Blaise Pascal donne-t-il raison à Donald Trump ?
La pensée de Pascal ayant pour titre Justice et force est d’une lucidité accablante.
Pascal constate que pour qu’une société humaine se laisse gouverner dans l’ordre, le pouvoir qui s’exerce sur elle doit nécessairement satisfaire à deux exigences.
Il doit simultanément passer pour juste et être le plus fort.
Ces deux conditions étant étrangères l’une à l’autre, comment les rendre compatibles ?
Selon Pascal, seules deux voies sont théoriquement concevables.
Soit la justice impose un ordre juste en mettant la force à son service.
Soit la force impose par la force son ordre injuste, et le fait passer pour juste.
Pourquoi selon Pascal est-ce seulement cette seconde possibilité qui s’impose nécessairement ?
Parce que la force est une donnée incontestable, tandis que la justice est une idée définitivement discutable, ce qui la rend impuissante.
« La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. »
En conclusion de ce syllogisme apparemment imparable, Pascal nous place devant un constat d’impuissance, un constat désespéré et réaliste.
« Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. »
Mais Pascal franchit une autre étape.
Dans une version de cette pensée qui est moins souvent citée, il passe du constat amer à la justification du triomphe de la force-se-faisant-passer-pour-juste.
« Ne pouvant faire qu’il soit forcé d’obéir à la justice on a fait qu’il soit juste d’obéir à la force. Ne pouvant fortifier la justice on a justifié la force, afin que le juste et le fort fussent ensemble et que la paix fût qui est le souverain bien. »
Cette conclusion pacifiste, au prix du renoncement à la justice, semble avoir été adoptée par Donald Trump, le style en moins.
Que faire alors si nous, Européens, n’acceptons pas de vivre dans l’injustice, qu’elle nous soit imposée par le big stick made in USA, ou par le knout de la Russie de Poutine et de ses alliés rejetons du communisme ?
En même temps, devenir forts et dire clairement ce pourquoi nous nous armons, ce que nous sommes et ce que nous défendons, et que nous sommes disposés à défendre par la force s’il le faut.
Nous défendons, en Europe, le monde libre, qui est fondé sur les Déclarations des droits de l‘homme, des droits qui sont garantis par l’État de droit.
L’État de droit n’est pas un idéal discutable et humainement irréalisable, comme l’est l’idée pascalienne d’une justice parfaite.
Le Droit dit positivement ce qui est permis et ce qui est interdit.
Il peut faire usage de la force qui est admis comme étant légal et légitime parce qu’il émane de la volonté du peuple.
Il nous reste à devenir forts pour protéger par la force légitime le Droit contre la force violente des prédateurs.
C’est pour la défense du monde libre que l’Europe doit devenir une puissance
La Déclaration des droits de l’homme est la carte d‘identité du monde libre
Cette déclaration place le droit et l’État au service de la liberté des hommes :
- Article 1er : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.
- Article 2 : Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.
Aucun des ennemis de l’Europe et du monde libre ne souscrit à cette Déclaration.
Tous soumettent le droit à la force.
Face à eux, les Européens doivent d’urgence mettre la force au service de leurs libertés.
André Senik, le 10 février 2026
