Tout faire pour que Poutine ne gagne pas la guerre

(extraits d’un entretien avec Nelly DidelotArnaud Vaulerin et Sonia Delesalle-Stolper à consulter dans Libération du 6 avril 2022, de Kaja Kallas, Premier Ministre de l’Estonie).

(…) Qu’espérez-vous de l’Union européenne ?

« L’Union européenne est une union de valeurs. En Ukraine, et à Boutcha en particulier, des crimes de guerre ont été commis, des crimes qui visent les civils. Il nous faut garder en tête ces crimes et nos valeurs quand nous abordons la question des négociations de paix. Nous ne pouvons pas les laisser impunis. L’outil dont dispose l’Union européenne, c’est bien sûr les sanctions. Nous devons continuer à les durcir. Nous savons qu’elles ont un effet, sinon Poutine ne parlerait pas en permanence de les lever. Quand on parle d’énergie, il ne faut pas non plus perdre nos valeurs de vue. Le gaz peut être cher, mais la liberté n’a pas de prix ».

Après avoir proposé un fonds commun qui permettrait de tenir compte de la dépendance énergétique propre à chaque pays, Mme Kallas en appelle aux grands pays de l’UE, qui « peuvent faire vraiment beaucoup plus ».

Que doit accepter l’U.E. ?

C’est dans l’intérêt de tous que Poutine ne gagne pas cette guerre et l’Ukraine doit recevoir toute l’aide militaire dont elle a besoin afin de l’emporter. Si Poutine gagne ou pense qu’il a gagné, il aura plus d’appétit et s’attaquera à d’autres zones. Si nous pensons, maintenant, que nous pouvons parvenir à une sorte de paix, mais que les territoires conquis par la Russie ne sont pas restitués, que ses troupes ne se retirent pas complètement, alors tout cela voudrait dire que la Russie a obtenu des choses qu’elle n’avait pas avant cette agression. On ne peut pas laisser Poutine s’en tirer comme ça.

(…)

La « no fly zone »

Kaja Kallas évoque la difficile question de la zone d’interdiction de vols et conclue :

« Si s’engager dans la guerre signifiait avec certitude mettre fin à tout ce qu’endure le peuple ukrainien, alors le choix serait clair. Mais si cela mène à une extension des combats à d’autres pays, pour le moment en paix, cela change la donne. C’est une question qui me réveille la nuit. Y a-t-il quelque chose à faire pour empêcher toutes ces atrocités ? Mon pays les a déjà connues [pendant l’occupation soviétique] et nous ne souhaitons à personne de devoir y faire face. C’est pour cela que nous avons envoyé toute l’aide militaire, humanitaire et politique possible pour aider l’Ukraine à se défendre. C’est aussi pour cela que je répète que la paix à tout prix n’est pas la solution. Si un accord de paix laisse aux mains des Russes toutes les régions qu’ils occupent aujourd’hui, les atrocités ne s’arrêteront pas pour les personnes qui y vivent. Nous le savons, ils ont fait la même chose à notre peuple

(…)

Pensez-vous qu’il y ait une différence de perception de la menace, entre les pays d’Europe de l’Est, en particulier les pays Baltes, et ceux d’Europe de l’Ouest ?

Je pense que nous comprenons mieux le fonctionnement de l’opération russe, et le raisonnement qui l’anime, parce que nous avons aussi subi l’oppression. Les pays plus à l’ouest ne comprennent peut-être pas que le rayon d’action des missiles russes est suffisant pour les toucher eux aussi. La menace est la même. Aujourd’hui, nous ne voyons pas de menace militaire imminente à nos frontières, nous ne pensons pas que les Russes s’aventurent à attaquer un pays de l’Otan. Mais il faut que les grands pays d’Europe occidentale comprennent que c’est la sécurité de toute l’Europe qui est menacée, pas seulement celle des pays proches de la Russie.

Après avoir insisté sue la volonté estonienne d’être membre de l’OTAN, La Premier Ministre revient sur les visées de Poutine :

« Il y a un livre très intéressant de Timothy Snyder [The Road to Unfreedom], dont la thèse s’applique aussi à la France. Il explique que lorsqu’il a compris que la Russie ne deviendrait jamais l’Europe ou l’Occident, Poutine a décidé que l’Occident deviendrait russe. Et c’est ce qu’il fait depuis vingt ans, construire des liens avec l’extrême droite en Europe et aux Etats-Unis. Ces partis d’extrême droite ont répandu la même narration, que l’Occident est moralement corrompu et sous une pression migratoire immense. Aujourd’hui, il crée d’un côté une pression migratoire en déclenchant une guerre en Ukraine, comme en intervenant en Syrie ou en plaçant des mercenaires au Mali. Il crée ou entretient des conflits pour pousser des réfugiés vers l’Europe. Leur narration est que nous sommes sous une terrible pression migratoire. Nous voyons, au moins dans notre pays, que toute l’extrême droite dit que les réfugiés de guerre sont le problème. Le problème n’est pas ces réfugiés. Poutine est le problème.

(…)

Photo: Alexis HAULOT, EURANET Citizens Corner debate

13 Avr 2022


Marine Le Pen encense le dictateur russe, bourreau de l’Ukraine

Qui a dit : « la France a plus dintérêts communs sur les plans culturels et stratégiques avec la Russie quavec les Etats-Unis », ?

(Le Monde, 16 novembre 2002)

Marine Le Pen

Qui a dit aussi, faisant preuve d’encore davantage de clairvoyance : « Rien ne permet daffirmer, du point de vue constitutionnel quelle nest pas une démocratie?  [une démocratie]. (…) Si vous lisez la presse russe, vous verrez que le ton de la presse dopposition y est bien plus libre et virulent à lencontre de Poutine quelle ne lest en France à l’égard de Sarkozy » ?

(Le Nouvel Observateur, 19 avril 2012)

Marine Le Pen

Qui a dit ? « M. Poutine est un patriote. Il défend les intérêts de son pays », « cest un homme attaché aux valeurs ».

(M le magazine du Monde, 29 mars 2014)

Marine Le Pen

Qui a obtenu un prêt de 9 millions d’euros de la banque russe FRCB ?

Marine Le Pen

(Cécile Vaissié : Les réseaux du Kremlin en France, éd. Les petits matins, 2016)

Qui a dénoncé« une diplomatie de menaces, de sanctions (…) une diplomatie de chantage que lUnion européenne, malheureusement, applique de plus en plus contre la Fédération de Russie. (…) ?

(Le Monde 26/27 mars 2017)

Marine Le Pen

Autant de  preuves de la nocivité, du caractère mensonger, et de la  dangerosité de la politique extérieure que mènerait la candidate du Rassemblement National.  Autant de  raisons, au moment où le dictateur stalino-tsariste avec qui elle a tissé des liens privilégiés martyrise les civils ukrainiens, de ne pas voter pour elle à la prochaine élection présidentielle !

Pierre Rigoulot

Photo © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

11 Avr 2022


Deux concerts seront donnés le samedi 9 avril à 16h  à l’église Saint-Séverin, (Paris 5 ème) et le dimanche 10 avril, 17H à Notre-Dame de Grâce de Passy, 10 rue de l’Annonciation, Paris 16 ème, pour les victimes de la guerre en Ukraine.

Grâce aux dons recueillis lors d’un premier concert, donné le 13 mars, les organisateurs ont pu faire parvenir sur place une aide humanitaire conséquente  aux réfugiés, aux personnes déplacées et aux blessés de la guerre. Plus de 1800 kg d’aide ont été apportés dans la ville d’Ouman, au centre de l’Ukraine : matériel médical, médicaments, nourriture et produits d’hygiène pour bébés..

Nous espérons que les concerts du 9 et 10 avril permettront à nouveau de manifester concrètement notre solidarité avec ceux qui souffrent de la guerre.

4 Avr 2022


Vente de livres neufs et d’occasion


à l’Institut d’études slaves,


9 rue Michelet 75006-Paris


AU PROFIT DE L’ UKRAINE


les 5, 6 et 7 avril

4 Avr 2022


L’ « autre Europe », c’est notre Europe     

Pour nous, amis d’Histoire & Liberté, issus de l’Institut d’histoire sociale fondé par Boris Souvarine (né à Kiev en 1895) et présidé par Emmanuel Le Roy Ladurie après Jean-François Revel, pour nous qui nous définissons par notre hostilité aux divers totalitarismes – communisme, nazisme et islamisme politique -, par notre attachement à la démocratie libérale et à l’État de droit, l’agression de la Russie de Poutine contre l’Ukraine est un acte de banditisme qui viole les règles du droit international et porte atteinte à la sécurité de l’ordre mondial.   

L’Ukraine est européenne…et l’Europe est démocratique

Derrière les prétextes confus que s’est donné le dictateur russe (unité ethnique, linguistique voire religieuse russo-ukrainienne, menaces de l’Otan, « nazisme » du gouvernement de Kiev, poids de la drogue), se cache, bien au-delà, un projet impérialiste qui passe par la reconquête d’une « grandeur » et d’une influence perdue, mais aussi de territoires et d’États qui se sont dégagés, à la faveur de la chute du communisme au début des années 1990, de ce que Poutine considère comme sa légitime arrière-cour, pour rejoindre un des bastions du monde libre : l’Union  Européenne. De Tallin à Bucarest et de Kiev à Prague, les peuples de ce qu’on nommait alors l’ « autre Europe » rappelaient que les Baltes, les Tchèques ou les Ukrainiens étaient des Européens autant que les Français, les Irlandais ou les Finlandais. La chape de plomb soviétique qui les a recouverts pendant plus de 40 ans – après la chape de plomb nazie (voire en même temps qu’elle, entre 1939 et 1941)  nous l’avait  trop fait oublier…

Cette Europe s’est justement constituée et développée avec des institutions et des valeurs totalement opposées aux totalitarismes communiste et nazi. L’aide à l’Ukraine relève donc de l’assistance que l’on doit à un peuple de notre Europe, agressé.

Le projet de Poutine`

La simple réaffirmation aujourd’hui de l’identité démocratique libérale et européenne de l’Ukraine est bien sûr mal accueillie par les États alliés de la Russie et parfois eux-mêmes totalitaires, comme la Chine. Certains de ces Etats, par haine de la démocratie libérale, par rancoeur, par intérêt économique, par soumission financière, refusent de désapprouver le projet poutinien, projet impérial d’un pouvoir autoritaire, voire totalitaire (le syncrétisme actuel en cours au Kremlin, à la fois passéiste et communiste, en tout cas antidémocratique, reste à définir mais est d’ores et déjà condamnable par ses effets en Russie, en Europe, en Syrie et jusqu’en Afrique).

Comme l’islamisme politique et la Chine aujourd’hui, comme le communisme et le nazisme hier, Vladimir Poutine refuse l’existence d’une société pluraliste, de son mode de vie et de sa culture, jugés dégénérés. La détruire ou la réduire à l’impuissance lui semble la meilleure riposte aux risques bien réels de propagation des aspirations démocratiques dans son propre espace.

Cette guerre contre l’Ukraine, entreprise à ses risques et périls par Poutine, n’est pas une simple querelle d’ordre historique et linguistique entre Slaves qui nous serait étrangère. C’est un épisode de la lutte globale menée contre l’ordre mondial prévalant depuis la chute du nazisme, et dans lequel le monde libre occupe une place légitime, sous la protection de l’Otan, une organisation  défensive née au lendemain du blocus de Berlin par Staline et injustement décriée : il faut rappeler qu’elle a protégé l’Europe occidentale  des ambitions expansionnistes de l’URSS et notamment lors de « la crise des euromissiles » dans laquelle, après 1977, Brejnev entendait pointer ses missiles sur elle.

Poutinolâtres et poutinophiles

Que certains gaullistes voient dans la guerre de Poutine contre l’Ukraine une nouvelle preuve du caractère nuisible  de l’opposition entre les États-Unis et la Russie et en concluent à la nécessité pour la France d’adopter une position « équilibrée », à mi-chemin entre les deux grandes puissances, n’est pas pour nous surprendre.

Les poutinolâtres à la Zemmour, et les poutinophiles à la Marine Le Pen et à la Mélenchon ne nous surprennent pas non plus. Seule la peur de perdre des voix lors de l’élection présidentielle les empêche d’ailleurs d’apporter plus ouvertement leur soutien au Grand Chef d’Etat si « respectable » d’une Russie que l’Occident aurait trop longtemps « humiliée » et repoussée.

Il est plus attristant de constater ce refus de soutenir activement l’Ukraine dans certains milieux qui dénonçaient jadis plus librement les diverses tyrannies : la tarte à la crème de l’émotion qui « trouble le jugement » , sinon « l’aveugle », fait florès  – comme si l’indignation morale n’était pas de mise devant le malheur unilatéralement provoqué par une puissance hostile à la démocratie !

Faire front

Cet épisode difficile dans la vie du Monde libre a mis en évidence l’incurie de l’ONU, désormais incapable de faire respecter les règles du droit international du fait du veto dont usent et abusent les deux grandes puissances hostiles au respect de ces règles et ennemies déclarées du système démocratique et libéral : la Russie et la République populaire de Chine.

L’Otan, quant à elle, joue un rôle positif d’outil de défense militaire d’une partie des démocraties mais elle est géographiquement marquée par le seul Atlantique nord, comme son nom l’indique, même si elle a joué un rôle déterminant dans l’échec du projet rouge-brun du dictateur Milosevic dans les années 1990. Devant la menace mondiale exercée par les deux anciennes grandes puissances communistes et clairement explicitée dans le communiqué commun sino-russe du 4 février dernier, s’imposent le maintien et le renforcement de l’OTAN mais aussi la constitution progressive d’une puissance politique et militaire autonome capable de faire front par elle-même à ses différents adversaires afin de sauvegarder ses valeurs de liberté et de défendre le Droit à l’échelle mondiale.

Rendons hommage à tous les malheureux civils assassinés ou écrasés sous les bombes et les missiles russes. Et aidons les Ukrainiens et leur magnifique président, Volodymyr Zelensky : il  combat pour leur  liberté et pour la nôtre. 

Les amis d’Histoire & Liberté

4 Avr 2022


 ERIC  ET  LE  SEXE

( Sur Eric Zemmour : « Le Premier Sexe », Denoël 2006)   

  

Selon Eric Zemmour, la France se meurt de l’ « islamisation ». Surprenant, en 2006, hier, il alertait sur un péril mortel tout autre : la « féminisation » (« Le Premier Sexe »). A contre- courant, seul, il lançait « mon offensive idéologique » (p.9), bouleversant la science : « C’est pour comprendre ce qui s’est passé … que j’ai d’abord écrit ce petit livre. Comme untraité de savoir-vivre viril … » (p.11). L’histoire, c’est avant tout le face-à-face virilité-féminité : « valeurs viriles » (action, combat, création, sexualité insatiable) face aux « valeurs féminines » (« la douceur sur la force, le dialogue sur l’autorité, la paix sur la guerre, l’écoute sur l’ordre, la tolérance sur la violence, la précaution sur le risque » p.10). Stupéfiant : chez « Z », tout part du phallus, foyer de la vigueur sexuelle, donc de l’énergie physique et morale (« un garçon, ça entreprend, ça assaille et ça conquiert, ça couche sans aimer … ça prend et ça jette » p.12). Zemmour attribue tous les évènements à la « virilité », véritable moteur de l’Histoire : « La Révolution guillotine le roi … parce qu’il n’a pas été l’homme viril que l’on espérait … La République … sera virile et fière de l’être » (p.90) ;  « fascisme, qui est toujours virilité exacerbée » (p.119). Immigration ? » «…la France et l’Europe, devenue uniformément femme … attendant d’être fécondée par une virilité venue du dehors » (p.108). « Ratonnades anti-Blancs » contre des lycéens parisiens ? « Certains avaient une grille de lecture ethnique. J’y vois, moi, la haine viscérale des « vrais hommes » pour les « tantouzes » » (p.113), etc., etc..

« Le totalitarisme féministe » (p.131)

D’après « Z », « une véritable mutation anthropologique » (p.10) s’est opérée après 1968 : la « féminisation qui n’est en vérité qu’une dévirilisation » (p.126). Féministes, couturiers homosexuels et capitalistes cupides ont, de pair, promu l’ « homme féminisé » sur le modèle du « gay », androgyne, flambeur et frivole. La « destruction sexuelle » a remis en cause « la tradition judéo-chrétienne… (d’) hommes et femmes séparés dans les fonctions et les rôles » (p.26) ; « il n’y a plus …rien que des êtres humains… indifférenciés, interchangeables » (p.10) et « l’homme doit devenir une femme » (p.52) : allure, psychologie, habillement (et les femmes en pantalon ?) « Le rêve féministe s’est substitué au rêve communiste » (p.131), aussi totalitaire. A preuve les mesures contre la prostitution et le harcèlement sexuel. « C’est la conception d’un désir masculin distinct de l’amour qui est visée » (p.58) ; « l’homme n’a plus le droit de désirer, plus le droit de séduire, de draguer. Il ne doit plus qu’aimer » (p.59). Zemmour, lui, pense avec Rousseau que « l’amour est un sentiment factice… célébré par les femmes… pour rendre dominant un sexe qui devrait obéir » (cité p.60). Le « respect » à la mode féministe exigé par les femmes tue le désir (« plus on respecte moins on bande » sic, p.65), poussant les hommes à chercher ailleurs, au détriment des premières.

« La féminisation … victoire à la Pyrrhus » (p.97)

Elles voulaient tout ensemble : « mariage et plaisir, enfants et romantisme. Tout. La plupart du temps, elles n’ont rien. » (p.69) ; la libéralisation du divorce a profité aux hommes : « les mères célibataires n’ont jamais été aussi nombreuses ; jamais aussi pauvres » (p.102). La salarisation des femmes a dévalorisé les professions féminisées : « Education nationale, magistrature, médecine, procédure judiciaire, journalisme » (p.122) ; les bas salaires féminins « limitent les revendications des salariés mâles » (p.120). En politique « le pouvoir n’est plus là où il fut. Il est désormais dans la finance et les hautes sphères de l’industrie. Où il n’y a pas de femmes » (p.128) ; « le pouvoir c’est le phallus » (p.130).

Avec leurs revendications féministes, les femmes se trompent. Du reste, Zemmour fait silence sur les droits des femmes, sauf sur la contraception et l’avortement, causes de la dépopulation. Il ignore les femmes battues ou tuées. Pfff ! Il ne connaît de droits que masculins, surtout sexuels.  Il regrette le modèle patriarcal, ici nord-africain, de sa jeunesse : épouse au foyer (cuisine, enfants …) ; homme, chef de famille (Zemmour cite Nietzsche : « La femme … joue le second rôle » p.33), au public; entre eux deux, de « l’attachement » (p.62) !

« Le lourd fardeau qu’il a entre les jambes » (p.87)

Seconde moitié du livre, « Z » avance une nouvelle explication (laquelle croire ?) : certes incités par la société, en fait « les hommes font tout ce qu’ils peuvent pour … devenir une femme comme les autres » (p.11), ce qui constitue le … véritable « fil rouge  d’une histoire du XXe siècle » (p.81) ! « C’est même lui (l’homme), et non sa compagne, qui a lancé la machine infernale de l’indifférenciation sexuelle » (p.82). Enlisés en 14-18, défaits en 1940, etc., progressivement « les hommes renoncent à eux-mêmes » (p.83), à leurs trop lourdes responsabilités, tandis que les femmes s’affirment. (Question : cette « féminisation » est-elle un fait accompli ou une tendance encore possible d’inverser ?) « En se féminisant, les hommes se stérilisent, ils s’interdisent toute audace, toute innovation, toute transgression, ils se contentent de conserver » (p.128), d’où « la stagnation intellectuelle et économique de l’Europe ». Pour Zemmour, le « désordre féminin » (p.133) entraînera une dictature (tout espoir est donc perdu ? malgré l’ « offensive idéologique » de «Z » ? ) les femmes, échaudées, voulant revenir à l’ « ordre viril » (p.134), mais les  hommes, « trop contents de s’être enfin débarrassés du fardeau » de leur entrejambe (p.134), s’y opposant. « Même si la soumission, l’humiliation, le malheur sont leur destin. » Fin. Dans « Un destin français » (Albin Michel 2018), Zemmour conclut par « La France est morte. ». Personne ne s’en était aperçu. Place donc, sans justification aucune, au « grand remplacement. »

L’islam, « religion masculine par définition » (p.133)

« Le grand remplacement … c’est le thème majeur de cette élection, celui qui va détruire … la France, qui va l’amener à devenir un Liban, avec tout le tumulte qui va avec : la guerre civile, etc. » (« L’Express », 21 mars 2022). Après la « féminisation », évaporée : l’« islamisation », thème autrement porteur. (Bel opportunisme !) Dans « Le Premier Sexe », le mot « islam » n’apparaît qu’une fois, « Coran », « charia » et « djihad » pas du tout ; « musulmans » pas non plus ; la « tradition » judéo-chrétienne (à propos de la distinction entre les sexes) est invoquée trois fois, mais absolument pas la « religion ». Et, en 2006 toujours, malgré l’Iran, les Talibans, le 11 septembre, le terrorisme en France, le « voile », etc., « Z » en « pince » pour l’islam : « Quand on demande à Malek Chebel : Pourquoi choisir l’islam… ?  Il répond :  « Pour sa virilité … Que propose Mahomet ? Un renforcement du patriarcat …» (p.132-33).   En 2006, l’immigration ne préoccupe pas encore Zemmour : 2 pages seulement (107-108) sur 134. Ah ! il s’inquiète des « jeunes Arabes », (« le loup entré dans Paris… l’homme d’avant la civilisation » p.109), ses copains d’école ou de quartier, « petits coqs contre petits coqs … rivaux pour le boulot ou les filles » (p.109).  Peut-être en désaccord sur la Palestine ? Zemmour observe que « les bandes de jeunes garçons sont un substitut à la famille d’autrefois. Il y règne la loi du clan, des caïds, le rapport de forces, la fascination pour l’argent et la frime » (p.115-116). Rien de jeunes endoctrinés : des loubards. Zemmour est l’héritier d’une des lignées kabyles ayant maintenu, en dépit des discriminations et persécutions, leur identité juive. Ses parents ont quitté l’Algérie difficile en 1952, au début du conflit israelo-arabe. Ils ne lui ont pas fait apprendre l’arabe. Les musulmans d’Algérie sont ses « ennemis héréditaires », fuis mais retrouvés, las ! toujours plus nombreux, en France. Rien d’une guerre de religions, d’autant que Zemmour est agnostique ; seulement un très vieux contentieux. Qui n’engage pas la France …. En 2006, Zemmour pestait contre les « garçonnets androgynes », « vêtus du même uniforme », déambulant « dans les rues de Paris ou d’ailleurs » (p.63) ; il se désespère désormais à la vue  « des femmes voilées et des hommes en djellabas… propagande par le  fait. Une islamisation de la rue, comme les uniformes d’une armée d’occupation rappelant aux vaincus leur soumission » (discours à la Convention de la droite, 28 sept. 2019). (Faut-il prendre le maquis ?)

« L’essence de la politique, c’est Eros et Thanatos » (p.37)

Zemmour confond « virilité », son obsession, avec dureté, voire cruauté à la Poutine, envisageant ainsi d’un cœur léger le « rapatriement » outre-Méditerranée de plusieurs millions de musulmans, inverse de celui des Pieds-Noirs et harkis, si douloureux, et qui déclencherait assurément une guerre civile. Dans « Le Premier Sexe », il martèle : « le pouvoir, c’est la capacité au moment ultime de tuer l’adversaire. C’est au final, l’instinct de mort » (p.129), « autrefois, la Révolution, c’était donner la mort aux ennemis de classe sans hésiter » (p.41), etc.. Valeurs chrétiennes ? Le doux Jésus était plus « féminin ». Dans la jungle politique, les « qualités féminines » (sentimentalisme, etc.) sont contre- performantes. « Les historiens du XIXe siècle ont fait le décompte et il n’est pas vraiment favorable à l’immersion des femmes dans la sphère politique » (p.90) : des reines et favorites (citées par Zemmour), conseillères enjôleuses et/ou autoritaires des rois, poussèrent à tant de conflits. (« Z » « oublie » les Geneviève, Jeanne d’Arc, Marie Curie, etc., etc.. Histoire sélective.)  Aujourd’hui, note Zemmour, on n’élit plus un homme mais un couple à la Présidence, effet de la « peoplisation » : « Cécilia (Sarkozy) était ambitieuse, comme son mari ; Nicolas était prêt à tout pour devenir président de la République… La présence de Cécilia à ses côtés féminisait, adoucissait une image (de) virilité exacerbée » (p.39). « Cette stratégie s’est révélée fort dangereuse » (ibid.) lorsque le couple se délita : « Nous étions en plein vaudeville » (p.40)… Aussitôt candidat à la présidentielle, Zemmour s’est affiché avec une jeune inconnue, sa nouvelle compagne et « conseillère » (« la plupart des politiques sont connus pour être d’insatiables conquérants … Le pouvoir reste manifestement un aphrodisiaque exceptionnel » p.37). Sarah et Eric ne se quittent plus depuis ; en parfait autocrate, Zemmour a imposé la novice à ses proches, vieux routiers de la politique, comme « directrice stratégique » de sa campagne et vice-présidente de son parti « Reconquête ». C’est Sarah, et elle seule (quelle influence !), qui a réussi à convaincre « Z » de se présenter. Pour sauver, in extremis, la France, voire l’Occident, sinon le monde. A quoi tiennent les choses : au nez de Cléopâtre. Imaginons Zemmour élu : via le viril monarque, c’est la « première dame », si entreprenante et persuasive, qui nous régenterait ! … « La vraie espérance est le désespoir surmonté » (à la Convention de la droite). Pessimisme ou optimisme ? « Féminisation » ou « islamisation » ? Les femmes avec les hommes ou à l’écart ? Plein de contradictions, M. je-sais-tout, que sait-il au juste ? A quoi croit-il vraiment ? Si, à deux choses : « La virilité va de pair avec la violence… l’homme est un prédateur sexuel, un conquérant » (p.33) ; « la pulsion de mort qui est le propre de la virilité depuis des millénaires » (p.94). et à une troisième : je suis le meilleur, le seul. Unique certitude de notre part : avec Zemmour Président, ce serait Eros et Thanatos à l’Elysée.

Guy Barbier

28 Mar 2022


Jolies perles, n’est-ce pas ?

Ségolène Royal  a twitté sur « l’aide de Biden d’un million de dollars pour des armes ..américaines  (rien ne se perd tout se transforme) et du financement des brigades néo nazies comme tout le monde le sait…Vraiment, l’Europe doit stopper cette  tutelle et retrouver l’esprit gaulliste d’indépendance »

Eric Zemmour quant à lui, reconnait, certes, que « la responsabilité de cette situation (la guerre en Ukraine ndlr) incombe d’abord à la Russie, mais est aussi le résultat de la politique menée par les Occidentaux et l’OTAN, qui n’ont cessé d’ignorer les préoccupations sécuritaires légitimes de la Russie »

Cela dit, on voit bien où son coeur balance : tour en nuances, il affirme  le 16 février 2022 : « On ne fixe pas de limites à Vladimir Poutine, c’est un grand chef d’Etat (…) Il  est très respectable et il faut le respecter ».

Vous voulez mieux ? Voici :  « Je me fous complètement des massacres »  a-t-il tranquillement admit en mars 2016 à propos de la Syrie….

Côté Mélenchon, on trouve aussi quelques joyaux qui valent leur pesant d’or . Commentant l’assassinat de Boris Nemtsov en 2015, il lâchait tranquillement : « La première victime politique de cet assassinat est Vladimir Poutine »…

Faisons une place enfin à Nadine Morano qui, elle, rappelait le 2 février dernier ceci : « Je vote très régulièrement contre toutes les résolutions qui passent au Parlement qui sont d’une violence extrême à l’égard de la Russie »…

On trouvera d’autres perles en lisant Franc-Tireur, dont le n°16 du 2 mars 2022 est consacré à « la fin des Poutinolâtres ».

21 Mar 2022


Chers amis,

Une vingtaine de personnes ont participé, à l’invitation des Amis d’Histoire & Liberté à la réunion du 9 mars dont, évidemment, l’ordre du jour avait été bouleversé depuis l’invasion de l’Ukraine. Lors de la dernière réunion, du 25 février, nous imaginions pouvoir parler posément de la Chine. Cela n’a pas été le cas, même s’il en fut question, la Chine étant une donnée à prendre en considération, notamment quand on réfléchit aux dommages des sanctions occidentales sur l’économie et les finances russes. la Chine ouvrira-t-elle – ou non –  une porte de sortie à l’économie russe affaiblie par les sanctions?

Plusieurs thèmes de discussions ont été abordés  et doivent être repris en vue d’une publication sous des formes à déterminer :

-les motivations de  Poutine,

-les effets de son invasion

-les enjeux qu’implique l’invasion poutinienne de l’Ukraine et la résistance qui lui est opposée.

1- Les motivations de Poutine

Il y a les motivations affirmées par Poutine lui-même : la nécessité de lutter contre les « drogués nazis » qui règnent à Kiev. Derrière ces absurdités, deux sous-thèmes :

– le fait qu’il s’agisse de préserver l’unité des Ukrainiens et des Russes, au fond un même peuple, que seul l’appel des sirènes occidentales divise et pousse à diviser.

– les Russophones du Donbas et de Lugansk ou de Crimée ayant été mis à l’abri des « séparatistes » de Kiev et des décadents ouest-européens continuant de tisser des liens avec le reste de l’Ukraine, le « travail » doit être poursuivi et l’entreprise séparatiste  du gouvernement Zelenski mise hors d’état de nuire.

Au fond de cette politique et de cette guerre poutiniennes, il y a donc l’idée que L’Ukraine séparée n’a pas d’existence légitime et que son séparatisme est le fruit des illusions créées par l’Union européenne et par ses ambitions.

Une question grave doit ici être posée : Poutine veut-il « récupérer » l’Ukraine ou porter le fer jusqu’au sein de l’Union européenne?

La question se pose d’autant plus qu’un texte décrivant les objectifs finaux de la Russie a été accidentellement mis en ligne le 26 février dernier par l’agence russe Ria Novosti, agence de presse russe d’État. Ce texte qui a été sauvegardé aux Etats-Unis puis traduit par la Fondation pour l’innovation politique, avant qu’il soit retiré, en dit long sur les intentions de Vladimir Poutine.

On y comprend que si son but a été d’emblée d’envahir l’ensemble de l’Ukraine pour récupérer un territoire considéré comme perdu depuis 1991, il s’agit au-delà pour lui de redéfinir l’espace mondial en récupérant les territoires perdus au moment de l’effondrement du bloc soviétique et de « revenir aux anciennes frontières qui allaient anciennement jusqu’au mur de Berlin. »

Avec l’entreprise guerrière de Poutine, nous assistons ainsi  à « la construction véritable d’un nouvel ordre mondial dans la perspective de la russification totale de l’Ukraine et de la Biélorussie. » L’unification de l’Europe de l’est et de l’Europe de l’ouest, ajoute le texte, n’a été rendue possible que par celle de l’Allemagne.  Autant dire que la partie est de l’Allemagne aurait pu et dû être conservée par les Soviétiques !

Quoiqu’il en soit, et comme souvent avec Poutine, une double lecture est possible selon qu’on retient sa dimension autoritaire voire fasciste, d’une part, ou sa dimension communiste d’autre part.

Dans le premier registre, la Russie cherche à réaffirmer sa position dominante sur les populations russophones, voire slaves. Dans le second registre, il s’agit de récupérer (au moins) une partie de ce que l’URSS  a perdu en territoires et en population.- lors de son effondrement de 1991, une immense catastrophe, comme Poutine  l’a toujours dit.

Ce n’est pas de folie qu’il s’agit – en tout cas pas de folie plus grande que celle de Brejnev, de Khrouchtchev, de Staline ou de Lénine. Les dirigeants soviétiques et même les dirigeants russes antérieurs à l’URSS ont une vision de leur pays quelque peu mégalomaniaque.                                        

Il y a un peu moins de 200 ans, en 1831, le Tzar réprimait dans le sang le mouvement national polonais et provoquait en France un flot de réfugiés. Pour la Russie puis l’URSS les Slaves doivent être unis sous la tutelle russe – sur ce point, le rapprochement avec Hitler, protecteur des Allemands d’Europe centrale et particulièrement des Suèdes, est parfaitement légitime. Mais le texte porté à notre connaissance par la Fondation pour l’innovation politique évoqué plus haut va même plus loin puisqu’il diagnostique la fin de la puissance occidentale à qui il s’agit au fond de donner le coup de grâce. La fin du monde occidental, dont la faiblesse se manifeste par son incapacité à faire la guerre, est à l’ordre du jour, voilà de quoi réjouir un communiste qui y verra facilement une transposition du Grand Soir et de la défaite du capitalisme.

Cette réflexion sur les motivations de Poutine doit être poursuivie., notamment avec la lecture de l’ouvrage de Michel Elchaninoff, Dans la tête de Poutine (Solin-Actes sud 2015). Approfondir en particulier la dimension communiste des ambitions poutiniennes tout en sachant qu’elle n’est pas la seule devrait motiver notre groupe étant donné son expérience d’étude de l’idéologie et de la pratique communistes. La dimension religieuse est intéressante aussi comme le montre le portrait du patriarche Kirill en oligarque et idéologue, par F. Thom dans le N°154 de la revue Commentaire.

2- Les effets de l’invasion

Ceux-ci sont dramatiques :

-2 millions de réfugiés auraient déjà fui l’Ukraine, 20 000 morts et blessés, civils et militaires, partagés dans les deux camps constituent une estimation qui n’est pas dénuée de fondement.

-Menaces sur l’avenir : des prix qui vont grimper et pas seulement en France. On se demande déjà si l’Egypte et l’Algérie pourront  nourrir leur population…

Mais des effets beaucoup plus positifs sont apparus. D’abord la résistance inattendue des Ukrainiens, leur patriotisme et leur courage. On voit bien qu’après 30 ans d’indépendance, une conscience nationale ukrainienne  s’est formée.

Cette résistance inattendue, on la retrouve aussi dans l’ensemble de l’Europe démocratique qui a compris la menace que faisait peser sur elle un Etat russe si peu respectueux du droit international.

La crise ukrainienne est même l’occasion d’une petite révolution : l’Allemagne sort de 75 ans de pénitence et investit massivement dans les achats d’armement.

Cette unité européenne plus grande est aussi une plus grande unité nationale en France même, où les poutinolâtres, pour reprendre le terme de Franc Tireur dans con numéro du 2 mars, sont largement mis en cause.

Marine Le Pen et Eric Zemmour paient fort cher leur présentation de l’action de Poutine comme une réponse légitime à des menaces venues de l’OTAN ou inspirées par le « mauvais exemple » du Kosovo; arraché à la Serbie comme l’ont été le Donbas et Lugansk à l’Ukraine.

Cet aspect de notre travail à venir est important puisqu’il s’agit de critiquer les intellectuels, les hommes politiques, les journalistes qui soutiennent Poutine ou lui trouvent diverses excuses. On conseillera ici la lecture des Réseaux du Kremlin en France de Cécile Vaissié  ( Les Petits Matins 2016).

Que faire d’autre ? Qu’est-ce que notre petit groupe peut faire? L’action humanitaire est prise en main par de nombreuses associations; le gouvernement lui-même pousse à l’accueil de réfugiés ; les préfets insistent auprès des municipalités; des vivres, des vêtements, des médicaments sont envoyés en Pologne en Ukraine et ailleurs. De ce point de vue, on a l’impression de revivre un peu la période d’aide à Solidarnosc fin des années 70, début des années 80.

Peut-on aider les opposants russes à la guerre? Les premier renseignements donnés par ceux connaissent bien la Russie étaient peu encourageants :les anti-guerres se cachent et l’aide peut difficilement leur parvenir. Mais l’expérience très positive d’un ami de Bruxelles qui adresse des textes d’information sur la réalité du front ou sur les ambitions de Poutine doit être retenue.

S’il existe des poutinolâtres en Europe occidentale, il y a aussi des poutinophobes en Russie. Il faut les aider en leur adressant par le net des textes sur la réalité ukrainienne. Nous pouvons passer pour cela par des  amis sûrs.

Les enjeux

-Il y a des enjeux immédiats : gagner cette guerre paraît impossible. Mais la prolonger, mener une guérilla active peut mettre Poutine en difficulté, notamment dans les rangs de l’armée. Les étonnantes difficultés logistiques de l’armée russe, le courage des combattants ukrainiens, l’aide occidentale discrète qui leur est apportée, rendent plausible ce qui semblait tout à fait impossible au début de la guerre : un échec militaire (et  je n’ai pas dit une défaite) russe.

– Il y a des enjeux intermédiaires. On se rend compte que la démocratie a besoin d’un minimum d’indépendance énergétique faute de quoi elle sera à la merci de ses adversaires. A moyen terme, tiendrons nous sans gaz russe? Sans blé ukrainien?

Le rôle de la Chine est ici important : Les sanctions européennes seront-elles efficaces ou Poutine peut-il compter sur l’aide chinoise, en tout cas sur une collaboration chinoise? L‘attitude  de la Chine a été prudente jusqu’ici, et ambigüe . Elle n’a pas parlé d’invasion russe mais elle ne s’est pas rangée non plus aux côté de l’Érythrée, de la Corée du Nord et de la Syrie. Son intérêt est-il de jouer le rôle de parrain, du Maître des horloges à venir ou  de soutenir la Russie dont les objectifs hostiles à l’Union européenne sont complémentaires des buts de Xi Jinping de combattre l’idéologie démocratique libérale, comme cela a été fortement rappelé dans le communiqué commun en date du 4 février 2022.

L’enjeu, ici, est la capacité de l’Union européenne à équilibrer mieux qu’aujourd’hui notre développement et notre indépendance énergétique, c’est à dire, au fond, à pouvoir se défendre quand cela est nécessaire. C’est en réglant cette question qu’on pourra choisir un mode de relation plus équilibré avec l’OTAN et les Etats-Unis

– Il y a enfin un enjeu lointain, celui de la capacité des démocraties à résister aux Etats totalitaires ou autoritaires qui leur sont hostiles. Il ne s’agit pas ici seulement de la défense de l’Union européenne mais de la démocratie dans le monde. Devant l’incapacité de l’ONU à faire respecter le droit international, notamment du fait du droit de veto communiste chinois et russe, ne faudrait-il pas oeuvrer, pour diminuer la dangerosité générale des totalitarismes, à la mise sur pied d’une large association des Etats démocratiques? Il s’agirait de se donner l’outil le plus efficace possible pour bâtir une alternative crédible à l’ordre mondial dont rêvent Poutine et Xi Jinping.

Toute objection, critique, information complémentaire sera  bienvenue dès maintenant. Elle peut être adressée à notre blog <histoireetliberte.fr> et nous en tiendrons compte pour établir l’ordre du jour de notre prochaine réunion. Celle-ci se tiendra au même endroit que les deux précédentes, au Café du Pont Neuf, 14 quai du Louvre, 75001-Paris, le mercredi 30 mars de 18h à 20h.

Pour les Amis d’Histoire et Liberté

Pierre Rigoulot

Doit-on maintenant penser à l’impensable ? par Pierre Druez

Quand l’homme le plus fort du monde –  en termes de puissance individuelle de destruction – est un paranoïaque, narcissique pathologique, tueur psychopathe et sadique ( = la triade noire en psychiatrie), un mythomane qui croit à une Histoire fictive, fantasmée, imaginaire, dès lors qu’il veut faire partager ses visions délirantes à tout un chacun sous peine d’aller jusqu’à la mort, dès lors que ses propres services secrets, les plus performants du monde et fortement implantés en Ukraine depuis des lustres, n’osent faire remonter que les informations qui nourrissent ses fantasmes, ou du moins qui ne les mettent pas en évidence et en péril; dès lors que ses proches n’osent plus le contredire, dès lors qu’il devient sourd et aveugle à tout ce qui ne cadre pas avec son monde hors réel, le pire deviendrait-il possible ?

Personnellement je ne crois pas ; le principal allié de Poutine n’est pas la Chine, c’est notre supposée frilosité, notre peur de la guerre, notre incapacité à nous priver, à avoir faim, à avoir froid. 

Prendre Poutine à contrepied

Un moyen de cerner les limites de cet adepte de la novlangue est de prendre le contrepied de ses déclarations les plus virulentes ou de celles de ses relais. En parlant de l’exclusion aérienne de l’Ukraine comme d’un casus belli, il dénote que c’est le meilleur moyen de tenter de l’arrêter ; je suis presque convaincu qu’il n’ira pas plus loin en cas d’intervention militaire de l’OTAN, c’est-à-dire des Etats-Unis. En outre, la procédure d’attaque nucléaire est telle qu’il n’y en aura pas : il n’a pas le pouvoir d’appuyer sur le fameux bouton qui par ailleurs n’existe pas.

Néanmoins mon « presque » est rédhibitoire !

Pourtant ça urge, car ce genre de psychopathologie ne peut que s’aggraver avec le temps et l’âge !

Enseigner l’histoire factuelle

Une bonne leçon : J’espère qu’une fois que cette nouvelle page désastreuse de l’Histoire sera tournée, nous prendrons conscience de la nécessité de l’enseignement de l’Histoire factuelle du monde et des civilisations, à l’aide de données dépassionnées adaptées à tous les âges et à tous les niveaux. Un récit historique qui permette d’éviter autant que faire se peut les pièges habituels :

Le plus courant est l’instrumentation de l’Histoire par les autorités depuis les parents jusqu’aux gouvernants, phénomène auquel on assiste partout depuis toujours.

La création de supports d’idéalisation et de projection négative  conduit au manichéisme, à la glorification de l’entité à laquelle on appartient, à la diabolisation de l’autre et à la création d’une Histoire mythifiée, hors-réel, bons contre méchants, exploités contre nantis, victimisation outrancière, conceptions simplistes et prédatrices du fonctionnement de l’économie, du monde et des sociétés.

Stop à l’auto-dépréciation

A contrario l’auto-dépréciation est à la mode en Occident, où ça fait chic, de même la complaisance à l’égard des autres civilisations, surtout aux USA, avec les réactions excessives que cela entraîne toujours dans les espaces démocratiques.

Par exemple « Exterminez toutes ces brutes », le « documentaire » diffusé sur Arte, en trois volets de Raoul Peck, donne une vision hallucinée d’une histoire fictive et le plus souvent inversée, que j’ai été incapable de regarder plus d’un quart d’heure, a été encensé par le New-York Times, oui  : véritablement porté aux nues. C’est un crime contre le savoir et contre l’intelligence ! C’est ignoble et ce forfait serait impossible si la grande majorité des gens sains et normaux avait une idée assez juste du monde tel qu’il est et de l’évolution économique, politique et culturelle telle qu’elle est.

Non aux analogies abusives et aux anachronismes

Il convient enfin de commencer à mettre fin à l’anachronisme croissant, à cesser de juger les déclarations, institutions et actes du passé en fonction des critères actuellement en cours. Et dans le même ordre d’idée, quand on critique ce qui se passait à tel endroit en telle période il convient de ne plus jamais manquer de le comparer avec ce qui se passait alors ailleurs au même moment

De même, il faut éviter les analogies historiques abusives. Il est intellectuellement bien plus difficile de mettre en exergue le nouveau, l’inédit que de faire des assimilations indues, à l’aide de concepts confusionnels.

Des cours élémentaires sur les différences de fonctionnement entre les différents systèmes politico-informatifs couvrant et ayant couvert la planète seraient aussi les bienvenus, ainsi que le compte-rendu des effets de ces dichotomies sur la formation des représentations mentales collectives de la réalité sociale-historique globale.

En finir avec l’Occident ?

Pour en revenir à Poutine, sa plus grande et plus inattendue victoire aura été d’installer à la Maison Blanche un guignol qu’il tenait par les couilles. Je crois que ce succès lui a monté à la tête.

L’efficacité de ses trolls sur tout ce qui déstabilise l’Occident doit gonfler son sentiment de puissance mais le fait  d’avoir affiché explicitement sa volonté d’en finir avec l’Occident, du moins de briser sa domination,(l’Occident n’existe plus et l’OTAN ne sert à rien, disait Pascal Boniface comme d’autres idiots utiles – avant l’invasion bien sûr), devrait paradoxalement nous rassurer ! 

Tous ces éléments sont autant d’arguments pour un ajout évolutionniste et historique indispensable dans l’enseignement dont l’idéologisation, en quelque sens que ce soit, doit être combattue sans relâche.

Pierre Druez

Complément important à mes observations précédentes

Il faut souligner un élément NOUVEAU, inédit, ultra important de cette guerre : depuis 1917, c’est la première guerre menée par l’URSS-Russie ou par n’importe quel régime communiste qui est photographiée et FILMEE en montrant autre chose que la propagande du côté russe/communiste et en révélant certaines de ses exactions presqu’en direct. « Presque » car les régions de l’Ukraine occupée tomberont vite dans la nuit médiatique – sauf propagande, bien sûr.

La  dernière, la guerre-massacre de Tchétchénie, a d’ailleurs fait l’objet d’un documentaire intitulé « Une guerre sans images » dont un des réalisateurs était Boris Nemtsov. Il se termine par un montage qui montre Poutine, dans une cage, jugé pour crimes contre l’humanité. Boris Efimovitch Nemtsov signait là son arrêt de mort.

Pour moi il est clair que l’aveuglement de l’opinion à l’égard du communisme, mais aussi en grande partie « les paupières lourdes » des intellectuels, proviennent en premier lieu de la quasi absence d’images des abominations commises et ce à l’inverse de ce qui s’est passé pour le  nazisme et les guerres américaines.

Savant ou ignorant, intelligent ou limité, notre fonctionnement cognitif et émotionnel est le même ! 

Pierre Druez

Ma boussole émotionnelle et la renonciation à l’OTAN

En France, peu de gens soutiennent ouvertement la décision de Poutine d’envahir l’Ukraine. Prudents, un certain nombre préfèrent demander s’il est bien sérieux de condamner le régime russe, aveuglés par notre émotion face au malheur des civils et s’il est juste de mettre en cause le seul Vladimir Poutine pour le déclenchement de ces premières semaines de guerre sans s’assurer qu’il n’y a pas d’autres responsables et d’autres facteurs du déclenchement des hostilités.

Cette problématique, on la retrouve dans les prises de position d’Elizabeth Lévy qui voit dans la déferlante émotionnelle balayant la France dès lors qu’il est question de l’Ukraine, une posture peu spontanée mais inspirée par les chaînes de télévision. La directrice de Causeur ironise même sur cette « cause qui mérite, sinon que l’on meure, du moins que l’on pleure pour elle ». Sans doute, reconnait-elle, « l’émotion, la compassion, la solidarité sont naturelles quand des villes européennes sont bombardées, mais cette émotion serait, à l’entendre, moins spontanée qu’exhibée, et facilement qualifiée alors d’ « incongrue ».

Ne nous laissons pas aller à soupçonner sous cette double interrogation ( sur la responsabilité du seul Poutine et sur la légitimité d’une réaction émotionnelle) l’effet manifeste mais prudent d’une hostilité implicite à toute condamnation de l’attaque russe, voire d’une approbation qui n’oserait pas dire son nom et interrogeons-nous : l’émotion, celle qui aveuglerait, peut-elle être évitée? Devant tant de malheurs, devant tant de souffrances accumulées, il est difficile de ne pas prendre parti d’emblée. Quand le sang coule sous nos yeux, il est difficile d’adopter l’attitude calme du savant cherchant à formuler un jugement. L’émotion, certes, ne nous dit pas qui est coupable ou responsable. Mais à coup sûr, elle désigne un malheur qui doit cesser, ainsi que les causes immédiates de ce malheur : les enfants morts sont Ukrainiens. Les civils enfouis sous les décombres d’un théâtre sont Ukrainiens; les missiles, les chars et les avions, eux, sont russes.

Il ne s’agit pas de juger de loin, confortablement installés devant sa télévision, mais au contraire  de désigner le point scandaleux, l’horreur immédiate, et de la faire cesser par l’abandon de ce qui en est la cause immédiate : une invasion par un Etat bien décidé à ne pas s’attarder sur la distinction entre civils et militaires d’un autre Etat, reconnu par le droit international.

Mon émotion a bien une valeur heuristique ici : elle indique le point à considérer en priorité et l’action immédiate à enclencher. Il ne s’agit pas de combattre toutes les guerres dans le monde mais celle-ci, la plus proche de notre pays, celle dont les justifications avancées par l’agresseur concernent des institutions (OTAN, UE) et des choix politiques (démocraties libérales, dictatures voire totalitarisme) qui nous concernent au plus près. Mon émotion n’est pas sans rivage. Elle joue son rôle dans notre univers culturel, politique, historique, stratégique propre.

On peut – on doit – encore réfléchir aux rapports historiques, culturels, ethniques, de l’Ukraine et de la Russie; on peut – on doit – se pencher sur la personnalité et les objectifs de Vladimir Poutine. Mais mon émotion me dicte qu’il faut arrêter l’effort militaire du dirigeant russe cause de tant de malheurs et tenter de lui imposer des limites. Autant dire que je suis très loin d’Eric Zemmour soutenant le 16 février dernier qu’ « on ne fixe pas de limites à Vladimir Poutine,(…) un grand chef d’Etat (…) très respectable et (qu’) il faut le respecter ».

Se pose ici la deuxième question : le président russe est-il seul responsable du déclenchement de cette invasion? Plus précisément, a-t-il lancé ses troupes contre l’Ukraine  pour ne plus se sentir menacé par le renforcement de l’OTAN à ses portes ? Voilà qui pour moi semble peu crédible car OTAN ou non, l’URSS  puis la Russie de Poutine ont toujours fait preuve d’une volonté expansionniste. Le communisme visait son objectif avoué : l’Internationale sera le genre humain…Le nationalisme russe à la Poutine, inspiré par l’exemple passé de quelques grands tsars et les conceptions récentes d’un Alexandre Douguine, rêve quant à lui d’une domination russe sur l’Eurasie.

Je reconnais que l’ affirmation d’une menace que ferait peser l’OTAN de par sa présence rapprochée n’est pas absurde. Craindre la présence d’une puissance militaire nucléaire  à ses portes ne dépend pas de la nature du régime politique dont Poutine est le numéro 1. Les dirigeants de la démocratie américaine se sont sentis eux aussi menacés en octobre 1962 par l’installation de missiles à tête nucléaire à proximité de leur territoire et JF Kennedy était près à déclencher une guerre pour l’empêcher.

Le problème vient de ce que Volodymyr Zelenskyy, le président ukrainien, a récemment annoncé qu’il renonçait à adhérer à l’OTAN. Le souhaitait-il? Et depuis quand le souhaitait-il? Ces points peuvent être établis par les historiens et les politologues spécialistes de la région. Le problème, dis-je, vient de ce que l’armée russe, malgré la renonciation ukrainienne à son droit d’Etat souverain de nouer les alliances militaires qu’il veut, n’est visiblement pas prête pour autant à se retirer et que les objectifs du régime poutinien paraissent donc viser  d’autres buts situés au-delà de l’absence de menace « otanienne » à proximité des frontières russes.

Il est même à craindre que Vladimir Poutine soit détenteur d’un projet mondial plus ambitieux et plus dangereux, notamment pour les démocraties européennes, projet qu’on peut induire de ses écrits, de ses communiqués communs avec d’autres puissances, de ses actions criminelles contre ses opposants, de la manière dont il  a  « traité » la Tchétchénie, etc.

Benoît Villiers

Nous avons reçu de l’association amie Human rights without frontiers le texte suivant, qui répond et aux délires de Vladimir Poutine et aux interrogations formulées par certains organes de presse sur la présence d’une extrême droite active dans les rangs ukrainiens. Cette étude est signée de Massimo Introvigne, un sociologue italien, Dr du Cesnur, le Centre d’étude des nouvelles religions, de Turin, et le rédacteur en chef  de la revue Bitter Winter, dédiée à la défense des droits de l’homme dans le monde. Elle projette un éclairage précis, intéressant mais sans doute pas définitif.

H&L

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Vladimir Poutine a utilisé les mots “nazis” et “dénazification” plus d’une trentaine de fois dans ses discours officiels, prétendant que l’Ukraine était sous l’emprise de bandes de néo-nazis.

Un corps d’élite encore habituellement dénommé « Bataillon Azov », même s’il s’agit maintenant du « Régiment Azov », est pointé du doigt comme preuve que les « Nazis » jouent un rôle important parmi ceux qui se battent contre les Russes.

Qui était Bandera?

Quand ils parlent du Bataillon Azov, les Russes utilisent souvent le terme de “bandéristes” comme synonyme de “nazis”, en référence au dirigeant nationaliste Stepan Bandera. Le fait que Bandera est honoré par des dizaines de monuments et de rues portant son nom est présenté par les Russes comme la preuve de ce que les Ukrainiens ne se sont toujours pas libérés de leur passé nazi.

Pour comprendre le cas Bandera, il faut commencer par la guerre féroce pour leur indépendance que les Ukrainiens ont menée, bien qu’en vain, contre les bolcheviks entre 1917 et 1920; après 1920 est venue la répression soviétique de tout mouvement d’indépendance potentiel. Elle a culminé avec l’Holodomor, la famine artificielle créée par Staline dans le but d’exterminer les petits fermiers ukrainiens, considérés comme la colonne vertébrale du mouvement pour l’indépendance, pendant laquelle au moins trois millions et demi d’Ukrainiens sont morts de faim en 1932 et 1933.

La haine à l’encontre de Staline après l’Holodomor, que les Ukrainiens (et plusieurs experts occidentaux) considèrent comme un génocide, explique pourquoi beaucoup étaient prêts à s’allier avec quiconque combattrait les Soviétiques et leur promettrait de restaurer leur indépendance. Des dirigeants ukrainiens nationalistes en exil, dont le plus important était Bandera, ont alors accepté la proposition allemande de lever, dans la diaspora ukrainienne, deux régiments pour envahir l’Union soviétique aux côtés de la Wehrmacht en 1941. Une fois en Ukraine, Bandera a unilatéralement proclamé l’indépendance de son pays, mais les Allemands n’avaient jamais eu l’intention de tenir leur promesse. Comme Bandera insistait sur l’indépendance, il fut arrêté et déporté à Sachsenhausen. Ses deux frères furent emmenés à Auschwitz, où ils périrent.

Ce n’est qu’en 1944, quand la défaite commença à se profiler, que les Allemands ont libéré Bandera et l’ont renvoyé en Ukraine dans l’espoir que ses partisans ralentiraient l’avance des Soviétiques. Après la défaite de l’Allemagne, Bandera a fui vers l’Ouest. Des partisans « bandéristes » se sont retirés dans les forêts et ont continué à harceler les Soviétiques et à s’engager dans d’autres formes d’opposition jusque dans les années 1950. Bandera lui-même fut assassiné en 1959 à Munich par des agents du KGB.

Lantisémitisme et Bandera

La face la plus détestable du nationalisme ukrainien fut l’antisémitisme. Entre 1917 et 1920, quelque 40,000 Juifs ont perdu la vie dans des pogroms. Ils ont été bien plus nombreux à être exterminés pendant la Seconde Guerre Mondiale et les « bandéristes » ont collaboré avec les nazis dans ces massacres, même pendant que Bandera était détenu dans un camp de concentration nazi.

Tous les bandéristes n’étaient pas des nazis. Bien que Bandera ait fait des déclarations antisémites détestables, les nazis lui ont reproché d’avoir accordé de faux passeports à des membres juifs de son parti et de les avoir ainsi sauvés. Toutefois, il est indéniable qu’un nombre important de “bandéristes” ont collaboré avec les nazis dans l’extermination des Juifs ukrainiens et la rhétorique antisémite de Bandera a conforté leur comportement criminel.

Après 1991, Bandera a été honoré dans l’Ukraine indépendante pour son combat anti-soviétique, son alliance avec les nazis étant édulcorée. Lorsque l’Ukraine a demandé d’adhérer à l’Union européenne, le Parlement européen lui a reproché les honneurs rendus à Bandera. Plusieurs dirigeants ukrainiens ont pris ces critiques européennes au sérieux. En 2021, un sondage a montré que seulement un tiers des Ukrainiens avait une opinion favorable de Bandera, et qu’une majorité ne s’opposait pas à une révision des honneurs officiels qui lui étaient rendus.

Le néo-nazisme en Ukraine

Après l’indépendance, un petit mouvement néo-nazi s’est développé en Ukraine, ainsi que dans d’autres pays européens. Il ne s’agissait pas de vétérans “bandéristes” de la Seconde Guerre Mondiale, dont peu étaient encore en vie. Comme dans d’autres pays ayant des mouvements néo-nazis, un pourcentage substantiel des nouveaux jeunes neo-nazis venaient de milieux violents de supporters de football. Des partis d’extrême-droite ont été créés, y compris le Parti National Socialiste d’Ukraine (PNSU). Leur succès électoral a été minime, ne dépassant pas 1% mais ils sont parvenus à mettre en place des organes para-militaires qui ont visé et parfois tué des immigrés, des Juifs et des membres de la minorité Rom.

Ces partis n’ont pas joué un rôle significatif dans la Révolution Orange en 2004 mais la situation a changé lors de la seconde révolution anti-russe, l’Euromaidan, en 2013-2014. Quand elle a commencé, plusieurs dirigeants d’extrême-droite étaient en prison. Une loi décidant leur libération a été adoptée car on croyait que leur expérience militaire serait utile dans la guerre contre la Russie que beaucoup voyaient venir.

Des néo-nazis ont participé à l’Euromaidan mais ils étaient loin d’être la majorité, ou même une minorité importante de protestataires. Ils se sont aussi organisés pour combattre les séparatistes pro-russes de l’est de l’Ukraine sous la direction de Andriy Bilets’kyy, le dirigeant de 35 ans d’un groupe appelé “Patriotes de l’Ukraine”.

Bilets’kyy a prétendu que certaines de ses déclarations nazies antérieures à l’Euromaidan venaient en fait de faux documents fabriqués par les Russes. La plupart des experts de l’extrême-droite en Ukraine croient cependant que ses déclarations sont authentiques. Quand, fin 2014, Bilets’kyy est devenu un politicien en costume-cravate et a été élu au parlement, il a essayé de les cacher et de les réfuter.

Azov

Entretemps, Bitlets’kyy était devenu célèbre pour d’autres raisons. Au printemps 2014, il avait rassemblé ses supporters à Kiev pour aller se battre contre les séparatistes du Donbass. Comme leur organisation avait été fondée à Berdyansk, sur la Mer d’Azov, ils l’ont appelée le Bataillon Azov. Contrairement aux “bandéristes”, qui insistaient sur l’identité chrétienne de l’Ukraine, beaucoup de combattants d’Azov étaient des néo-païens qui rêvaient de faire revivre l’ancienne religion ukrainienne. Cette orientation s’est retrouvée dans le choix de leur logo, avec la lettre I partiellement recouverte par la lettre N, significant “Idée d’une Nation”. Leur logo renvoie en miroir  à l’image du Wolfsangel (Le crochet du loup), un vieux symbole germanique qui existait avant le nazisme mais qui fut adopté à la fois par deux divisions de la SS et plus tard par des mouvements néo-nazis et néo-païens à travers l’Europe.

Le Bataillon Azov n’avait que 400 membres mais ils se sont courageusement battus, notamment pour reprendre Marioupol aux séparatistes. Plus tard, ils ont été incorporés dans la Garde Nationale et sont devenus « le Régiment Azov », comportant 2500 soldats. A l’époque, Bilets’kyy avait quitté le mouvement pour entrer en politique. La plupart des nouvelles recrues voulaient alors simplement rejoindre un corps d’élite et ne venaient pas des milieux d’extrême-droite des fondateurs.

Comme Andreas Umland, le principal expert du Bataillon Azov en Occident, l’a dit, le Régiment maintenant “n’est pas néo-nazi” mais il comprend des nazis parmi ses fondateurs et il a encore des nazis parmi ses soldats ukrainiens et parmi les combattants étrangers qui se sont engagés pour leur venir en aide. Umland croit que les nazis sont maintenant une petite minorité dans le Régiment Azov mais ils sont les seuls à être interrogés par les médias étrangers.

Il y a également des nazis dans l’autre camp, chez les Russes, en particulier parmi les membres de l’Unité Nationale Russe (UNR), un parti néo-nazi théoriquement interdit en Russie en 1999, mais toujours actif et utilisé par les services secrets russes et très présents dans le Donbass. Un scandale a éclaté quand le premier “Gouverneur du Peuple” de la “République Populaire du Donetsk”, Pavel Gubarev, un membre de l’UNR, a été pris en photo avec une croix gammée sur la manche; la branche du Donbass de l’UNR a alors rapidement remplacé la croix gammée par une croix dans son logo.

Dans un monde idéal, le Régiment Azov devrait également remplacer son logo associé au Wolfsangel et clairement se dissocier de ses fondateurs néo-nazis. Il y a toutefois une certaine répugnance à le faire car c’était sous ce symbole et ces commandants qu’il a remporté ses succès, mythologisés mais pas imaginaires, en 2014. Et il est rare qu’on change des symboles pendant une guerre.

Massimo Introvigne

Traduction française de Willy Fautré

21 Mar 2022


À la Reconquête d’un passé perdu

Trois choses viennent de nous stupéfier

La première est l’invasion de l’Ukraine, une nation souveraine proche de l’Union européenne, par la Russie de Poutine. Quand les États-Unis nous en ont prévenus, nous ne les avons pas crus.

La deuxième est la résistance des Ukrainiens et de leur président, en dépit de l’énorme disproportion des forces en présence. Nous ne savions pas que l’héroïsme pouvait exister au présent, et Poutine ne l’avait pas anticipé.

Notre troisième surprise a été la promptitude, le niveau et l’unité de la réaction du monde libre. Nous le pensions désarticulé et incapable de faire front. Sur ce point aussi le glacial joueur d’échecs qu’est Poutine a mal anticipé son coup. Le monde libre se réveille, il se reforme, se réarme et il réagit. 

C’est un évènement qui peut nous redonner espoir et énergie.

La stupeur produite par ce retour soudain du tragique dans l’Europe apaisée a suscité deux interrogations.

– Que se passe-t-il dans la tête de Poutine, cet homme que l’on prenait pour un interlocuteur rationnel ?

– Quel est le fantasme qui le fait succomber à l’ubris fatale aux despotes ?

En réponse à la première question, les gens qui s’interrogeaient de bonne foi sur son identité, sur son psychisme et donc sur la manière de s’entendre avec lui dans le respect des traités ont découvert que dans sa tête et dans ses tripes Poutine était simplement un pur produit du KGB. Un produit inaltérable. L’extrême brutalité et l’extrême mensonge sont dans sa nature. Un remake du Dictateur de Chaplin serait le bienvenu.

Quant au fantasme qui le pousse à agir imprudemment, s’ll fallait lui donner un titre proustien, ce pourrait être À la reconquête d’un passé perdu.

Car la Reconquête de l’empire russe qui s’est écroulé et qui a éclaté en 1991 est à l’évidence le mobile obsessionnel du président Poutine.

Contrairement à ce qui se dit et s’écrit ici ou là, ce n’est pas l’Occident qui l’a repoussé et qui l’a conduit à endosser ce personnage.

Ce qui pousse Poutine au crime et à la faute, c’est le refus de faire son deuil de la puissance passée de la Russie.

Son obsession est la Reconquête. La victoire du passé sur le présent;

Profitant de la désorganisation de l’ordre mondial instauré après la seconde guerre mondiale et de l’impossibilité pour le monde libre de répondre à sa guerre par la guerre, Poutine est parti à la Reconquête méthodique de l’empire russe éclaté et perdu en 1991.

Sa méthode est celle du fait accompli par la force , qui nous rappelle celle de Hitler.

Il lui emprunte également la rhétorique de la communauté de langue qu’Hitler appliqua à propos des Sudètes.

Il agit de nos jours à la façon de l’empire soviétique, par l’envoi des chars comme à Berlin-Est en 1953, à Budapest en 1956 et à Prague en 1968.

À cette époque caractérisée par le partage du monde, l’empire soviétique exerçait impunément sa terreur à condition de la limiter à sa sphère d’influence, qui était reconnue depuis Yalta par l’autre partie de la communauté internationale.

Poutine ne peut pas admettre que le temps de l’empire russe est révolu, et qu’il ne le rétablira pas.

Ignorant la fin de ce partage du monde, il s’attaque aujourd’hui à une nation qui s’est libérée du joug soviétique et qui est devenue souveraines. Il projette d’étendre cette Reconquête de l’empire perdu à d’autres provinces et même à d’autres États.

Il parie sur l’impuissance des démocraties qu’il méprise. Quand il admire ses muscles dans un miroir, il pense n’avoir que des dégénérés flasques et drogués pour adversaires.

C’est ainsi qu’il a pris  le risque de ressouder le monde libre contre lui et de se retrouver isolé, dans un monde mondialisé ou il n’aura d’autre recours que la soumission à la Chine communiste.

Notons d’ailleurs au passage que Poutine pas le seul à croire que l’avenir d’un pays peut résulter de la Reconquête de son passé.

La Reconquête du temps passé, dans ce qu’il avait de pire, n’est heureusement qu’un fantasme. Elle n’est un pari gagnant ni à Moscou ni à Paris.

André Senik

28 Fév 2022


Poutine, son calcul et ses limites

Il est indéniable que la Russie et l’Ukraine ont des liens profonds et très anciens et, qu’au contraire  de ce que martèle Poutine, révisionniste historique tous azimuts, la Russie est née de l’Ukraine (Rus’ de Kiev 862) et non l’inverse. 

Pourquoi, après la chute de l’URSS, n’a-t-on pas réussi à fonder une confédération d’Etats de droit, libres et égaux dont au moins la Russie et l’Ukraine ? 

Esquisse d’explication : Le régime poutinien est né du KGB. A l’inverse de ce qui a été réalisé en Allemagne après l’écrasement du nazisme, il n’y pas eu de « décommunisation » en Russie, pas de « lustration » comme disent les Polonais. Il eut fallu procéder à une désinfection en profondeur et surtout éradiquer le KGB. Rien n’a été fait. Les hommes du KGB sont restés dans l’ombre et quand Eltsine a créé le FSB, ils sont réapparus aux manettes. Finalement ce fut un simple changement d’appellation. Les hommes, les méthodes et les outils sont restés les mêmes.

C’est un peu comme si, après la défaite de l’Allemagne nazie, la Gestapo était restée inviolée, et puis reconstituée sous un autre nom, sous la direction d’un de ses anciens dignitaires et qu’enfin son chef était devenu le nouveau Führer affichant des ambitions du même ordre que l’ancien !

Pierre Druez

27 Fév 2022