne peut plus signifier que la volonté de détruire l’Etat d’Israël. D’où la confusion très large avec l’antisémitisme. Car, même si l’on admet qu’il y a eu au départ une injustice à l’encontre des Arabes palestiniens (injustice elle-même délicate à évaluer), n’est-ce pas le cas de la plupart des Etats du monde de s’être construits sur le dos d’un ou plusieurs peuples? Pourquoi réserver au seul Israël le « privilège » de devoir en être sanctionné par son élimination pure et simple? Par contre, critiquer même durement le gouvernement israélien, rejeter telle ou telle politique (en particulier l’installation de colonies juives en Cisjordanie), ce n’est pas de l’antisionisme – et beaucoup d’Israéliens le font.

Rappelons à ce point de vue qu’Israël comporte une très importante minorité arabe (20% de la population), qui jouit de la plupart des droits de la majorité juive (parler d’apartheid n’a aucun sens), alors que plus aucune minorité juive ne peut vivre paisiblement dans un quelconque pays musulman, à l’exception partielle du Maroc.

Jean-Louis Margolin

(crédit image: https://en.wikinews.org/wiki/File:Israel_vs_Hamas.png)

10 Nov 2023


LA MÉMOIRE DES ENTREPÔTS DE LA DÉPORTATION DE LA SNCF (I)

Les nazis, avec la complicité très active du régime de Vichy du maréchal Pétain, ont déporté vers les camps de la mort des dizaines de milliers de Juifs, parmi lesquels mon oncle David et mon grand-père maternel Yankel. Mais ils ont aussi pillé leurs pauvres biens matériels, tout ce qu’ils ont pu prendre, des livres aux câbles électriques qu’ils ont trouvés à leur domicile.

Un dimanche d’été, en pleine canicule, Claude (ou Sandor, son prénom d’origine hongroise) m’amène sur les lieux de ces crimes matériels : un immense territoire ayant appartenu ou appartenant encore à la SNCF, situé tout autour de la gare d’Austerlitz dans le 13ème arrondissement de Paris.

Claude est mon ami depuis qu’il participe, en même temps que moi, aux deux marches hebdomadaires organisées par les Ukrainiens de France contre la barbarie des Russes de Vladimir Poutine. C’est leur président, Jean-Pierre Pasternak, qui nous a présentés l’un à l’autre. Depuis, tout en défilant, nous passons notre temps, sauf au moment de la minute de silence en hommage aux morts ou pendant la reprise de l’hymne national, à évoquer le passé et ses combats, dans une perspective résolument libertaire, avec des éloges communs à Nestor Makhno et une grande admiration (que je ne partage pas vraiment) pour Buenaventura Durruti. Toujours est-il que nous affichons notre haine (doublée de mépris) envers le fascisme, la nazisme et le franquisme, mais aussi (ce qui est plus original car moins ouvertement proclamé) à l’égard du stalinisme et du communisme en général, trotskisme et castrisme compris.

C’est un syndicaliste ouvrier, comme il aime à se présenter. Il a travaillé pendant plus de trente ans comme chef aiguilleur aux Chemins de fer du sud-ouest, dont le siège se trouve place Valhubert, devant la gare d’Austerlitz. C’est là, en face du Jardin des plantes, que nous commençons notre périple dominical. Je lui avais glissé, en effet, que dans l’enceinte de la gare, je n’avais jamais réussi à localiser les lieux et les voies d’où partaient les déportés vers les camps de transit, direction Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande, avant Auschwitz, Majdanek ou Sobibor.

Il en restait seulement une plaque discrète, la plus discrète possible. Il avait décidé de me montrer autre chose, un aspect largement inédit : l’évidence du pillage des biens des Juifs. 

Derrière le fronton de l’administration du « chemin de fer d’Orléans », place Valhubert, un bâtiment malheureusement fermé ce dimanche après-midi, la SNCF cache un passé inavouable, comme bien des aspects qui touchent à cet « État dans l’État », comme l’affirme Claude, propriétaire, avec l’Église (les dirigeants de la Société nationale des chemins de fer étaient d’ailleurs de fervents catholiques, pour la plupart), d’un énorme patrimoine sur toute la superficie de Paris  Il y a, derrière les lourdes portes, un grand théâtre, où autrefois se produisait la compagnie « L’Équipée », devant un parterre composé non seulement des cadres de la compagnie mais aussi, pendant l’Occupation, d’officiers de la Wehrmacht, des hommes très cultivés, comme tout le monde le sait,  capables de regarder pendant des heures une adaptation de la pièce de Paul Claudel, Le soulier de satin. Les acteurs (étaient-ce des cheminots ?) n’avaient pas honte : ils offraient à leurs maîtres, les vainqueurs, une pièce emblématique du répertoire français. Je commençais à ressentir un profond dégoût mais je ne me rendais pas compte encore de la tournure qu’allait prendre cette terrible promenade. Je cherchais les traces de personnes disparues. Mais c’est des biens qui leur appartenaient qu’il s’agissait. Or, ce n’était pas moins angoissant : derrière les objets, il y avait les morts en déportation.

C’était sur les voies 5 à 7, quelque peu à l’écart des autres voies, celles qui emmenaient les voyageurs réguliers vers leurs lieux de destination, que les déportés étaient dirigés vers les camps du Loiret. Nous nous en sommes vite écartés. Tout cela était suffisamment documenté et je ne pouvais qu’imaginer les souffrances de ces pauvres gens disparus. D’ailleurs, aucun des miens, à ma connaissance, n’avait transité par là : pour eux, c’était Drancy ou avant, en zone d’abord dite « libre », Nexon.

Sur le quai d’Austerlitz, longeant la Seine, Claude m’a emmené voir d’immenses entrepôts, à présent à moitié désaffectés, sur lesquels trônait une plaque des autrefois fameux « Magasins généraux ». C’était l’un des endroits qui avait regroupé, après la rafle du Vel’ d’Hiv de juillet 1942, avec d’autres, ceux de la rue Bassano dans le 16èmearrondissement, ou le magasin Lévitan, dans le 10 ème, les meubles de toutes sortes, les bibelots, les assiettes, les couverts, les ampoules même, certaines œuvres d’art (pas les principales : celles-ci étaient entreposées au musée du Jeu de Paume, où les Allemands allaient se servir). Non, c’étaient seulement les témoignages du quotidien des Juifs de Paris et d’ailleurs. Alors, je me mis à penser à tous les membres de ma famille maternelle qui habitaient auparavant la cour du 100 rue de Charonne, dans le 11ème arrondissement, dans de petits appartements loués : eux aussi avaient été dépouillés du peu qu’ils possédaient, s’ils possédaient quelque chose. Des dizaines de milliers d’appartements avaient été pillés, une fois leurs occupants partis en fumée.

Et personne n’avait pensé à indemniser les survivants ni leurs descendants. Aucun n’avait dû d’ailleurs en faire la demande : la valeur des spoliations devait être insignifiante. Mais, tout de même, les autorités auraient pu faire un geste. Une réparation, même symbolique.

(à suivre)

Jacobo Machover

5 Nov 2023


Considérations à discuter entre amis

Israël a deux problèmes.

La guerre qu’Israël doit mener et gagner contre le régime islamiste du Hamas ne doit pas lui faire perdre de vue le conflit territorial entre le peuple israélien et le peuple palestinien, car l’islamisme profite de l’absence d’un État palestinien, qu’il a lui-même rendu impossible en poignardant l’espoir né à Oslo.

Israël a pour tâche prioritaire et indiscutable de détruire ou de réduire le régime du Hamas, tout comme les Alliés devaient détruire le régime nazi.

Cela ne signifie pas éradiquer l’islamisme, qui est une idéologie conquérante mondiale et pour certaines populations, une identité aux racines religieuses et nationales.

Le nazisme et le communisme étaient des religions séculières mais pas des identités anthropologiques.

Faire renoncer massivement les musulmans à l’islamisme revanchard et conquérant prendra peut-être des siècles.

En attendant, il faut se défendre contre cet islamisme conquérant, au-dehors et au dedans de nos sociétés.

Mais Israël (et ses alliés) ont une autre tâche : proposer aux Palestiniens un avenir acceptable (un État à eux) à la condition sine qua non qu’il ne menace pas Israël de disparition.

Même si les conditions de cette solution à deux États ne sont pas réalisables aujourd’hui, l’État d’Israël pourrait proposer unilatéralement cette issue, à la condition que l’État des Palestiniens offre les garanties de ne pas devenir une menace mortelle pour l’État d’Israël ni un agresseur pour d’autres.

La première de ce ces conditions est l’existence de deux partenaires soutenant ce principe, avec les déplacements de population qu’il suppose.

Côté israélien, ce changement politique bouleversant n’est pas définitivement inenvisageable à court ou moyen terme

Côté palestinien, il faudrait un changement radical des mentalités, l’apparition d’un Nelson Mandela, et la bénédiction de certains États arabes pour le parrainer.

Mais il n’est pas nécessaire à Israël d’attendre que ces conditions soient remplies du côté palestinien pour présenter cette perspective aux Palestiniens.

À vous lire

André Senik

Faire renoncer massivement les musulmans à l’islamisme revanchard et conquérant »  n’est pas un des « deux problèmes d’Israël ». 

C’est un problème de l’Humanité toute entière — et de l’Islam lui-même pour commencer.

Le « processus » que vous évoquez prendra moins de « siècles » si   l’humanité « infidèle » ou athée le prend à bras le corps collectivement  et définit  son agenda en se concertant avec l’Islam et l’Arabe du futur : fût-ce encore confusément ou à reculons, chaque jour un peu plus de musulmans manifestent le désir de trouver leur place dans l’Humanité des Lumières, celle que l’Occident tend promouvoir à l’encontre de ses obscurantistes internes  (« réactionnaires » chrétiens, juifs, musulmans ou païens et millénaristes « progressistes » wokistes, droitsdelhommistes et marxistes conscients et inconscients).

Pour que l’Humanité non musulmane (théiste, agnostique et athée) parvienne d’abord à s’unir puis à se concerter avec les musulmans éclairés pour mieux moderniser/rationaliser l’Islam traditionnel, encore faut-il que :

a) elle se modernise/rationalise elle-même en se  défiant  des « demi-habiles » et des « demi-savants » comtistes et laïcards qui l’incitent à croire que la religion ne saurait être qu’irrationnelle et que le  moyen le plus efficace pour lutter contre l’irrationalité  religieuse est de faire de chaque croyant un athée et non de rationaliser patiemment, par le dialogue notamment, le contenu des religions traditionnelles ;

b) elle se dote des institutions adaptées à ce travail de rationalisation collectif autant que croisé.

L’Occident l’oublie facilement : l’obscurantisme athée a plus de destructions à son actif que l’obscurantisme juif ou chrétien et, à côté des Lumières matérialistes, des Lumières spiritualistes ont lui chez les Protestants comme chez les Catholiques et les Juifs qui ont contribué aux premières.

Le  retour aux Lumières dont nous avons besoin pour corriger les dérèglements de chacun sera mondial et il concernera les laïques aussi bien que les religieux ou il ne sera pas.

Jean-Pierre Airut

Cher André,

Une fois de plus, c’est toi qui a lancé le débat.

Merci.

L’heure est trop grave pour qu’on se taise et qu’on ne cherche pas des solutions à la situation actuelle au Moyen-Orient. Encore qu’il s’agira moins d’un débat en ce qui me concerne, qu’une approbation du leitmotiv de ton texte : la solution est à chercher dans la mise en place de deux Etats. Mais les problèmes posés par ce projet de deux Etats, sont immenses : la paix entre eux, et la sécurité de leurs citoyens doivent être garanties et même assurées. Sinon, l’Etat palestinien ne pourra pas être bâti aux côtés de l’Etat israélien. Il faudra donc trouver des formes de contrôles acceptés par les deux populations.

Il faut imaginer pour cela une force internationale puissante pour empêcher toute menée agressive de part et d’autre. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi – et c’est bien plus difficile à obtenir – des engagements, de part et d’autre, à ne pas développer de l’Autre une image haïssable comme c’est souvent le cas chez les Palestiniens et comme c’est le cas d’une minorité non négligeable chez les Israéliens.

Je ne crois pas qu’on puisse y parvenir rapidement. L’image du Juif est fortement négative dans le monde musulman et celui-ci, comme jadis les Etats communistes, pense par exemple définitives ses conquêtes et n’hésite pas à parler de  « terre d’Islam ». Il n’y a pas de terre d’Islam; il n’y a que des terres conquises au détriment d’une population antérieure. Et comme on ne remontera jamais à coup sûr au premier occupant, si l’on ne veut pas que le conflit  se prolonge, il faudra bien en passer par la reconnaissance légitime de l’Etat juif.

En attendant, il va falloir travailler activement à montrer que les thèses avancées par le Hamas sont ou fausses ou illégitimes, et qu’il n’est pas un adversaire des Israéliens mais une organisation  de type totalitaire, pratiquant le terrorisme, et visant, au delà de la destruction de l’Etat d’Israël, la disparition de tout Etat démocratique. Le problème est en effet mondial.

Pierre Rigoulot

24 Oct 2023


Je ne veux pas reprendre les interrogations que nous portons tous en nous : comment cela a été seulement possible? Comment la police et l’armée d’Israël ont pu être à ce point débordées ou même absentes et les services de renseignement aussi aveugles ?

Je ne le sais pas.

Et ce que je sais tient en peu de mots.

Une telle sauvagerie et un tel acharnement dans la haine supposent une vision de l’ennemi juif comme une incarnation du Mal. Ces assaillants étaient habités par une sorte d’hyper-phobie. Ils avaient conscience d’être en face non pas d’êtres humains mais de rejetons du diable. 

Du haut de leurs certitudes, les assassins ou les kidnappeurs pouvaient jouir de les éliminer.

Indéniablement nous avons assisté au plein exercice d’une pensée totalitaire laquelle déshumanise toujours une partie de l’humanité. Comme le Traître et l’Ennemi, dans l’URSS de Staline ou la Chine de Mao le gamin ou la grand-mère d’Ashkelon n’étaient pas de simples adversaires mais des infra humains qu’on balaye comme des insectes et, le plus souvent, des sur-humains maléfiques dont l’élimination hisse leurs bourreaux au rang d’exécuteurs des Grandes Oeuvres de l’Histoire ou de la Parole de Dieu.

Cette journée du 7 octobre 2023 sera pour toujours celle d’une victoire, partielle sans doute, et momentanée, mais d’une victoire quand même de la pensée totalitaire que nous combattons au nom de la démocratie et de la dignité de l’être humain.

Pierre Rigoulot

9 Oct 2023


Nicolas Sarkozy : approximations, oublis et  complaisances

L’équipe d’Histoire  & Liberté a pris connaissance avec regret et indignation des propos tenus par Nicolas Sarkozy sur l’Ukraine et la Russie dans sa longue interview du Figaro du 16 août 2023. Nous publions ici quelques unes de nos réactions.

Nicolas Sarkozy, ancien Président de la République, vient de sortir sa plume pour préconiser une politique qu’il présente comme « réaliste » en Ukraine et qui  en réalité semble bien avoir été inspirée par les écrivailleurs du KGB.

Son analyse se singularise par d’immenses lacunes : le KGB n’est jamais évoqué ; il n’est jamais mentionné que Poutine et le KGB ont, progressivement depuis 2000, rétabli en Russie un régime totalitaire (non plus sous l’égide du marxisme  mais sous l’égide d’une idéologie impérialiste cette fois) ; ne sont jamais évoquées les alliances internationales que Poutine et le KGB ont conclues avec ces autres pays totalitaires que sont la Chine du Parti Communiste Chinois, l’Iran des Ayatollahs et la Corée du nord des Kim pour former un véritable bloc des pays totalitaires…

Ce bloc des pays totalitaires cherche à se déployer à-travers la planète et a déjà infligé, au cours des dernières années, des défaites successives à la démocratie en Syrie, en Crimée, à Hong Kong, en Afghanistan. Ce bloc des pays totalitaires soutient maintenant l’invasion par Poutine de ce pays démocratique qu’est l’Ukraine et il menace par ailleurs d’envahir cet autre pays démocratique qu’est Taïwan.

Loin de se référer à cet affrontement, pourtant manifeste, entre le bloc des régimes totalitaires et les pays démocratiques, Nicolas Sarkozy reprend à son compte l’argumentaire de Poutine lui-même selon lequel la Russie aurait une sorte de droit historique à replacer sous son joug les populations qui lui ont été soumises par le passé.  Dans la foulée, avec des arguments inacceptables et par des détours tortueux, il propose aux Ukrainiens (et aux pays démocratiques qui les soutiennent) de se résigner face à Poutine. Pas étonnant que Medvedev se félicite bruyamment de cet interview de Sarkozy.

La proposition de Nicolas Sarkozy est à la fois révoltante, atterrante et antipatriotique.

voltante. Nicolas Sarkozy vient donner un coup de poignard dans le dos de la population ukrainienne au moment où celle-ci résiste héroïquement depuis dix-huit mois au projet du KGB visant à s’emparer de leur territoire et à leur rétablir le totalitarisme.

Atterrante. Celui qui vient donner ce coup de poignard à l’Ukraine n’est autre qu’un ancien Président de la République française. Cela intervient après que François Filon (premier ministre pendant cinq ans de Nicolas Sarkozy) eut pactisé avec Poutine. Tout cela déshonore la France aux yeux de nos alliés et de nos amis ukrainiens. On ne peut que s’interroger sur les véritables raisons qui ont motivé Nicolas Sarkozy à écrire un texte qui réjouir aussi bien Poutine, Medvedev et le KGB. Le soupçon surgit que le KGB serait en capacité de faire basculer dans la collusion certains de nos plus hauts dirigeants (tout comme il y a réussi aux Etats-Unis avec Trump). 

Antipatriotique. Si, comme le préconise Nicolas Sarkozy,  on laissait les troupes de Poutine s’emparer impunément d’une partie de l’Ukraine (ou pire encore de sa totalité), ce seraient ensuite la Pologne, les trois pays baltes, la Moldavie, la Roumanie;;; dont les territoires et les institutions se trouveraient immédiatement menacés par Poutine et par le KGB avant qu’ultimement, ce ne soit le tour de l’Europe de l’ouest et de la France.

En Ukraine, ce qui est en jeu, c’est la souveraineté totale des Etats souverains (conformément aux statuts de l’ONU) et c’est aussi la survie de la démocratie sur notre planète. La population ukrainienne mérite le soutien indéfectible de nos pays démocratiques. Et Nicolas Sarkozy et autres influenceurs pro-Poutine ne doivent pas nous en détourner.

Jean Francart, le 19 août 2023

Sarkozy et lUkraine

Je reprends d’abord quelques propos de Nicolas Sarkozy.

L’échec (le fait que Poutine ne veut plus rien entendre) vient de loin. Il est séculaire.  

Sarkozy ignore donc la rupture radicale de 1917, la naissance d’un nouvel animal historique inconnu jusque là !  

Et je veux ici rendre hommage à Hélène Carrère d’Encausse, qui nous a hélas quittés. Elle a été une grande passeuse de l’histoire russe pendant quarante ans.  

Elle a avoué elle-même n’avoir rien compris notamment à Poutine. La nature de l’URSS (comme de n’importe quel Parti-Etat marxiste-léniniste) et celle de la mafia tchékiste actuelle est fondamentalement différente de la culture russe (comme de la civilisation chinoise, coréenne, cambodgienne, vietnamienne, laotienne, polonaise etc.)

Mais je reviens à votre question. Les Russes sont des Slaves. Ils sont différents de nous   

C’est fou ça ! Sarko croit aussi que les Chinois sont d’une autre espèce que nous ? A l’instar de tant de journalistes, intellectuels et politiciens des années 50 aux seventies ?  Il ignore vraiment à ce point à quels régimes et à quelles menaces nous devons faire face ?  

Je l’avais convaincu (Poutine) de retirer ses chars qui étaient à 25 kilomètres de Tbilissi.  

Il y croit vraiment semble-t-il ! No comment.

Il avait commencé à envahir la Géorgie. Mais dans le même temps, avec Angela Merkel, nous lui avions montré que nous étions conscients de ses lignes rouges. C’est pourquoi nous avions refusé l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Otan et ce malgré la forte pression américaine  

Quel aveu ! 

Nous ne voulions pas laisser Poutine dériver vers une paranoïa anti-occidentale  

La même erreur qu’avec l’URSS : Sarko ignore que la paranoïa est une composante essentielle de la psychopathie de Poutine et une composante indissociable de l’essence du système poutinien et de tout système d’inspiration marxiste et/ou nationaliste ; il est vain d’essayer de l’amadouer ou de l’adoucir. Elle ne s’arrête de tuer, de violer, de faire souffrir et de détruire que face à une force et à une détermination supérieures. La peur l’excite, les concessions la font ricaner.

qui est depuis longtemps la tentation des dirigeants russes  

Et de nouveau l’abus du mot “russe” et la mise sur le même plan des tsars et des dirigeants communistes et post-communistes ! Le problème n’est ni russe ni slave, il tient à un système psychopathe dont la 1ère mouture fut installée par Lénine & Co et qui se décline actuellement à-travers Poutine, Xi, Kim etc. Sarkozy semble ignorer que le psychopathe paranoïaque n’est sensible à aucune lumière mais peut faire semblant de l’être, parfois très intelligemment. 

Le complexe d’encerclement du Kremlin est une vieille histoire  

Oui, depuis que la terre est ronde ! 

Sur ce sujet les intérêts européens ne sont pas alignés sur les intérêts américains.  

Ils n’ont jamais été alignés mais ils se rejoignent plus que jamais ! Nous défendons la liberté et les valeurs humanistes, nous avons les mêmes ennemis et, que ça nous plaise ou non, nous Européens sommes toujours incapables de nous défendre sans l’appui américain !  

Trump de retour, c’est la mort de l’Ukraine !

La Crimée était russe jusqu’en 1954. Tout retour en arrière est illusoire.  

En vérité la population ukrainienne a clairement opté pour la création d’une démocratie sociale-libérale non plus trop corrompue, pour l’UE et pour l’OTAN et rejette, maintenant plus que jamais dans sa longue Histoire, la soumission au Kremlin, c’est ce retour en arrière-ci qui serait illusoire ! Tout le contraire de l’assertion de Sarkozy !

Une Ukraine et une Crimée libres, ce serait aussi une fameuse marche en avant pour la démocratie et une défaite significative pour ses ennemis, ce qui aurait des répercussions positives à long terme dans le monde entier !   

Néanmoins, avec regret, je crois constater que l’Ukraine ne pourra pas gagner la guerre mais aussi, avec espoir, que l’édifice poutinien a des fondations bien fragiles ; quoiqu’il en soit, il faudra un jour effectivement des pourparlers, des compromis, des concessions de part et d’autre (il y a sans doute des discussions informelles et secrètes) ; mais forcer d’emblée les Ukrainiens à renoncer à leurs droits et à la liberté de choisir leur destin, comme le prône Sarkozy, serait non seulement ignoble mais aussi la manière la plus stupide d’entamer des négociations. 

Affirmer au préalable que l’Ukraine “doit renoncer” à l’UE et à l’OTAN pour être un “trait d’union entre l’Est et l’Ouest” est un non-sens ; peu importe sa situation géographique, toute population a le droit naturel d’être libre, de se développer et de se démocratiser selon sa volonté et non pas comme si elle n’était qu’un conglomérat de territoires que des puissances supérieures déplacent ou sacrifient à leur gré. 

Suggérer qu’un accord international garantisse qu’elle ne court plus aucun risque d’agression me paraît infra-débile face au système poutinien, par nature menteur, destructif et expansionniste. Qu’il suffise de rappeler le mémorandum de Budapest du 5 décembre 1994 par lequel les grandes puissances dont la Russie se portaient garantes de l’inviolabilité du territoire ukrainien et de l’intangibilité de ses frontières contre la cession par l’Ukraine, alors 3e puissance nucléaire mondiale, de toutes ses armes de destruction massive à la Russie ! 

En géopolitique, la force et la détermination, surtout face à des monstres totalitaires, primera toujours le Droit tant qu’il n’y aura pas une instance supérieure universelle dotée de la capacité de faire respecter les traités, accords et conventions, par la force si besoin est. Si l’Ukraine avait conservé son armement nucléaire, peu de doute qu’il n’y aurait jamais eu de guerre d’agression ni d’annexions illégales !   

Pierre Druez  le 20  août 2023

Vous avez dit « Slaves »?

Dans son interview au Figaro, Nicolas Sarkozy adopte une posture qu’affectionnent les anciens Présidents de la République : celle du sage conseiller, qui parle vrai. Mais n’est pas sage qui veut. Sarkozy accumule nombre de banalités affligeantes. J’en relèverai une seule mais elle est d’importance puisqu’elle prétend donner la clef de toute analyse des options politiques de la population russe et de ses dirigeants. La dite clef n’est pas le concept d’empire ni le rappel des 70 ans de communisme ni la référence à la dictature sui generis actuelle avec son bourrage de crâne systématique, son acharnement contre les opposants, les menaces contre ses voisins, ses mensonges éhontés sur son passé et son présent. La dite clef n’a rien à voir non plus avec le KGB et le FSB. Si Poutine est Poutine et la Russie actuelle une ennemie acharnée de la démocratie, c’est qu’ils sont Slaves! Oui : Slaves !Des gens comme les Tchèques et comme les Polonais mais pas comme nous ! Cette conception ethnique de l’histoire eut cours en France au XIX ème siècle, propre par Augustin Thierry. Une conception abandonnée par presque tout le monde mais pas par l’ancien président de la République. Effet du sang des Magyars qui coule dans ses veines? Ces gens-là ne sont peut-être pas comme nous…

Sur une telle conception s’étend l’ombre du Général de Gaulle dont il faudra reconnaître un jour que sa vision du monde n’a pas eu qu’un effet positif sur la vision du monde de nos compatriotes.

De lui, Sarkozy a appris aussi qu’il y avait l’Ouest et l’Est – mélange politico-géographique jamais décrit par le gaullisme en termes de valeurs et de liberté, de démocratie face au totalitarisme ou d’état de droit face aux empires.

A l’est et à l’ouest de quoi, d’ailleurs ?

Sarkozy répond comme par hasard : de l’Ukraine. Ça tombe bien, vous ne trouvez pas, pour proposer la neutralité de ce pays ?

Je ne sais si l’on a besoin des Russes comme eux ont besoin de nous. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’a nul besoin de telles approximations – ethniques ou géographiques. Elles masquent seulement les fondements de notre vie politique, ceux auxquels on doit tenir comme à la prunelle de nos yeux : la sauvegarde de la liberté individuelle et la résistance au totalitarisme.

Pierre Rigoulot, 22  août 2023

(photo: Copyright by World Economic Forum swiss-image.ch/Photo by Moritz Hager)

22 Août 2023


(1) Ukraine

Amis lecteurs de notre blog,

Comme vous le savez, la guerre en Ukraine se poursuit. L’armée russe pilonne les villes et résiste semble-t-il aux efforts des Ukrainiens pour les déloger de leurs positions actuelles. En 1940, l’URSS de Staline avait fini de cette façon par épuiser les Finlandais, d’abord victorieux. Mais la grande différence avec aujourd’hui est que le monde occidental aide l’Ukraine alors que la Finlande avait du se contenter d’un appui seulement diplomatique. Il s’était notamment manifesté en décembre 1939 par l’expulsion de l’Union soviétique de la Société des Nations.

Cette aide apportée en 2023 au pays agressé doit être accrue. Et nos gouvernements ne sont pas seuls concernés. Chacun d’entre nous peut apporter de l’aide, en première ligne mais aussi derrière les lignes. Donner chacun quelques dizaines d’euros se traduira par davantage de produits pharmaceutiques, d’avantage de moyens de détection sur les lieux bombardés mais aussi de moyens de communication. Nous ferons appel à vous lors de nos réunions de rentrée. Certains de nos amis ont déjà multiplié les aller-retour de Paris à l’Ukraine. Aidons-les. Ne soyons pas seulement solidaires en paroles !

H&L

(2) l’internationalisation ?

La guerre menée par Poutine en Ukraine est longtemps restée limitée au sud et à l’est du pays En cette fin d’été les signes d’une internationalisation rampante se font jour :

– l’accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes a été rompu. Sont directement concernés un certain nombre de pays importateurs, notamment en Afrique du Nord. La Turquie, qui mène pourtant un jeu ambigu avec la Russie, a dénoncé la prétention russe à faire de la Mer noire une mer russe. Vieille rivalité.

– Les activités russes en Afrique s’accentuent notamment au Mali comme en Centrafrique.  Façon, en quelque sorte d’obliger les Occidentaux à moins concentrer leurs efforts sur le seul théâtre ukrainien.

– D’autres acteurs s’invitent dans cette crise et en confirment l’internationalisation croissante : la Corée du Sud qui a vendu des armes à l’Ukraine et la Corée du Nord. Non contente d’envoyer des ambassadeurs (sic) à Donetsk et à Lugansk, déclarés « indépendants » par Moscou, la Corée du Nord est soupçonnée par les Etats-unis de fournir des armes aux Russes contre des céréales dont la population manque tant.

Que la Corée du Nord abandonne son jeu de bascule traditionnel entre ses deux grands alliés, Russes et Chinois, c’est ce qu’on peut constater. La Corée du Nord penche du côté le plus agressif envers l’Occident. C’était déjà le cas pendant la guerre du Vietnam. Mais peut-elle aller très loin dans son alliance avec la Russie? Elle dépend économiquement  de la Chine, malgré ses prétentions à compter sur ses propres forces. Et Poutine ne peut guère se permettre très longtemps de « chasser » dans une zone de « protectorat » chinois malgré l’intérêt d’agiter le chiffon rouge d’un partenariat nord-coréen pour inquiéter les Occidentaux.

Le front s’est donc élargi. Il est moins « ukrainien » et plus politique,  opposant Etats totalitaires et démocratiques.

La grande absente de ce conflit est l’ONU dont deux membres du Conseil de Sécurité passent leur temps à contourner les sanctions (contre la Corée du Nord) qu’ils avaient eux-mêmes  votées, sanctions qui interdisaient notamment les exportations d’armes  et  l’envois de travailleurs manuels…

(3) 20 000 enfants ukrainiens aux mains des autorités russes

L’association Human Rights Without Frontiers ( HRWF) dont le siège est à Bruxelles, a publié le 31 août  dernier un bilan des enlèvements d’enfants ukrainiens vivant dans les zones occupées par l’armée russe. Environ 20 000 enfants sont concernés. Et sur ces 20 000 enfants, environ 400 seulement, ont pu jusqu’ici être récupérés, non pas à la suite de négociations avec les autorités russes mais d’opérations spécifiques menées par les Ukrainiens.

 Le 17 mars dernier, la Cour pénale internationale de La Haye  a lancé un mandat d’arrêt pour cette déportation  contre Vladimir Poutine et contre la commissaire russe aux droits des enfants, Marie Lvova-Belova, pour ces enlèvements illégaux. 

Human Rights Without Frontiers appelle la Russie à ne pas changer le statut personnel de ces enfants, à autoriser les familles ou les institutions nationales qui en ont la charge d’avoir accès à eux et à ne pas empêcher leur retour  auprès d’elles.

On notera que ce rapport rédigé en anglais, en russe et en ukrainien est accessible sur le site de HRWF https://hrwf.eu/российские-новости/

(1er septembre 2023)

(4) De « l’agression » à « l’emploi de la force »

Les dirigeants des pays du G20 n’ont finalement pas dénoncé l’agression russe en Ukraine lors de leur rencontre du 9 septembre dernier. Sous l’impulsion de l’Inde, le pays hôte, ils se sont contentés de dénoncer « l’emploi de la force visant à obtenir des gains territoriaux en Ukraine. Sans doute, l’allusion est assez claire pour que la Russie se sente visée. Mais que de précautions pour épargner un Etat qui n’en prend aucune pour épargner des civils ! C’est sans aucun doute un recul par rapport à la dénonciation  de l’agression russe formulée lors du sommet de 2022 à Bali.

(9 septembre 2023)

(5) Aide et prêt à faible intérêt de la Corée du Sud à l’Ukraine

Au sommet du G 20 qui s’est tenu récemment à New Delhi, le président sud-coréen Yoon Suk Yeol a annoncé une aide supplémentaire de son pays à l’Ukraine  de 2,3 milliards de dollars pour l’aider à « restaurer la paix » sur son territoire et à effectuer les reconstructions nécessaires  du fait de la guerre avec la Russie. La Corée du Sud versera d’abord 300 millions de dollars en 2024  sous la forme d’une aide humanitaire et le reste sous celle d’un prêt à long terme  à faible taux d’intérêt.

16 Août 2023


(1) Corée du Nord

La Corée du Nord n’en finit pas de nous horrifier. On apprenait ainsi,  il y a quelques semaines, que  Kim Jong Un, le n°1, avait donné l’ordre  aux Nord-Coréens de… cesser de se suicider ! Le taux de suicide serait en nette progression. Les malheureux habitants du pays, subissent, il est vrai, une violente oppression politique, la frontière avec la Chine est mieux « bouclée » que jamais. La pauvreté est le lot de beaucoup et la FAO, l’organisme de l’ONU pour l’alimentation, estime que 40% des habitants du pays manquent de nourriture.  

Kim Jong Un  a désigné le suicide comme un  « acte de trahison contre le socialisme. »

H&L

(2) Corée du Nord

Les régimes totalitaires en décomposition ou/et menacés cherchent à réactiver l’unité chancelante de la société qu’ils contrôlent dans le nationalisme.

La Corée du Nord multiplie ainsi actuellement les campagnes idéologiques en faveur de postures et de traits de la culture traditionnelle.

Aux efforts – limités, il faut le reconnaître – pour faire baisser le nombre des fumeurs, ont succédé, avec beaucoup plus de vigueur, cette fois, d’autres efforts pour faire baisser le tabagisme chez les femmes. Ce sont les femmes occidentales qui fument! Les femmes de la tradition coréenne nettoient le cendrier de leur mari. Elles ne se permettent pas de fumer elles-mêmes !

La chasse est donc ouverte contre celles qui, de fait, font la promotion de la « culture capitaliste » et tournent le dos aux « idéaux socialistes ».

En 2020 une nouvelle loi avait été promulguée pour mieux encadrer la production et la vente des cigarettes et pour élargir les espaces publics où il est interdit de fumer. Mais depuis cette année, des amendes  (30 000 wons, soit environ 3,30 euros) sont infligées – à des femmes! Et les punitions iront croissant en cas de récidives !

Kim Jong Eun, lui, se fait régulièrement photographier une cigarette à la main.  Il n’est pas soumis à la loi : il est La loi…

PR

(3) La Chine renvoie en Corée du Nord les réfugiés  qui s’en étaient échappés

Malgré les appels de diverses associations et de quelques gouvernements, Xi Jinping a commencé à rapatrier de force les Nord-Coréens qui avaient pu passer la frontière clandestinement. Le 29 août, deux autobus chargés d’environ 90 réfugiés nord-coréens appréhendés par la police chinoise ont passé le grand pont qui traverse le Yalou, de Dandong en Chine à  Sinuidju, en Corée du Nord.

On peut tout craindre : tortures, détentions et même exécutions en cas de contacts avec des pasteurs sud-coréens engagés justement dans l’aide aux réfugiés. 

P.R. (1er septembre 2023)

(4) Kim Gun Ok

Personne ne s’est interrogé sur l’origine du nom donné au sous-marin nord-coréen inauguré en grande pompe par Kim Jong Eun, le n°1 nord-coréen. La presse l’a présenté, sur les indications nord-coréennes, comme un sous-marin « nucléaire », ce qu’il n’est pas : d’une conception vieille d’un demi-siècle, il est à propulsion classique (diesel-électrique). Et on lui a ajouté six lance-missiles susceptibles de transporter des charges nucléaires tactiques.

Quant à Kim Gun Ok,  c’est le nom d’un « héros » de la guerre de Corée qui aurait coulé un bateau américain…lequel n’a jamais existé!

Décidément, beaucoup de théâtre et d’esbroufe dans cette affaire!

(9 septembre 2023)

(5) Exécutions publiques  en Corée du Nord

25 000 personnes de 17 à 60 ans ont reçu l’ordre d’assister, près de l’aéroport de Hyesan, en Corée du Nord, à l’exécution de neuf détenus (sept hommes et deux femmes), fusillées pour avoir organisé un réseau clandestin de vente de viande. Le réseau fonctionnait depuis environ quatre ans et alimentait des marchés et des entreprises et même un restaurant de la capitale.

14 Août 2023