Le vrai problème, pour cette élection, est que ni les uns ni les autres, jusqu’à présent, n’ont voulu dévoiler clairement leurs perspectives et leurs propositions.
Kamala Harris et Tim Walz ont des biographies politiques marquées à gauche, et même à la gauche la plus radicale. Elle en tant que procureur, puis sénateur de Californie, lui en tant que gouverneur de l’Etat du Minnesota. Ils ont soutenu toute la gamme du socialo-wokisme et ses résultats : police démoralisée, enseignement public en faillite, invasion migratoire sur le Rio Grande, abolition de la notion de genre (Walz a ordonné aux écoles publiques du Minnesota de mettre des serviettes hygiéniques dans les toilettes des garçons, au cas où…). Il y a aussi toute une politique « d’énergie verte » qui nuit à l’indépendance énergétique que le pays connaissait sous Trump, la baisse du pouvoir d’achat, l’inflation, l’endettement à perte de vue pour des générations, ces difficultés grandissantes étant bien entendu, autant d’avantages concédés à nos adversaires russes, chinois, perses et autres.
Kamala Harris bénéficie d’un avantage qu’on aurait pu facilement anticiper. L’électorat américain depuis longtemps exprimait un manque d’enthousiasme pour les deux fâcheux Trump et Biden, et pensait depuis 2020 qu’il serait raisonnable de tourner la page des années de guerre civile verbale et de proposer des hommes nouveaux. Contre Biden, Trump avait toutes les chances de gagner l’élection car il était de toute évidence « centriste » dans ses positions (sinon dans son comportement), tandis que Biden était de plus en plus visiblement le prisonnier le l’extrême gauche de son parti. Celui-ci, d’ailleurs, était de plus en plus prisonnier de ses gauchistes. Mais les Démocrates ayant réalisé un coup d’Etat contre leur propre tête de liste – du jamais vu en Amérique et un très mauvais signe pour la démocratie libérale dont les Démocrates ne cessent de dire qu’elle est menacée par la droite -, reste Trump à qui bien des électeurs auraient préféré dire merci et au revoir. La démocratie étant toujours un peu démagogique, Harris-Walz, contre toute évidence, apparaissent « nouveaux », permettant ainsi de prétendre que ce sont eux les centristes modérés et respectueux des institutions. Et tant pis s’ils ont affirmé dans un passé très récent qu’il fallait, par exemple, donner au législateur un pouvoir de surveillance (et de veto) sur la branche judiciaire et en particulier sur la Cour Suprême…
L’important, donc, est de savoir si, quand les sottises de l’été auront cessé et quand la campagne électorale sera dans sa phase finale, les Républicains et l’équipe Trump-Vance sauront convaincre les Américains qu’ils représentent le parti de la prudence — défense des institutions, politique étrangère sérieuse, attitude normale envers la biologie –, ou s’ils succomberont aux tentations de l’invective et ne récolteront alors que les raisins de la colère.
Roger Kaplan
Journaliste à The American Spectator
le 15 août 2024
